LE DIABLE A SEPT FACES
Titre: Il diavolo a sette facce
Réalisateur: Osvaldo Civirani
Interprètes: Carroll Baker

 

George Hilton
Stephen Boyd
Lucretia Love
Luciano Pigozzi
Daniele Vargas
Franco Ressel
Année: 1971
Genre: Thriller / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

En dépit de son titre évocateur et de la présence en tête de distribution de deux « stars » du genre (Caroll Baker et George Hilton), LE DIABLE A SEPT FACES n’est pas vraiment un giallo, plutôt un thriller mouvementé qui reprend, cependant, l’un ou l’autre des codes, narratifs et musicaux, du giallo. Si l’on peut argumenter de l’appartenance ou non du long-métrage à ce sous-genre finalement flou, difficile par contre de se passionner pour ce produit routinier et bien décevant, tenant davantage de la série policière pantouflarde que du suspense horrifique évoqué par son alléchante affiche.

L’intrigue se focalise sur la jolie Julie Harrison, laquelle reçoit un étrange coup de fil de sa sœur jumelle, Mary, qui va l’entraîner dans une dangereuse suite de péripéties. Se sentant suivie et menacée par des inconnus, Julie rend visite à son avocat, Dave, et évite de justesse d’être enlevée en pleine rue. Dave et un de ses amis, Tony, décident alors de veiller sur la demoiselle. Après quelques investigations, ils découvrent que Mary est impliquée dans le vol d’un diamant valant un million de dollars et que Julie est devenue, bien malgré elle, la cible d’une poignée de truands. Dave, Tony et Julie tentent de se dépêtrer de la situation, laquelle se complique encore par l’irruption de mystérieux tueurs qui semblent beaucoup en vouloir à la jeune femme.

Le cinéaste romain Osvaldo Civirani (qui, l’année suivante, tourna une parodie de giallo, DUE GATTONI A NOVE CODE... E MEZZA AD AMSTERDAM, avec les comiques italiens Franco et Ciccio) livre ici un polar conventionnel, basé sur le thème classique du vol d’une pierre précieuse inestimable. L’intrigue, touffue, n’hésite pas à jouer la surenchère et multiplie, par conséquent, les fausses pistes et autres rebondissements sans grand souci de vraisemblance ou de crédibilité. Bref, le spectateur a tout intérêt à s’accrocher afin de suivre cette enquête complexe sans s’y perdre corps et bien. Un effort nécessaire mais guère récompensé, à vrai dire, par la paresse dont fait preuve le cinéaste. La mise en scène pataude manque, en effet, de flamboyance et se vautre dans les pires travers des séries télévisées policières de l’après-midi, une tendance encore accentuée par une course poursuite filmée en accéléré totalement navrante qui évoque irrésistiblement les pitreries de Benny Hill.

D’autres passages sombrent, eux aussi, dans le ridicule, comme ce type affublé d’un masque de gorille qui traque l’héroïne en brandissant un couteau. Cette scène de trouille, purement giallo, se révèle, malheureusement, une simple blague d’un goût douteux et laisse penser que Civirani se fiche du public, prêt à lui asséner n’importe quelle « fausse peur » faisandée pour relancer une machine fatiguée! Car la première moitié du film se traine mollement et ne propose rien de palpitant, excepté la découverte d’un cadavre caché dans le grenier, un des rares moments de suspense et de frousse distillé par LE DIABLE A SEPT FACES. Le montage abrupt n’aide guère, lui non plus, et souffre d’un pénible amateurisme qui rend l’ensemble brouillon et mal fichu. Toutefois, la musique, signée du spécialiste Stelvio Cipriani, les décors et les costumes, pour leur part, possèdent un côté agréablement datés et sauront contenter les amateurs de bis italien des seventies.

Dans le double rôle des jumelles, l’habituée du giallo Caroll Baker (SI DOUCES SI PERVERSES, BABA YAGA, ORGASMO, PARANOIA,…) voisine avec le généralement moustachu George Hilton (LA QUEUE DU SCORPION, TOUTES LES COULEURS DU VICE, FOLIE MEURTRIERE). Stephen Boyd (BEN HUR, LA CHUTE DE L’EMPIRE ROMAIN) et Lucretia Love (THE KILLER RESERVED NINE SEATS, LA POSSEDEE) complètent une distribution plaisante et nostalgique même si aucun acteur ne propose, ici, d’interprétation réellement marquante et se contente d’assurer avec professionnalisme. Les personnages, fort clichés, ne demandaient de toutes manières aucun véritable investissement.

Dans la dernière demi-heure, Civirani semble, enfin, se réveiller et livre quelques prudents gunfights, l’une ou l’autre cascades et poursuites et même un peu de gore lors de morts violentes comme ce criminel écrasé sous un véhicule. Si ce final ne change pas fondamentalement l’opinion sur ce long-métrage peu palpitant il lui permet, au moins, de s’achever sur une note légèrement plus positive et de pratiquement décrocher, de justesse, la moyenne. La révélation finale, logique et plutôt prévisible, reste, elle, satisfaisante même si les petites explications supplémentaires énoncées par les flics paraissent, de leur côté, un peu tirées par les cheveux.

Petit thriller routinier et dénué de la moindre originalité qui reprend, vaguement, les standards du giallo, LE DIABLE A SEPT FACES reste trop anodin pour convaincre et se démarquer de la nombreuse concurrence ayant fleuri à la même époque. Sa vision sera, par conséquent, réservée aux inconditionnels du polar italien ou de Caroll Baker. Bref, un film pas franchement désagréable mais sans saveur ou particularité suffisante pour échapper à l’oubli dans lequel il est tombé.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012