LES PIRATES DU DIABLE
Titre: The Devil-ship Pirates
Réalisateur: Don Sharp
Interprètes: Christopher Lee

 

Andrew Keir
John Cairney
Duncan Lamont
Michael Ripper
Ernest Clark
Barry Warren
Année: 1965
Genre: Aventures
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Essentiellement connu des amateurs de cinéma d’épouvante, la Hammer a pourtant produit des métrages abordant de nombreux autres styles, à commencer par l’aventure. En 1962, la compagnie se frotte une première fois à la piraterie via L’ATTAQUE DU SAN CRISTOBAL de John Gilling dont la particularité est de se dérouler essentiellement sur la terre ferme. Des impératifs budgétaires que l’on retrouve deux ans plus tard pour ces PIRATES DU DIABLE, lesquels ne verront guère les flots océaniques, au grand désespoir des amateurs de batailles navales.

L’intrigue prend place en 1588, juste après la défaite de l’Invincible Armada, laquelle sonne le glas des rêves de conquête du Roi Philippe d’Espagne. Néanmoins, tous les vaisseaux espagnols ne sont pas détruits et le cruel capitaine Robeles préfère fuir le combat et conduire son navire, le Diablo, en sécurité. Endommagé lors des affrontements, le Diablo s’échoue sur les côtes anglaises avec son équipage composé de mercenaires et d’anciens pirates. Robeles conçoit alors un plan astucieux pour s’assurer la coopération des villageois : il affirme que l’Espagne a gagné la guerre et qu’ils lui doivent obéissance. Le capitaine place le village en quarantaine et presse les natifs de l’aider à reconstruire le Diablo. Mais la résistance s’organise, menée par un soldat handicapé, Harry…

En dépit d’un rythme quelque peu assoupi, LES PIRATES DU DIABLE s’avère un honnête récit d’aventures, relativement original et bien mené même si son intérêt reste limité. Pour pallier le manque d’action et le handicap d’un budget restreint, Don Sharp se voit en effet contraint de resserrer l’intrigue, laquelle est entièrement située dans un petit village, typique des productions Hammer. Au niveau du casting, la compagnie recrute une fois de plus ses interprètes coutumiers, à commencer par l’inévitable Christopher Lee dans le rôle d’un impitoyable capitaine pirate.

Comme souvent, Lee compose un personnage mémorable de vilain cruel et distingué, nanti d’un certain sens de l’honneur mais également capable d’excès et de sadisme. Andrew Keir, acteur récurent de la Hammer (comme en témoigne LES MONSTRES DE L’ESPACE ou DRACULA PRINCE DES TENEBRES) voisine pour sa part avec Michael Ripper, un spécialiste des seconds rôles vu dans plus de 25 films de la compagnie.

Sans pouvoir rivaliser avec leurs productions d’épouvante, nettement plus intéressantes pour la plupart, LES PIRATES DU DIABLE se révèle distrayant et le savoir faire de la compagnie, utilisé à bon escient, permet de digérer les faiblesses et erreurs du métrage. La séquence d’ouverture, par exemple, recycle des passages antérieurs provenant de réalisations plus fortunées et les navires utilisés ne sont manifestement pas de la bonne période, semblant datés du XVIIIème siècle plutôt que du XVIème. Mais qu’importe puisque la scène fonctionne et ancre immédiatement le spectateur dans l’action. Cette entrée en matière spectaculaire contraste, hélas, avec la suite de ces PIRATES DU DIABLE, laquelle manque clairement d’ampleur et se révèle, surtout, fort bavarde.

La séquence finale, impliquant la capture d’une demi-douzaine de jeunes et jolies villageoises servant d’otages aux pirates et l’assaut mené par les résistants contre le navire relance toutefois l’intérêt même si le suspense n’est pas aussi prenant qu’il aurait pu l’être. Cinéaste compétent n’ayant pas le génie de Terence Fisher ou l’inventivité de Freddie Francis, Don Sharp (RASPOUTINE LE MOINE FOU, CURSE OF THE FLY, LE MASQUE DE FU MANCHU) assure néanmoins un spectacle acceptable et propose un métrage coloré et divertissant.

L’ensemble se voit ponctué de quelques duels à l’épée et d’une agréable bagarre de « saloon » dans la grande tradition du cinéma populaire familial. Pas grand-chose d’autre à ajouter tant l’entreprise ressort du « sitôt vu et sitôt oublié » même si sa vision nostalgique n’en reste pas moins plaisante.

Daté et sans grandes ambitions, LES PIRATES DU DIABLE se révèle, en résumé, un divertissement sympathique qui pourra plaire à un large public mais intéressera surtout les « complétistes » de la Hammer. Les autres, et en particuliers les amateurs de piraterie, se tourneront plus volontiers vers des récits d’aventures plus palpitants comme CAPITAINE BLOOD ou L’AIGLE DES MERS.

 

Fred Pizzoferrato - janvier 2011