LA DIXIEME VICTIME

Titre: La decima vittima
Réalisateur: Elio Petri
Interprètes: Marcello Mastroianni

 

Ursula Andress
Elsa Martinelli
Salvo Randone
Massimo Serato
Milo Quesada
Luce Bonifassy
Année: 1965
Genre: Science-fiction
Pays: Italie / France
Editeur Carlotta (blu ray)
Critique:
Ecrite en 1953, « La septième victime » est une courte (une vingtaine de pages) nouvelle dystopique du grand écrivain de science-fiction Robert Sheckley construite sur le thème de la chasse à l’homme. Elle fut par la suite reprise dans l’anthologie « Le prix du danger » au côté du récit homonyme au sujet similaire. Fasciné par le thème, Sheckley allait encore l’utiliser dans deux romans, « Arena » et « Chasseur / Victime », sans oublier « La dixième victime », novelisation du long-métrage qui nous occupe.

L’idée du long-métrage vient du producteur Carlo Ponti qui souhaitait engager Ursula Andress, star mondiale depuis le triomphe de DOCTEUR NO, pour un divertissement retrouvant quelque peu le côté « pop » des James Bond. Elio Petri a donc la tâche de porter à l’écran le texte de Sheckley, lequel anticipe à la fois sur le règne actuel de la télé-réalité et sur des films ultérieurs, notamment AMERICAN NIGHTMARE dont le postulat de base est proche de celui de la DIXIEME VICTIME.



Dans un futur proche, pour relâcher la pression sociale, le meurtre est légalisé sous condition pour ceux qui acceptent de participer à la Chasse, un jeu mortel dans lequel les candidats sont alternativement chasseurs et proies d’une gigantesque chasse à l’homme. Au terme de dix victoires, les participants reçoivent la célébrité et une récompense d’un million de dollars. Le Romain Marcello et l’Américaine Caroline sont tous deux à neuf victoires. Or, le grand ordinateur, ordonnateur de ces modernes jeux du cirque, a décidé qu’ils s’affronteraient dans un ultime duel. Ce film de science-fiction satirique ne manque pas d’humour (« si la grande chasse avait existé dans les années ’30 Hitler y aurait participé et ça nous aurait évité la Seconde Guerre Mondiale ») et de fausses publicités amusantes anticipent sur ROBOCOP ou STARSHIP TROOPERS par leur côté décalé (« Si vous êtes suicidaires, la chasse est pour vous », « pourquoi se préoccuper du contrôle des naissances quand on a le contrôle de la mort »).



L’anticipation, plus amusante que dans FARENHEIT 451 et moins foutraque que dans ALPHAVILLE, annonce parfois les délires d’AUSTIN POWER par son côté outrageusement pop, camp et « groovy » mais demeure bien tenue. Petri ne prend pas son sujet science-fictionnel par-dessus la jambe et accouche d’une œuvre relativement cohérente et maitrisée à l’exception des dix dernières minutes, lesquelles versent dans un n’importe quoi assumé mais pas franchement réussi. Si le long-métrage accuse le poids des ans dans sa représentation du futur celle-ci ne manque toutefois pas de charme et témoigne de l’anticipation imaginée dans les années ’60, à savoir un monde très « pop art ». Soutien-gorge en métal argenté dissimulant un pistolet, demoiselles mini-jupées, musiciens jouant du saxophone dans les ruines d’un temple antique,…le film ne cherche pas le réalisme mais se conforme davantage aux illustrations bigarrées vues sur les couvertures des romans de science-fiction de l’âge d’or. D’où une série de tableaux d’intérêt variable mais souvent agréable à l’œil.

Tout est en effet très coloré dans cette DIXIEME VICTIME sublimée par sa restauration 2K et son transfert lumineux sur blu-ray. Le long-métrage constitue donc un vénérable artefact des sixties à consommer pour ce qu’il est, un témoignage déjanté de son époque doublé d’une satire d’anticipation plutôt bien vue mais gâché par une fin excessive et décevante.

Fred Pizzoferrato - Mai 2017