THE DEVIL INSIDE HER
Titre: The Devil Inside Her
Réalisateur: Zebedy Colt
Interprètes: Tery Hall

 

Jody Maxwell
Zebedy Colt
Rod Dumont
Annie Sprinkle
Renee Sanz
Dean Tait
Année: 1977
Genre: Porno / Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur Alpha Blue

Critique:

Ce très étrange métrage dirigé par Zebedy Colt date de 1977 mais n’a pratiquement rien perdu, aujourd’hui, de sa force sulfureuse. Pornocrate souvent spécialisé dans l’extrême et le scabreux, Colt n’a dirigé qu’une demi-douzaine de films mais il fut acteur dans bien d’autres productions hard et reste « célèbre » pour son second rôle mémorable (et homosexuel) dans STORY OF JOANNA, le chef d’œuvre de Gerard Damiano et accessoirement un des meilleurs films érotique de l’histoire du cinéma.

DEVIL INSIDE HER appartient, pour sa part, à la vague dite des « satanic sickies » et fut d’ailleurs édité en DVD dans un box portant ce titre et rassemblant une dizaine de productions. Ces métrages infernaux exploitaient la mode du satanisme, présente via des œuvres « grand public » comme L’EXORCISTE ou LA MALEDICTION, en livrant des récits pornographiques incluant un maximum de rituels magiques d’opérette. Ces œuvres jouaient sur les fantasmes collectifs de sabbats endiablés, de sorcières nymphomanes et de perversions inavouables perpétrés pars les disciples du Malin. DEVIL INSIDE HER reste sans doute le titre le plus populaire de toute cette vague et s’est même construit, au fil du temps, une petite réputation culte auprès des amateurs de cinéma déviant, cul et malsain.

L’intrigue se situe en Angleterre, en 1826. L’innocente et virginale Faith est amoureuse de Joseph le jardinier mais son père refuse leur union et chasse Joseph. La sœur de Faith, la délurée Hope, succombe elle aussi aux charmes de Joseph et vend son âme au Diable pour le conquérir. Faith est incarnée par Terry Hall, elle-aussi surtout connue pour son rôle dans STORY OF JOANNA, laquelle livre une composition intéressante, y compris hors des scènes hard. DEVIL INSIDE HER constitue un métrage bizarre qui s’abreuve des conventions du cinéma d’épouvante pour accoucher d’un porno malsain et décalé dominé par le Diable lui-même, joué par un Rog Dumont maquillé comme un membre de Kiss de la grande époque. Le premier quart d’heure du métrage ne comporte d’ailleurs aucune scène osée mais développe une atmosphère de répression, de puritanisme et de malaise.

Zebedy Colt filme tout cela sans véritable inspiration au niveau de la mise en scène mais s’octroie pourtant les services d’un directeur de la photo suffisamment compétent pour élever le produit au-dessus des standards du genre. DEVIL INSIDE HER baigne donc dans un climat pastoral et les extérieurs aux couleurs chaudes seront rapidement le théâtre de nombreux actes contre-nature. Tout le catalogue de la pornographie va y passer, le métrage enchaînant les scènes classiques (pénétrations diverses, lesbianisme,…) avec du plus costaud : triple pénétrations, masturbation avec des légumes variés, douche dorée interminable sur Annie Sprinkle, orgie, viols, inceste suggéré entre la plupart des protagonistes,… La violence des humiliations subies par Annie Sprinkle dans la séquence finale poussa d’ailleurs la star a abandonner le porno durant trois ans ! Bref, c’est pas pour les gamins !

Avec son climat transgressif et sa pornographie sale et outrancière, DEVIL INSIDE HER constitue en définitive un bon exemple de « roughies », ces films d’exploitation à petit budget misant essentiellement sur le sexe et les contenus choquant pour satisfaire un public demandeur. Aujourd’hui, il parait impensable que des productions aussi extrêmes et de mauvais goût aient pu connaître les honneurs des salles obscures mais le milieu des années 70 vit pourtant fleurir bon nombre de ces produits, comme EMANUELLE EN AMERIQUE, DEFIANCE OF GOOD, HARDGORE, FORCED ENTRY, WATERPOWER etc. Citons aussi toute la vague de rape and revenge (ou assimilés) qui ont fleuri à la même période pour capitaliser sur les métrages grand public du même style (HOT SUMMER IN THE CITY, THE TAKING OF CHRISTINA, THRILLER – CRIME A FROID, EXPENSIVE TASTES, LITTLE ORPHAN DUSTY, SEX WISH, etc.). Bref, c’était une autre époque, lorsque la pornographie se cherchait un alibi dans le thriller, le fantastique ou même l’horreur pour offrir au public un mélange inédit de scènes choquantes alternativement excitantes ou révoltantes.

DEVIL INSIDE HER comme la majorité des titres précités ne s’adresse donc pas vraiment aux inconditionnels du porno du samedi soir (lesquels risquent de se sentir au mieux floués et au pire écoeurés) mais plutôt aux amateurs de cinéma malsain, glauque, extrême et sadique.

En seulement 67 minutes, Zebedy Colt livre une véritable leçon de cinéma pervers qui se conclut par une orgie bien hard saturée de couleurs rouges. Mal fichu, techniquement approximatif, simpliste, assez mal joué excepté par Terry Hall, assez peu érotique en dépit de l’étalage d’actes sexuels déviants, DEVIL INSIDE HER n’en reste pas moins fascinant et inoubliable de part ses excès incroyables et ses provocations répétées.

Bref, DEVIL INSIDE HER, même si il n’est surement pas un « bon » film, est une curiosité qui plaira aux amateurs de productions décalées et dérangeantes et offensantes.

Fred Pizzoferrato - Février 2009