DIE MONSTER DIE!
Titre: The House at the End of the World / The Color Out Of Space / Monster of Terror
Réalisateur: Daniel Haller
Interprètes: Boris Karloff

 

Nick Adams
Freda Jackson
Suzan Farmer
Patrick Magee
Paul Farrell
 
Année: 1965
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur MGM
Critique:

Alors que les œuvres de Poe furent souvent adaptées (disons plutôt trahies) au cinéma et ce depuis les origines de ce média, celles de Lovecraft ne le furent que tardivement. DIE MONSTER DIE est d'ailleurs seulement la seconde adaptation recensée d'une œuvre du reclus de Providence, peu après la sortie de LA MALEDICTION D'ARKHAM de Roger Corman. Même si le résultat n'est pas franchement une réussite exceptionnelle, reconnaissons que Daniel Haller livre une petite production fort sympathique et définitivement honorable.

Soucieuse d'une certaine fidélité à Lovecraft, le film adapte la nouvelle "La Couleur tombée du ciel" et s'inspire également de l'univers développé par l'écrivain. Pourtant, le métrage ressemble à s'y méprendre à une des adaptations de Poe alors en vogue et débute très classiquement par la venue d'un étranger, Steven Reinhardt (Nick Adams, un jeune premier qui tourna dans quelques productions Toho comme le culte INVASION PLANETE X, fut nominé à l'Oscar et décéda d'une overdose à 36 ans), dans une petite ville isolée nommée Arkham, située en Angleterre (ah? oui,…passons!). Notre homme est américain et peu familier des lieux mais il ne comprend pas vraiment la méfiance manifestée par la population locale à l'égard de la propriété des Witley, l'endroit où il désire se rendre.

Forcé de s'y rendre à pied, Steven découvre la région, étrange et désolée, avec une immense étendue de végétation morte et apparemment calcinée. Finalement, il arrive chez Nahum Witley (joué par Boris Karloff, forcément il aurait dû se méfier!), sa femme Letitia (Freda Jackson) et sa jolie fille, Susan (Suzan Farmer, vue dans quelques Hammer comme RASPOUTINE et DRACULA PRINCE DES TENEBRES). Steven et Susan se sont connus lors de leurs études et maman Laetitia souhaite ardemment que le bel américain emmène sa fille loin de ce lieu maudit. Car Nahum poursuit les expériences étranges de son père et il y a définitivement quelque chose de pourri dans ce royaume d'Arkham…

DIE MONSTER DIE est fermement ancré dans son époque et son rythme semblera sans doute léthargique à la majorité des spectateurs modernes. Les rebondissements, pour quiconque a déjà vu l'une ou l'autre productions d'épouvante, sont clairement attendus et le budget famélique ne permet aucun excès visuels, Daniel Haller se rabattant sur la suggestion (ce qui n'est pas plus mal) et sur les dialogues et autres descriptions (ce qui, par contre, s'avère rapidement pesant).

Directeur artistique sur de nombreux films de Roger Corman (et en particulier son cycle consacré à Poe, on y revient encore!), Daniel Haller ne maîtrise pas complètement cette première mise en scène, peu aidé il est vrai par un scénario convenu, de rares effets spéciaux peu convaincants et une interprétation routinière. Mais il parvient à développer quelques séquences efficaces en usant avec une certaine habileté des artifices du genre pour générer un climat non pas effrayant mais à tout le moins intriguant.

Les nombreuses allusions aux œuvres de Lovecraft sont disséminées d'une manière un peu mécanique mais témoignent à tout le moins d'une véritable envie de proposer une intrigue référentielle, même si l'ensemble hésite un peu trop entre le fantastique, l'horreur et la science-fiction pour convaincre tout à fait le spectateur. Si le métrage est lent à démarrer, la dernière demi-heure est un peu plus enlevée et efficace, en dépit d'un incendie final qui, une fois de plus et sans doute une fois de trop, fait directement écho aux films inspirés par Poe. Cette dernière partie donne volontiers dans la série B mais le tout reste sympathique et empreint d'un charme suranné qui compense le peu de relief de ce qui précède, lui carrément vieillot.

La présence de Boris Karloff, la réussite des décors et la gamme de couleurs agréables donnent heureusement un certain cachet supplémentaire à ce petit film qui, sans être transcendant, n'est définitivement pas mauvais. Et puis un titre aussi efficace (DIE MONSTER DIE n'est ce pas presque génial?) mérite bien une petite vision. Daniel Haller retenta l'aventure cinq ans plus tard avec un DUNWICH HORROR similaire mais un peu moins bon.

Fred Pizzoferrato - Décembre 2007