DIEU PARDONNE... MOI PAS
Titre: Dio perdona... Io no! / God Forgives... I Don't!
Réalisateur: Giuseppe Colizzi
Interprètes: Terence Hill

 

Bud Spencer
Frank Wolff
Gina Rovere
José Manuel Martín
Luis Barboo
 
Année: 1967
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur Seven7


Critique:

L'aventurier Cat Stevens a tué le célèbre bandit San Antiono au cours d'un duel dans une maison en flammes. Un an a passé mais Stevens commence à se demander si le criminel n'est pas toujours vivant après une attaque de train qui a tourné au massacre. Avec l'aide de Hutch Bessy, un agent d'assurances, Cat Stevens mène l'enquête.

DIEU PARDONNE MOI PAS marque la première collaboration entre Terence Hill et Bud Spencer qui créent ici les rôles de Cat Stevens et Hutch Bessy, rôles qu'ils reprendront dans les deux films suivants de Guiseppe Colizzi: LES 4 DE L'AVE MARIA et LA COLLINE DES BOTTES.

Le métrage existe dans au moins trois versions: une expurgée de sa violence d'une durée de 95 minutes, une seconde remontée dans les années 90 et qui se veut uniquement comique et, enfin, une édition intégrale (avec les séquences violentes réintégrées) disponible en DVD, par exemple en zone2 chez Seven7. Signalons aussi que le doublage assimile parfois le personnage joué par Terence Hill à Django, une pratique courante à cette époque puisque les faux "Django" ont pullulés à la fin des sixties.

Western encore assez classique, ce premier métrage de Colizzi s'inspire clairement du cinéma de Sergio Leone et développe un concept vaguement inspiré du BON, LA BRUTE ET LE TRUAND. Le beau Terence Hill, dans un rôle qui aurait pu parfaitement convenir à Clint Eastwood domine le métrage tandis que Spencer se montre un peu en retrait.

Comme dans la plupart des films du tandem, nous avons droit à quelques bagarres sympathiques et à une bonne dose d'humour, même si celui-ci est encore assez ironique et porté sur le second degré, contrairement à leurs Westerns ultérieurs (en particulier toute la vague "fayot" lancée par le succès de ON L'APPELLE TRINITA). En face de nos deux héros, nous retrouvons Frank Wolff, acteur emblématique du Western italien (IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST, LE GRAND SILENCE, TUE LES TOUS ET REVIENS SEUL,…) mais aussi du giallo, hélas précocement disparu puisqu'il s'est suicidé à Rome en 1971.

Avec ce trio le métrage ne pouvait être totalement raté mais, malheureusement, ce sont bien les acteurs - et seulement eux - qui sauvent ce DIEU PARDONNE MOI PAS sinon franchement décevant. En effet, il ne s'y passe pas grand-chose et toute la première partie est occupée par une très banale et très prévisible enquête visant à déterminer si le méchant est toujours vivant ou non. On ne peut pas dire que cela soit vraiment passionnant et c'est d'autant plus regrettable que la première scène (l'arrivée d'un train dont tous les occupants ont été massacrés par les bandits) laissait augurer une œuvre forte et violente.

Le manque de rythme de ce Western n'aide pas à l'apprécier et pourtant la cinématographie est d'un bon niveau: belle mise en scène, photographie soignée, paysages agréables,…bref, tout cela est très professionnel. Dommage toutefois que la musique soit un peu crispante lors de certains passages avec chœurs mais, dans l'ensemble, le tout est assez irréprochable techniquement. L'intrigue, par contre, ne suit pas et il faut attendre près d'une heure pour que les choses s'accélèrent enfin, le cinéaste perdant un temps fou à poser les bases d'un scénario pourtant simpliste.

Ce n'est que lorsque les héros acquièrent la certitude que le méchant joué par Frank Wolff est toujours vivant que le métrage trouve, enfin, son rythme. A partir de ce moment, DIEU PARDONNE MOI PAS devient beaucoup plus fréquentable. Nos deux héros subissent diverses péripéties et sont même torturés (Hill par l'eau et Spencer par le feu) alors que les coups de feu se multiplient. Sans beaucoup de surprise mais avec un bel aplomb, le métrage s'oriente alors tout droit vers un duel final de grande qualité et plutôt violent où intervient à la fois un révolver, un couteau et de la dynamite.

En dépit d'une seconde partie efficace, DIEU PARDONNE MOI PAS n'est donc pas vraiment une réussite: trop long, trop languissant, il ne mérite sans doute qu'une vision polie essentiellement par curiosité historique mais il n'est pas désagréable pour autant. En fait, voici l'exemple typique du Western spaghetti honnête mais qui ne diffère guère de beaucoup d'autres.

A réserver aux inconditionnels, donc.

Fred Pizzoferrato - Mai 2008