DIE A VIOLENT DEATH
Titre: Tai hong
Réalisateur: Poj Arnon / Chatchai Katenut
Thanwarin Sukhaphisit / Manussa Vorasingha
Interprètes: Akara Amarttayakul

 

Mai Charoenpura
Supakson Chaimongkol
Uttaporn Teemakorn
Wiradit Srimalai
 
 
Année: 2010
Genre: Film d'horreur à sketches
Pays: Thaïlande
Editeur  
Critique:

Genre populaire dans les années ’60 (avec les productions de la firme Amicus) puis relancé par les succédanés de CREEPSHOW au début des années ’80, le long-métrage à sketches a dernièrement connu le succès en Asie, via par exemple le très réussi 4BIA (et sa séquelle PHOBIA 2). Anthologie d’un intérêt, comme toujours, variable DIE A VIOLENT DEATH tente de prendre le train des épouvantes en marche et propose quatre histoires horrifiques basées sur des faits divers authentiques. Quatre réalisateurs (dont trois débutants) se partagent la mise en scène de ce DIE A VIOLENT DEATH, chacun s’occupant d’un segment particulier.

Pour donner un semblant de cohérence au propos, les différentes intrigues composant DIE A VIOLENT DEATH sont vaguement interconnectées vis des personnes ou des lieux que l’on retrouve d’une histoire à l’autre. Rien de bien novateur puisque cette technique a déjà été utilisée dans plusieurs long-métrages à sketches, depuis AU CŒUR DE LA NUIT jusqu’au récent TRICK ‘R TREAT en passant par CAT’s EYE. De plus, tous les récits touchent à une croyance populaire thaïe voulant que les personnes décédées de mort violente deviennent des esprits et restent sur Terre jusqu’à l’accomplissement de rituels particuliers.

Le premier sketch (« Blaze ») s’inspire d’un spectaculaire incendie survenu dans une célèbre discothèque de Bangkok, le Santaka, le soir du Nouvel An 2009. Des dizaines de fêtards y perdirent la vie et DIE A VIOLENT DEATH utilise ce fait divers tragique pour concocter un récit de fantôme sympathique mais prévisible. Après avoir raconté, sans doute de manière relativement fidèle et en tout cas efficace les événements réels, le récit bifurque ensuite et introduit un élément fantastique, à savoir le fantôme. Le tout se poursuit gentiment jusqu’au twist final, malheureusement fort prévisible mais la brièveté du sketch (25 minutes) rend l’ensemble très digeste. On se laisse porter par l’atmosphère triste et morbide de ce « Blaze » de bonne facture qui commence donc de belle manière cette anthologie horrifique.

Le second segment, « Prison » s’avère, hélas, beaucoup moins intéressant. Un homme, accusé d’avoir causé l’incendie du Santaka, se retrouve emprisonné. Dans sa cellule, il rencontre l’esprit d’un taulard qui s’est récemment suicidé par pendaison. Episode faiblard et sans grand intérêt, « Prison » parait confus et ne renouvelle absolument pas le thème éculé de la vengeance post-mortem. Pas vraiment travaillé, le récit manque de mordant et se termine avant même d’avoir pu véritablement commencer, laissant une impression d’inabouti et de bâclage. Une déception.

DIE A VIOLENT DEATH se poursuit avec « Revenge », un décalque de DARK WATER mixant l’horreur et le drame, ponctué de connotations sociales et de quelques touches d’humour plutôt noires. Un trafiquant de drogue sourd muet assassine une jeune fille et cache son cadavre dans un réservoir d’eau. A partir de ce moment, des événements étranges surviennent dans l’immeuble, réputé maudit. Rien de neuf dans ce sketch au déroulement sans surprise mais emballé avec un minimum de savoir faire. Toutefois l’impression de déjà-vu s’avère assez désagréable et la manière qu’a le réalisateur de singer le cinéma de Nakata laisse un goût amer pour les fans d’épouvante asiatique.

Le dernier segment de cette anthologie, « Motel », adopte un ton bien différent des trois premiers puisque l’accent va être placé sur un humour proche de la parodie. Deux jeunes garçons, l’un puceau et l’autre homo, emmènent une prostituée dans un motel qui se révèle hanté par l’esprit d’une femme ayant eu la gorge tranchée. Pas vraiment cohérent, ce sketch reste distrayant en multipliant les rebondissements et autres retournements de situations, certains prévisibles d’autre complètement inattendus. Jouant avec les clichés coutumiers de l’épouvante asiatique (la démarche désarticulée du revenant) pour mieux s’en moquer, le cinéaste réussit à maintenir l’intérêt durant une vingtaine de minutes et clôt agréablement ce DIE A VIOLENT DEATH même si ce sketch souffre parfois du syndrome de Scoobi-Doo en multipliant les gesticulations de vrais et de faux revenants. Un agréable délassement, cependant, qui saura distraire un large public.

Naviguant d’un style à l’autre (dramatique, horrifique ou humoristique) selon les sketches, DIE A VIOLENT DEATH échoue à proposer un métrage réellement cohérent mais l’entreprise reste néanmoins honorable. De qualité variable, les segments oscillent du dispensable à l’efficace même si aucun ne se révèle véritablement mémorable. Quoique, à contrario, aucun ne s’avère désastreux non plus. Deux épisodes assez bons et deux épisodes plutôt faibles composent en résumé un film à demi réussi ou à demi raté, selon le degré d’indulgence du spectateur.

En bref, un « mixed bag » comme disent les anglophones ou, plus clairement, un film à sketches regardable se situant dans la moyenne du genre mais n’apportant rien aux « histoires de fantômes asiatiques » à présent galvaudées. A réserver aux inconditionnels du genre même si on a connu bien pire.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011