DIVERGENTE
Titre: Divergent
Réalisateur: Neil Burger
Interprètes: Shailene Woodley

 

Theo James
Ashley Judd
Jai Courtney
Zoë Kravitz
Maggie Q
Kate Winslet
Année: 2014
Genre: Science-fiction / Romance / Young Adult
Pays: USA
Editeur
Critique:

Récit de science-fiction destiné aux “jeunes adultes” situé dans un monde post-apocalyptique dystopique, la saga “Divergente” a été écrite par une jeune romancière, Veronica Roth, à peine plus âgée que ses personnages (23 ans à la sortie du premier tome). L’engouement autour de la fiction Young Adult suite au triomphe de TWILIGHT puis HUNGER GAMES (et malgré les échecs de bien d’autres productions qui ne passèrent pas le cap du premier opus comme LA BOUSSOLE D’OR, THIS MORTAL INSTRUMENT, VAMPIRE ACADEMY, CITY OF EMBER, etc.) permit l’adaptation, commercialement lucrative, de la franchise.

Dans un monde futur, à Chicago, la société est divisée arbitrairement en cinq factions (les gentils Altruistes, les pacifiques Fraternels, les intelligents Erudits, les Sincères et les soldats, protecteurs de la cité, désignés comme Audacieux). A cela s’ajoute les individus n’entrant dans aucune classe et vivant par conséquent en marginaux (sans que rien ne l’explique d’ailleurs). Si le choix de la faction est théoriquement libre, la plupart se conforme, lors de leur passage à l’âge adulte, aux résultats d’un test d’aptitude qui les assigne dans l’un des cinq groupes. La jeune Triss, pour sa part, est une divergente, c’est-à-dire qu’elle relève de plusieurs classes, un phénomène extrêmement rare. Alors que l’instructeur responsable de son teste lui conseille de se faire oublier parmi les Altruistes, Triss préfère intégrer les Audacieux et entame un difficile entrainement.

Blockbuster très formaté, DIVERGENTE démontre rapidement ses limites et ce dès la présentation de son environnement futuriste bancal. Sans background historique visant à crédibiliser l’intrigue, le spectateur doit immédiatement accepter une division stricte et complètement stéréotypée de la société en groupes apparemment antagonistes, la possibilité d’être à la fois Audacieux et Altruiste (par exemple) semblant dès le départ exclue sans que l’on en comprenne les raisons. La première partie du métrage de contente donc de suivre l’entrainement de Triss dans sa nouvelle faction (une scène qui rappelle quelque peu celle du « choixpau » magique d’Harry Potter).

Durant une bonne heure, la jeune femme va devoir triompher de nombreuses épreuves très prévisibles (des combats à mains nues, des sauts dangereux, des tests divers où il s’agit de confronter ses peurs et de réagir comme une vraie Audacieuse) qui devraient logiquement conduire au cimetière une large portion des protagonistes. Mais, production grand public oblige, nul ne souffrira de tous ces tests parfois proches d’un parc d’attraction (et je traverse la ville attachée à un câble c’est génial !).

La seconde moitié de DIVERGENTE relance un peu l’intérêt en imaginant une traditionnelle révolte faisant suite à une tentative de coup d’état menée par la faction des Erudits, lesquels contrôlent à présent, via un sérum, les Audacieux. Bref, la lutte des classes pour les nuls, d’autant que la remise en question de l’ordre établi n’a d’autre fonction que de permettre quelques scènes d’action assez quelconque (fusillades dans les rues) et l’élimination de quelques personnages secondaires pour enclencher la machine lacrymale.

Rien de novateur sous le soleil de l’anticipation assortie d’un pseudo message (hum !) puisque le film ressasse des poncifs science-fictionnels éculés depuis « Le meilleur des mondes » et « Un bonheur insoutenable » en les plaçant à portée du plus grand nombre enrobés d’une romance niaise à souhait. Le plus ennuyeux étant la progression dramatique incroyablement linéaire et artificielle, chaque nouvel éléments apportés (changements de règles pour les candidats aux factions, sérum inefficace sur les divergents, etc.) semblant uniquement conçu pour permettre à l’intrigue de progresser. La découverte de la divergence (d’ailleurs largement sous-exploitée en dépit du titre) du bel amoureux de l’héroïne constituant un nouveau sommet d’opportunisme scénaristique auquel on en envie d’ajouter l’immortelle réplique des Nuls : « ah ben ça ça tombe bien alors ».

Le tout s’étire en outre au-delà des limites raisonnables (2h19) alors qu’il ne se passe objectivement pas grand-chose à l’écran. Malgré le budget conséquent englouti (85 millions de dollars) l’ensemble ne fait même pas illusion visuellement et la musique emphatique, associée aux punchlines déclamées sans conviction (« tu n’es pas aussi audacieuse que tu le crois » annonce sentencieusement la méchante… à quoi l’héroïne lui répond « en effet, je suis divergente » dans un crescendo sonore involontairement drôle), rapproche le tout d’une série télévisée de consommation courante.

Si la franchise concurrente HUNGER GAMES n’est pas sans défaut, loin de là, elle possède au moins l’avantage d’un univers plus crédible et d’une meilleure tenue visuelle, deux éléments qui font cruellement défaut à cette pâle romance adolescente camouflée en science-fiction.

Et, afin de convaincre encore davantage les indécis, la bande originale convie tous les artistes musicaux bankables auprès du public-cible, d’Asap Rocky à Ellie Goulding en passant par Tame Impala, Skrillex, Woodkid, Snow Patrol et Zedd. Du pur placement de produit.

La fin ouverte dégoulinante de sentimentalisme annonce cependant la suite pour les amateurs, le succès de ce premier volet ayant assuré, pour une fois, la mise en route des suivants. On s’abstiendra du voyage la prochaine fois.

Fred Pizzoferrato - Avril 2015