DEVIL STORY: IL ETAIT UNE FOIS LE DIABLE
Titre: Il était une fois le diable
Réalisateur: Bernard Launois
Interprètes: Véronique Renaud

 

Marcel Portier
Nicole Desailly
Catherine Day
Pascal Simon
Bernard Launois
 
Année: 1985
Genre: Horreur
Pays: France
Editeur Sheep Tapes (Nanarland)
ou
Critique:

Mythique long-métrage de l’Histoire du cinéma français, DEVIL STORY se trimballe, depuis un quart de siècle, la réputation d’être le « plus mauvais film d’horreur de tous les temps ». Si la vision de certains classiques du Septième Art déçoit, l’édition en dvd de DEVIL STORY prouve, par contre, que l’œuvre de Bernard Launois n’a pas volé son statut.

Premier et, à l’heure actuelle, unique « film de momie » normand, le gloubi-boulga indigeste de l’auteur des immortels SACRES GENDARMES et autre TOUCHE PAS A MON BINIOU accumule, avec une désinvolture désarmante, toutes les bourdes possibles au point d’en devenir pratiquement surréaliste et fascinant.

L’intrigue, ou plutôt l’argument, débute dans une forêt dans laquelle nous suivons un type au visage de monstre ridé portant un uniforme nazi (joué par Pascal Simon, alias Pascal Launois, le propre fils du cinéaste) qui déambule en grognant. Sa première victime est une fille (ce qui est précisé par le commentaire audio car la jeunette ressemble surtout à un garçon) venue camper en forêt. Le serial killer tue la sautillante demoiselle puis part poursuivre ses méfaits et supprime gratuitement deux quinquagénaires innocents (Bernard Launois et son épouse).

Peu après, un jeune couple venu de Floride (!) se perd dans la région et, suite à une panne de voiture, arrive, non pas au manoir de Frank N Further, mais bien dans un hôtel sinistre, ce que souligne l’utilisation répétitive du fameux « Toccata et Fugue en Ré Mineur » de Jean Sébastien Bach. Les propriétaires du lieu se mettent immédiatement à raconter aux amoureux les horribles histoires qui se sont déroulées dans la région deux siècles plus tôt. Les récits impliquent des naufrageurs ayant fait échouer un navire, lequel revient, un peu plus tard, sous la forme d’un bateau zombie (une première !) s’extirpant de sa gangue rocheuse.

La suite de DEVIL STORY échappe définitivement à tout contrôle et résiste à l’analyse mais implique, pèle mêle, la mère du tueur en série nazi, une momie ressuscitée, un cheval noir personnifiant Satan, une jumelle morte vivante de l’héroïne et un chat maléfique au rôle indéterminé.

Incompréhensible, ridicule, stupide, DEVIL STORY a été tourné avec des bouts de ficelle et le résultat final constitue un incroyable nanar dans lequel chaque scène est étirée au-delà des limites du supportable. « Un enfant qui tape sur un tambour trouve ça génial et ne s’arrête pas » déclare un des intervenants dans les bonus pour justifier la manière de filmer de Bernard Launois, lequel cadre un monstre vomissant du sang durant trois minutes ou un vieillard agoniser durant un temps incalculable.

Durant les trois quart du trop long métrage, ce même papy tente d’abattre un cheval apparemment possédé par le Diable. D’où des plans répétitifs de l’acteur tirant sans jamais s’arrêter tandis que l’étalon galope en contre champ. Le procédé épuise les plus patients et n’apporte strictement rien à une intrigue totalement obscure que même David Lynch ne saurait sans doute pas expliquer.

DEVIL STORY bouleverse par sa naïveté comme si, à chaque prise, le cinéaste découvrait les merveilles du cinéma et ne voulait jamais stopper sa caméra, emporté par sa fougue enfantine. Lorsque le sang gicle d’une blessure, par exemple, Launois ne s’en détourne pas mais, au contraire, s’y attarde durant une bonne minute en dépit de trucages rudimentaires et de comédiens calamiteux. Cette joyeuse complaisance rappelle, d’ailleurs, les exactions d’Antoine Pellissier, le bien connu Dr Gore.

Mais DEVIL STORY a l’excuse du manque de moyen et l’obligation de garder la première prise, même ratée, comme en témoigne ce passage digne de « Red Is Dead » des Nuls où le monstre se prend les pieds dans les fils d’une tente de camping. Fou rire assuré ! Or, des prises ratées, DEVIL STORY en regorge et, comme disait l’autre, « on dirait que Launois y a mis tous les rushes ». Bref, le film réussit l’exploit de se suivre sans recourir à l’accéléré et sa nullité incroyable (à côté de ça des nanars réputés comme VIRUS CANNIBALE ou LE CLANDESTIN apparaissent comme des chefs d’œuvres !) le sauve de l’ennui. DEVIL STORY permet, également, de réévaluer toute l’Histoire du Cinéma car aucun film n’approche cette grandiose pureté dans le n’importe quoi généralisé.

Le dvd : Sous le parrainage de l’indispensable site web Nanarland, DEVIL STORY s’octroie une édition pharaonique à la hauteur de sa réputation. Si l’actrice Véronique Renaud revient sans langue de bois sur son premier (et dernier) rôle et sa consternation à la découverte de l’objet du délit, au point de demander que le film soit retiré des salles, Bernard Launois, lui, le défend bec et ongles.

Le cinéaste explique ainsi qu’il a du se débrouiller avec des ringards et des acteurs incapables dont le vétéran Marcel Portier, lequel n’a jamais réussi à tirer au fusil tout en récitant ses dialogues. Launois balance encore sur les techniciens (tous mauvais et uniquement motivé par l’argent, les salopiauds !), explique comment il a économisé sur le budget inexistant en achetant une seule plaque de voiture (alternativement collée à l’avant ou à l’arrière du véhicule, c’est pas con !) et a confié la création de sa maquette de bateau à deux illégaux Pakistanais financièrement peu exigeant.

Pour le cinéaste, l’important est, detoutes manières, d’avoir pu vendre DEVIL STORY de manière internationale et, surtout, aux Américains. D’ailleurs ceux qui critiquent son oeuvre sont « des jaloux incapables de faire un film ». Bref, un grand moment, d’autant que le cinéaste commente aussi, au premier degré, les scènes clés du long-métrage, lequel faillit d’ailleurs se transformer en court puisque seuls une cinquantaine de minutes étaient utilisables au terme des trois semaines de tournage.

Heureusement, la science de Launois (réutilisation d’images, étirement des scènes, flashbacks, stock shots, scènes additionnelles inutiles, etc.) permit à DEVIL STORY d’atteindre la durée réglementaire de 75 minutes. Ouf !

Nanarland invite encore, dans les bonus, quelques personnalités du cinéma bis (dont Rurik Sallé de Mad Movies) ou le directeur de la cinémathèque qui reviennent sur le film à travers des anecdotes sympathiques.

De faux objets promotionnels, des publicités détournées, un petit documenteur (DEVIL STORY numéro 1 du box office !), un reportage d’époque de France3 sur le tournage et diverses bandes annonces complètent un menu dont le plat de résistance reste, toutefois, la possibilité de visionner l’œuvre avec les commentaires audio d’une foule surexcitée et hilare découvrant, en salles, l’étendue du désastre.

Une expérience mémorable dans la lignée du ROCKY HORROR PICTURE SHOW.

Bref, un traitement exceptionnel et un dvd irréprochable, blindé de bonus habituellement réservés aux chef d’œuvres du patrimoine, pour saluer cette inconcevable curiosité.


Une tentative d'explication de l'intrigue, fournie par Nanarland...

Le chroniqueur de Nanarland terminait d’ailleurs sa critique de DEVIL STORY par cette sentence superbe : « Un peu comme le monolithe noir de « 2001 ODYSSEE DE L'ESPACE », on devine que l'humanité n'est pas encore prête d'en percer tous les secrets. Et peut-être cela vaut-il mieux ainsi... ».

Laissons lui le mot de la fin et invitons tous les cinéphiles déviants à découvrir le Saint Graal du Nanar, le Mètre-étalon de la nullité, la Huitième merveille du Z…DEVIL STORY. Un film français (enfin...normand)! Parfaitement !

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2011