DIABOLIQUEMENT VOTRE
Titre: Diaboliquement vôtre
Réalisateur: Julien Duvivier
Interprètes: Alain Delon

 

Senta Berger
Peter Mosbacher
Sergio Fantoni
Claude Piéplu
Renate Birgo
Georges Montant
Année: 1967
Genre: Thriller / Giallo
Pays: France / Italie / Allemagne
Editeur  
Critique:

Coproduction franco-italo-allemande, ce « suspense », qui resta le dernier film de Julien Duvivier, se rapproche fortement des codes du giallo de machination, alors embryonnaire, et ménage d’amusants rebondissements, souvent prévisibles, par la suite prisés des cinéastes italiens. De part son intrigue mais aussi son esthétique, son ambiance, sa musique, sa photographie et son climax amoral et cynique, l’œuvre préfigure la « tétralogie » d’Umberto Lenzi, composée de PARANOIA, SI DOUCES SI PERVERSES, ORGASMO et MEURTRE PAR INTERIM.

Le tout jeune et fringant Alain Delon se débat donc dans un piège complexe qui met en péril non seulement son équilibre psychique mais, également, son existence même. Georges Campo (Delon) sort de trois semaines de coma consécutives à un accident de voiture dans lequel il a bien failli laisser sa peau. Il retrouve sa propriété, un très beau château, son épouse, la magnifique Christiane, et son serviteur chinois, Kim. Une existence en apparence idyllique même si Georges ne parvient pas à se souvenir de son existence précédent l’accident.

Avec l’aide de son médecin et ami, Freddie Launey, le jeune homme lutte pourtant contre l’amnésie et accepte les dires de ses proches : après avoir longtemps vécu à Saigon, il venait de rentrer en France lorsqu’il a eu un dramatique accident de la circulation. Toutefois, le riche industriel retrouve, peu à peu, des bribes de souvenirs qui ne correspondent absolument pas à ce que prétend son entourage. Convaincu de se nommer Pierre Lagrange, le convalescent pense avoir vécu plusieurs années en Algérie et rien dans ses goûts ne correspond à ce que prétend Freddie. Bourré de médicaments, George accepte les désidératas du docteur (qui l’encourage à se reposer) et de sa femme (qui, pour hâter sa convalescence, se refuse à lui). Après avoir échappés, par trois fois, à des accidents douteux, George doute de plus en plus de son épouse. La découverte d’un magnétophone caché sous son lit qui diffuse en boucle un message l’invitant à se suicider accroit sa conviction d’être au cœur d’une incroyable machination. Puis son chien, qui, d’ailleurs, ne semble pas le reconnaitre, déterre un corps sommairement enterré dans le jardin…

En 1967, Alain Delon, alors tout juste trentenaire, enchaîne les succès au box-office et s’impose comme la star française incontournable du septième art. Cette année-là, Delon tourne, en effet, LE SAMOURAI et LES AVENTURIERS, deux de ses plus belles réussites. Julien Duvivier, de son côté, a perdu de sa superbe et ses grands films populaires, notamment ses deux DON CAMILLO, datent déjà d’une quinzaine d’années. Le cinéaste venait, en outre, d’essuyer un échec avec une adaptation de James Hadley Chase (CHAIR DE POULE) qui succédait à une pourtant efficace version cinématographique de LA CHAMBRE ARDENTE de John Dickson Carr.

Décidé à lui donner un coup de pouce, Delon accepte le rôle principal de ce DIABOLIQUEMENT VOTRE dont le scénario s’inspire, à nouveau, d’un roman policier, intitulé « Manie de la persécution », écrit par le prolifique Louis C. Thomas qui, par la suite, travailla notamment pour la série télévisée « Les Cinq dernières minutes ».

L’intrigue quelque peu surannée et prévisible de DIABOLIQUEMENT VOTRE mêle donc machination complexe, amnésie, cadavre enterré, suggestion hypnotique, accidents successifs de plus en plus suspects, cynisme et même une légère touche d’érotisme, le tout dans une ambiance raffinée et bourgeoise soigneusement mise en valeur par une belle photographie. Du pur « giallo de machination » avant la lettre puisqu’il est impossible de ne pas tracer un parallèle entre ce film et les futurs SI DOUCES SI PERVERSES d’Umberto Lenzi, PERVERSION STORY de Lucio Fulci ou les plus obscurs LA FLEUR AUX PETALES D’ACIER et autre L’ADORABLE CORPS DE DEBORAH, lesquels se basent sur de semblables schéma narratifs dominés par le faux-semblant et les « twists » multiples.

Beaucoup d’éléments du scénario paraissent, dès lors, difficiles à admettre (Le coup du magnétophone sous le lit semble très aléatoire, la présence du chien - qui met la puce à l’oreille de Delon - problématique, etc.) mais possèdent un charme certain pour les amateurs de « polars de gare ». Ceux-ci retrouveront dans DIABOLIQUEMENT VOTRE de nombreux éléments incontournables de la littérature policière populaire comme l’amnésie, la manipulation mentale et les retournements de situation successifs du climax, sans oublier un cynisme bienvenu. Le tout se déroule d’ailleurs au son d’une musique jazzy typique de son époque mais plutôt plaisante à l’oreille.

Du côté de la distribution, outre Alain Delon qui incarne un homme déboussolé luttant pour garder la raison, DIABOLIQUEMENT VOTRE met en vedette la belle Autrichienne Santa Berger, vue précédemment dans des titres divers comme LE TESTAMENT DU DOCTEUR MABUSE, SHERLOCK HOLMES ET LE COLLIER DE LA MORT ou MAJOR DUNDEE. Par la suite on la revit dans le giallo L’HOMME SANS MÉMOIRE et le brutal CROIX DE FER de Sam Peckinpah avant sa reconversion vers la télévision dès le début des années ’80. L’Italien Sergio Fantoni (SENSO) et Claude Piéplu (dans le rôle d’un décorateur inévitablement « grande folle ») complètent ce casting international plutôt crédible, à l’exception de l’Allemand Peter Mosbacher, lequel a bien du mal à nous convaincre de ses origines asiatiques.

Si les admirateurs de Duvivier ne risquent guère de goûter son dernier film (le cinéaste étant décédé – cruelle ironie - dans un accident de voiture juste après le tournage), les amateurs de thrillers « psychologiques » gentiment datés devraient y trouver matière à un plaisant (et très volatil) divertissement.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013