LE DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE
Titre: Die 1000 Augen des Dr. Mabuse
Réalisateur: Fritz Lang
Interprètes: Dawn Addams

 

Peter van Eyck
Wolfgang Preiss
Gert Fröbe
Werner Peters
Howard Vernon
Andrea Checchi
Année: 1960
Genre: Krimi / Polar / Espionnage
Pays: Allemagne
Editeur  
Critique:

Pour ce qui restera son dernier film Fritz Lang, alors âgé de 70 ans, revient au personnage qui fit sa gloire trente ans plus tôt via DOCTEUR MABUSE LE JOUEUR et LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE. Ce compromis commercial aurait dû permettre au cinéaste de diriger un projet plus personnel mais ce-dernier, consacré à un violeur en série, n’aboutit jamais.

Malgré son côté bis un peu bâclé, LE DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE fut cependant rentable et entraîna la mise sur pied de cinq séquelles, étalées sur autant d’années, qui prirent rapidement la voie du thriller d’espionnite à l’européenne, genre alors en vogue comme allait en témoigner le triomphe de James Bond dès 1962. Le résultat, plaisant, n’en reste pas moins une déception dont le manque de budget fait peine à voir après la luxuriance exotique du diptyque formé par LE TIGRE DU BENGALE et LE TOMBEAU HINDOU.

Sur le chemin le conduisant à une chaine de télévision, le journaliste Peter Barter est assassiné. Le crime avait été prédit par le voyant Cornelius, lequel est, cependant, incapable de déterminer l’identité du meurtrier. Le commissaire Kras mène dès lors l’enquête et s’intéresse aux clients de l’hôtel Luxor, unique lien apparent entre plusieurs assassinats commis récemment. Trevor, un riche Américain, réussit dans le même temps à empêcher le suicide d’une jeune désespérée, Marion Menils, menacée par des messages envoyés par un inconnu. La piste le conduit finalement à un génie du crime, supposé décédé depuis un quart de siècle, le diabolique Docteur Mabuse.

Inutilement complexe et labyrinthique, le scénario de ce DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE prend plaisir à égarer le spectateur dans une suite de fausses-pistes et de retournements de situations plus ou moins convaincants, inspirés de la littérature de gare, ces fameux « krimi » qui récoltaient, à cette époque, un franc-succès via leurs adaptations cinématographiques. Le plan du maître du crime semble, dès lors, improbable et quelque peu nébuleux tandis que l’action se concentre, probablement pour des raisons bassement budgétaires, dans le décor quasi unique d’un hôtel de luxe dont les clients sont observés, via un ingénieux système de caméras, par Mabuse. D’où le titre original plus évocateur, d’ailleurs traduit littéralement lors de l’exploitation belge du long-métrage des « 1000 yeux du Docteur Mabuse ».

Ces quelques idées sympathiques n’empêchent pas, hélas, le film d’être longuet et un brin ennuyeux, s’élevant difficilement au-dessus d’une moyenne tout juste honnête. L’interprétation pénible de Dawn Adams constitue ainsi un des nombreux bémols d’une production qui tire à la ligne pour ne s’animer véritablement que durant sa dernière demi-heure.

Si LE DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE gagne dès lors en rythme, il ne sort pas pour autant de la routine du « policier de série B » avec son quota de fusillades peu convaincantes, de poursuite en voiture mollassonnes et de cascades prudentes. Difficile de se sentir vraiment intéressé par cette suite de rebondissements prévisibles d’autant que les révélations « fracassantes » du final concernant Mabuse ne surprendront personne. Lors du climax pataud, on s’attend presque à voir débouler Louis de Funès pour hurler un « je t’aurais Mabuse, je t’aurais » de circonstance.

Pas désagréable mais anodin, ce DIABOLIQUE DOCTEUR MABUSE s’avère une série B à petit budget correcte mais dénuée du moindre éclat. Une oeuvrette dans l’ensemble, parfaitement anonyme qui ne se distingue d’ailleurs pas vraiment (en bien ou en mal) des suites ultérieures. Décevant.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013