L'ENFER POUR MISS JONES 2
Titre: DMJ 2 / Devil In Miss Jones 2
Réalisateur: Henri Pachard
Interprètes: Georgina Spelvin

 

Jack Wrangler
Robert Kerman
Joanna Storm
Samantha Fox
Sharon Mitchell
 
Année: 1982
Genre: Porno / Erotique / Fantastique / Culte
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Lorsque Gerard Damiano réalise L’ENFER POUR MISS JONES en 1973 il réalise la jonction quasi parfaite entre fantastique et pornographie, se permettant même des dialogues philosophiques, une scène de suicide morbide et une conclusion déprimante et pas vraiment joyeuse. Peut-être pas un chef d’œuvre du cinéma mais néanmoins un des meilleurs exemples de cinéma X de qualité.

Pourtant il faut attendre près de dix ans pour qu’une suite soit donnée à ce classique et c’est Henri Pachard, pornocrate réputé du hard américain, qui se voit confier la tâche de prolonger l’histoire de Justine Jones. DEVIL IN MISS JONES 2 commence donc en Enfer, un lieu où le sexe est toléré mais l’orgasme interdit. De nombreuses célébrités s’y ennuient, comme Napoléon, Marie Antoinette, Cléopâtre ou encore Cyrano, lequel utilise son nez à bon escient sur Justine (toujours incarnée par Georgina Spelvin). Interrompue par les démons de l’Enfer, Justine est amenée devant Lucifer en personne auquel elle propose un marché : si elle parvient à lui donner du plaisir elle retournera sur Terre. Lié par sa promesse le Diable renvoie Justine sur Terre, lui proposant alternativement les corps d’une call-girl, d’une militaire, d’une représentante en gadgets érotiques ou d’une religieuse, provocant la colère du Très Haut, joueur de tennis outragé par les proportions prises par toute cette histoire. Mais Lucifer, amoureux de Justine, désire la voir revenir vers lui…

Alors que le premier film était d’une noirceur peu coutumière dans le domaine du cinéma X, cette séquelle choisit la voie de l’excès et de la bonne humeur. Les détails humoristiques sont nombreux (les queues fourchues et reptiliennes des démons se dressent devant Justine, le Diable expulse des flammes de sa virilité,…) et les dialogues sont souvent amusants (en particulier le récurrent « Don’t call me Luci… » répété par un Lucifer exaspéré). Les décors, pour leur part, sont colorés et relativement luxueux, dans la tradition des films fantastiques à petit budget, noyé dans des éclairages contrastés et une fumée persistante. Le tout possède un certain charme à condition d’être sensible à cette esthétique de bazar plus proche de la série Z italienne (ou de FLASH GORDON !) que du porno américain de base.

Au niveau des interprètes on retrouve le gratin des acteurs et actrices de l’âge d’or du X américain. Georgina Spelvin apparaît donc dans la première scène, plus comique qu’érotique, aux côtés de Jack Wrangler, icône du hard homo dans le rôle d’un Lucifer adepte du bon mot. A ses côtés, Richard Bolla (alias Robert Kerman), ayant partagé sa carrière entre le porno et le gore rital, incarne l’Avocat du Diable et délivre également un paquet de répliques savoureuses. Les différentes incarnations de Justine seront Jacqueline Lorians, Joanna Storm, Anne Ventura et Samantha Fox. On note aussi les apparitions des inévitables Sharon Kane, Sharon Mitchell et surtout Ron Jeremy dans un caméo amusant (« no problem boss, I won’t come »). Tout ce petit monde a l’air de vraiment s’amuser et leur interprétation distancée et concernée fait plaisir à voir tant le casting s’évertue à offrir de véritables performances (certes limitées, on reste dans le domaine du porno) comiques.

Les scènes hard, elles, sont nombreuses et plutôt soft, davantage axées sur le fantasme (une call-girl et un Sheik, une militaire et son supérieur, une représentante et son client) que sur les prouesses physiques. L’humour est d’ailleurs tellement présent que le potentiel érotique du métrage est amoindri et il faut sans doute prendre davantage DEVIL IN MISS JONES 2 comme une comédie pour adultes que comme un simple prétexte à exciter le voyeur. Ce qui n’est pas un défaut en soi pour le cinéphile mais pourra rebuter le « pornophile » plus traditionnel.

La mise en scène, enfin, ne possède aucun génie particulier mais Henri Pachard maintient un standard tout à fait correct et son travail ne souffre pas de la comparaison avec les séries B de la même époque. Les maquillages et effets spéciaux sont aussi soignés qu’ils peuvent l’être en l’absence d’un gros budget, de même que les décors et costumes très flashy qui ont dû engloutir l’essentiel des investissements.

DEVIL IN MISS JONES 2 appartient vraiment à une époque révolue : le sexe y est joyeux (et très classique), la vulgarité est absente, les dialogues sont inspirés (et souvent vraiment drôles) et le métrage suit une véritable intrigue, certes simple, mais qui tient parfaitement la route. A l’opposé du premier film DEVIL IN MISS JONES 2 se clôt par une scène romantique qui consacre le triomphe de l’Amour au son d’une chanson jazzy tout à fait correcte.

DEVIL IN MISS JONES 2 ne soutient pas toujours la comparaison avec l’original (beaucoup plus orienté vers le cinéma « arty ») mais s’avère aussi moins prétentieux et dépressif. Cette séquelle ne vise qu’à un divertissement purement orienté vers l’humour et la pornographie. Des ambitions moins élevées mais un résultat de qualité et, dans un genre terriblement pauvre, DEVIL IN MISS JONES 2 s’impose comme un sympathique petit classique.

4 suites et un remake suivront encore sans parvenir à retrouver totalement la réussite des deux premiers métrages.

Fred Pizzoferrato - Avril 2009