DINOSHARK
Titre: Dinoshark / Bloody Waters
Réalisateur: Kevin O'Neill
Interprètes: Eric Balfour

 

Iva Hasperger
Aarón Díaz
Roger Corman
Humberto Busto
Guillermo Iván
Dan Golden
Année: 2010
Genre: Sharksploitation
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Devenu, au début des années 2000, la chasse gardée de petites compagnies comme Asylum ou Nu Image, le film d’agressions animales fit les beaux jours des direct-to-dvd et des chaines de télévision spécialisées comme SyFy. Légende de l’exploitation, Roger Corman ne pouvait qu’embarquer sur le navire afin de proposer, lui aussi, sa contribution au genre. DINOCROC, SUPERGATOR, SCORPIUS GIGANTUS, SAURIAN, SHARKTOPUS,…furent autant de production à petit budget surfant sur la mode de l’animal monstrueux dévorant d’imprudents vacanciers. DINOSHARK ne varie aucunement les plaisirs et s’appuie sur une intrigue galvaudée typique de la « sharksploitation ».

Suite au réchauffement climatique d’énormes glaciers fondent dans les pôles. L’un d’eux libère une créature en hibernation depuis des millions d’années, un requin préhistorique de belle taille qui se dirige vers le Mexique. Trois ans plus tard le monstre arrive dans son nouveau garde-manger où va bientôt se dérouler un match de water polo… Emballé par Kevin O’Neill, spécialiste des effets spéciaux précédemment passé à la mise en scène avec le similaire DINOCROC, cette nouvelle sharksploitation se contente d’aligner, paresseusement, tous les clichés attendus. A

grémenté d’un vague alibi écologique, DINOSHARK évite cependant de présenter l’habituel et maintenant bien connu Mégalodon pour privilégier un énorme et plus novateur dinosaure préhistorique caparaçonné. Une bête de belle taille venue boulotter quelques baigneurs, surfeurs et autres joueuses de waterpolo bronzant sur les côtes mexicaines. Plus nerveux que le pathétique UP FROM THE DEPTH déjà produit par Corman (en 1979) et donnant la vedette à un squale préhistorique, DINOSHARK avance à un rythme soutenu et multiplie les séquences d’attaques, ce qui évite au spectateur de trop s’ennuyer.

Soutenu par une partition très poussive et sans inspiration, DINOSHARK se préoccupe par contre très peu de son intrigue, banale, ou de ses personnages, tous caricaturaux et inintéressants. Du simple remplissage indispensable pour atteindre la durée réglementaire entre deux agressions du squale affamé. Les effets spéciaux digitaux, eux, sont, comme souvent, médiocres mais, cependant, un cran au-dessus de la désastreuse concurrence, ce qui évite les éclats de rire intempestifs générés par des titres comme MEGA SHARK Vs GIANT OCTOPUS.

Le design du requin témoigne, lui aussi, d’un minimum de soin et d’originalité, dommage que l’on ne puisse en dire autant des plans où il bondit hors de l’eau pour croquer un imprudent adepte du deltaplane ou un hélicoptère entier. Cette dernière scène, atrocement ratée et involontairement drôle, fait regretter celle, similaire et toutefois nettement plus convaincante, du pourtant ancien LES DENTS DE LA MER 2ème PARTIE. Dans l’ensemble, le film s’avère néanmoins plus sérieux et moins ouvertement nanar qu’un titre comme SHARK ATTACK 3…Ce qui constitue, au choix, une qualité ou un défaut. Le gore, pour sa part, reste timoré et se limite le plus souvent à quelques éclaboussures sanglantes ou à de brefs plans de corps déchiquetés par le mangeur d’hommes. Pas de quoi frissonner mais rien d’étonnant à ce manque de punch, DINOSHARK étant, en réalité, un téléfilm.

L’interprétation, de son côté, reste globalement minable. Eric Balfour, connu pour son rôle récurent dans la série « 24 Heures chrono » se montre peu concerné et joue en pilotage automatique dans l’attente de son chèque mais reste malgré tout au-dessus du reste de la distribution, constituée de beaux gosses et de charmantes demoiselles dénués du moindre embryon de talent. Heureusement, dans un rôle conséquent (du moins en terme de temps de présence), Roger Corman en personne cabotine joyeusement et, à tout prendre, ses outrances rigolardes demeurent plus amusantes que le « non jeu » total de ses partenaires.

Quelques répliques humoristiques et l’une ou l’autre références assumées (une fois de plus aux DENTS DE LA MER, l’insurpassable modèle de tous ces sous-produits) aident à digérer la stupidité de l’ensemble à condition d’être bien disposé ou sacrément alcoolisé.

Routinier et sans la moindre surprise, DINOSHARK constitue, au mieux, une passable manière de tuer 90 minutes de son temps. Aussitôt vu, aussitôt oublié mais, dans le genre, on a (hélas) souvent vu bien pire.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2014