LA PLUIE DU DIABLE
Titre: The Devil's Rain
Réalisateur: Robert Fuest
Interprètes: Ernest Borgnine

 

William Shatner
Tom Skerritt
Ida Lupino
Eddie Albert
John Travolta
Anton LaVey
Année: 1975
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

LA PLUIE DU DIABLE constitue une curiosité à plus d’un titre, rassemblant notamment une série de personnalités intéressantes du fantastique. Le cinéaste britannique Robert Fuest a, par exemple, fait ses gammes en tournant huit épisodes de la série culte « Chapeau Melon et botte de cuir » avant de livrer une adaptation de WUTHERING HEIGHTS offrant à Timothy Dalton son premier grand rôle. Ensuite, il livre AND SOON THE DARKNESS, suivi du classique L’ABOMINABLE Dr PHIBES et de sa séquelle, presqu’aussi réussie, LE RETOUR DE L’ABOMINABLE Dr PHIBES.

Après ces trois films d’épouvante, Fuest change de registre et tâte de la science-fiction avec LES DECIMALES DU FUTUR, portant sur les écrans le personnage de Jerry Cornelius créé par Michael Moorcock. En 1975, Robert Fuest se rend aux Etats-Unis pour diriger un nouveau film d’horreur, LA PLUIE DU DIABLE dont le conseiller technique n’est autre qu’Anton LaVey, fondateur de l’Eglise de Satan et auteur de la Bible Satanique. LaVey apparaît d’ailleurs dans LA PLUIE DU DIABLE en compagnie de son épouse, Diane, dans un rôle d’officiant demoniaque.

Le reste du casting se compose d’acteurs bien connus comme William Shatner (STAR TREK et L’HORRIBLE INVASION), Tom Skerritt (à l’époque essentiellement un comédien de télévision mais il tourna ensuite dans ALIEN, POLTERGEIST 3 ou TOP GUN). On remarque également le tout jeune John Travolta qui effectuait là ses débuts sur les grands écrans. Du côté des vétérans, LA PLUIE DU DIABLE aligne là encore un casting de premier choix comprenant Ernest Borgnine (LES VIKINGS, LA HORDE SAUVAGE, LES 12 SALOPARDS, NEW YORK 1997), Ida Lupino (SOUDAIN…LES MONSTRES) et Eddie Albert (VACANCES ROMAINES, LE JOUR LE PLUS LONG et 200 autres rôles, tant au cinéma que pour la petite lucarne).

Thématiquement, LA PLUIE DU DIABLE s’inscrit dans la grande peur du satanisme lancée sur les écrans par les réussites de ROSEMARY’s BABY, L’EXORCISTE et LA MALEDICTION, un trio de tête bientôt suivi de nombreuses imitations plus ou moins efficaces comme HOLOCAUSTE 2000, LE DEMON AUX TRIPES, L’ANTECHRIST, LES POSSEDEES DU DIABLE et bien d’autres.

L’intrigue de LA PLUIE DU DIABLE débute par la présentation de Mark Preston (William Shatner), sorte de cow-boy moderne, perdu dans le désert depuis trop longtemps comme disait l’autre. Il revient dans sa ville natale pour retrouver sa maman et sa grand-mère, inquiètes au sujet d’un mystérieux livre. Un certain Corbis (Borgnine) veut s’en emparer et, peu après, le papa de Mark, Steve, surgit et se décompose après avoir prévenu son fiston qu’il sera la prochaine cible de Corbis. Mark décide que la meilleure défense reste l’attaque et notre cowboy traque son ennemi jusque la petite ville abandonnée de Redstone où il rencontre effectivement Corbis.

Les deux hommes se défient dans un duel mettant leur foi respective à l’épreuve dont le vainqueur recevra le fameux livre maudit. Mark, confiant, pénètre dans une église abandonnée transformée en temple démoniaque dans lequel Corbis, vêtu en Grand Prêtre de Satan, conduit une messe noire. Il psalmodie des incantations et révèle à Mark, occupé à réciter des Pater Noster, que sa mère a rejoint le côté obscur. Devant cette trahison, la foi de Mark vacille et il tente de supprimer les disciples du Diable à coup de révolver, avant d’être capturé et ligoté sur l’autel du Dieu Cornu.

Heureusement, le frère de Mark, Tom (Tom Skerritt) et son épouse Julie, dotée de pouvoirs paranormaux, volent à son secours et tentent de convaincre le Shérif Owen de l’existence d’un culte satanique dans la petite ville de Redstone. Sans succès bien sûr. Poursuivant ses investigations, Tom est attaqué par les méchants adorateurs du diable (dont John Travolta) et Julie découvre la vérité sur Corbis au cour d’une vision médiumnique.

Il apparaît ainsi que Corbis menait déjà des rites impies en 1680 et qu’il consignait dans un livre (celui que chacun recherche trois siècle plus tard) les noms des damnés ayant voués leur âme à Satan. Or, le grand ennemi de Corbis n’était autre que Martin Fife (toujours William Shatner), ancêtre des Prestons, à jamais maudits par le sataniste brulé vif en 1680. Après trois siècles et diverses réincarnations, Corbis pourra t’il enfin s’emparer du grimoire des Preston et libérer les forces du Mal ou seront-ils tous anéantis par la "Pluie du Diable" ?

Excessif et coloré, LA PLUIE DU DIABLE se permet toutes les outrances typiques du cinéma d’exploitation « démoniaque » des années ’70, à commencer par la transformation très kitsch d’Ernest Borgnine en un diable cornu à visage de bouc. Les trois (!) scénaristes ne se privent pas d’égrener les clichés, au point de les empiler en une véritable collection de lieux communs qui parvient presque, paradoxalement, à rendre l’ensemble original.

Culte satanique, messe noire, petite ville maudite, flashback au temps de la chasse aux sorcières, combat désespéré du Bien et du Mal,…Robert Fuest illustre l’ensemble avec un enthousiasme méritoire et n’hésite jamais à verser dans l’excès quitte à sombrer dans le ridicule et le sensationnel. Le dernier quart d’heure, par exemple, offre l’occasion de voir la fameuse « pluie du diable » en action et multiplie les effets spéciaux gluants détaillant la liquéfaction des satanistes. Une séquence au départ réussie mais tirant rapidement en longueur et finissant par perdre son impact au point de paraître interminable.

Si la mise en scène s’avère intéressante et le décorum satanique efficace, le scénario, par contre, n’est pas exempt de défauts et complique inutilement une intrigue de base simpliste. Le film effectue ainsi des chassés-croisés entre différents protagonistes dont certains se manifestent de manière impromptue : le Dr Richards apparaît, par exemple, pour conclure le métrage après que Tom et Mark aient échoués à défaire le maléfique Corbis.

Dommage également que LA PLUIE DU DIABLE tire souvent à la ligne comme en témoigne les pénibles passages situés dans le désert censés lui conférer une atmosphère angoissante. L’intrigue, en dépit de nombreux dialogues redondant et d’un long flashback explicatif se révèle en outre confuse et le retournement de situation finale laisse une impression tenace de n’importe quoi plus ou moins assumé. Les décors s’avèrent, heureusement, de toute beauté et les interprètes assurent un travail très honnête même si le manque de crédibilité de leur personnage les condamne immanquablement au cabotinage, en particulier Ernest Borgnine qui en fait des tonnes en grand méchant ricanant. Mais cette interprétation outrée, au diapason du métrage dans son ensemble, participe d’une certaine manière au charme indéniable d’une production aussi bancale que distrayante.

En dépit de ses nombreux défauts, LA PLUIE DU DIABLE mérite mieux que sa piètre réputation. Son casting classieux, sa réalisation professionnelle et sa scène finale impressionnante en font un divertissement bis pas vraiment réussi mais cependant agréable à condition de le prendre avec un second degré salvateur.

 

Fred Pizzoferrato - janvier 2011