DJANGO ARRIVE, PREPAREZ VOS CERCUEILS
Titre: C'è Sartana... vendi la pistola e comprati la bara
Réalisateur: Anthony Ascot (Giuliano Carnimeo)
Interprètes: George Hilton

 

Charles Southwood
Erika Blanc
Piero Lulli
Linda Sini
Nello Pazzafini
Carlo Gaddi
Année: 1970
Genre: Western Spaghetti
Pays: Italie
Editeur M6 Video
Critique:

Sorti en mettant en évidence le nom de Django, ce métrage se révèle, en réalité, une nouvelle aventure de Sartana. Dernier avatar « officiel » de la saga initiée par Anthony Ascot (alias Giuliano Carnimeo), DJANGO ARRIVE, PREPAREZ VOS CERCUEILS confie le rôle du redoutable pistolero vêtu de noir au familier du giallo George Hilton, lequel prend la succession de Gianni Garko.

A ses côtés nous retrouvons un autre personnage mythique de l’Ouest « made in Cinecitta », Sabata, cette fois incarné par le quasi inconnu Charles Southwood. A noter toutefois que ce Sabata n’a pas grand-chose en commun avec celui personnifié par Lee Van Cleef dans le SABATA original.

Enfin, Erika Blanc, visage (et corps !) fameux du cinéma de genre italien (OPERATION PEUR, SI DOUCES SI PERVERSES, MOI EMMANUELLE) prête ses traits à l’indispensable élément féminin venant compliquer une situation déjà embrouillée dans laquelle chacun trahit tout le monde.

Le chasseur de prime Sartana (ou Django, selon les versions) est témoin du vol d’une grosse cargaison d’or par le bandit Mentas. Il propose alors à un riche notable, Samuel Spencer, de servir d’escorte pour convoyer le prochain chargement du précieux métal. En réalité, Sartana souhaite garder la fortune pour lui-même et s’associe à Mentas. Mais la belle Trixie aimerait une part du gâteau et Sabata, le pire ennemi de Sartana, arrive également en ville…

DJANGO ARRIVE, PREPAREZ VOS CERCUEILS reprend tous les codes et clichés des précédents épisodes de SARTANA ou de SABATA en multipliant les sous-intrigues, les coups tordus et les retournements de situation, souvent au mépris de la plus élémentaire vraisemblance. Le métrage se soucie essentiellement, en fait, de présenter des personnages originaux et d’offrir une caractérisation antinomique de Sartana et Sabata. Le premier, tout de noir vêtu, se déplace sur un cheval blanc tandis que le second, pour sa part, porte le blanc et chevauche un étalon noir. Tous deux, par contre, semblent connaître avant même leur arrivée en ville les secrets de chacun et chacune. Ils disposent également de petits gadgets et d’un pouvoir d’ubiquité surprenant, surgissant partout où on les attend…ou pas.

Utilisant un petit pistolet à quatre coup, Sartana abat ses adversaires avec désinvolture mais Ascot, lui, chorégraphie avec bonheur chacune des fusillades et prend plaisir à dissimuler des armes dans des morceaux de pains ou une botte. Soucieux d’offrir un petit gimmick à son personnage principal, le cinéaste fait aussi du ténébreux Sartana un consommateur avide d’œufs durs, sa nourriture préférée.

Au rayon des curiosités citons encore la partie de dame qui tourne au « drinking game », chaque joueur devant boire le pion / verre pris à son adversaire. Les pistoleros étant habiles ils sont en outre capables de tirer sur une gourde lancée en l’air pour que l’eau répandue éteigne une mèche. Mais ils se révèlent, par contre, incapables de distinguer un bâton de dynamite d’une bougie camouflée… Tous ces détails bizarres rendent DJANGO ARRIVE, PREPAREZ VOS CERCUEILS plaisant et amusant pour les amateurs de western à l’italienne qui savent en apprécier les excès.

Hélas, le scénario, pourtant signé Tito Carpi, reste faible et banal. Il se contente d’accumuler les clichés et les lieux communs, fractionnant le métrage en plusieurs sous intrigue quasiment indépendantes dont le seuls intérêt est de réunir Sartana et Sabata au cours d’un climax interminable. Ce duel final, peu crédible, verse dans la facilité et l’humour attendu jusqu’au dernier twist, aussi surprenant qu’invraisemblable.

Le budget réduit (décors vides, figurants peu nombreux) de DJANGO ARRIVE, PREPAREZ VOS CERCUEILS démontre, lui-aussi, la perte de popularité du western à l’orée des années ’70. Il traduit, enfin, le déclin d’une de ses franchises les plus populaires, exploitée jusqu’à la corde par des producteurs opportunistes lançant sur le marché des « Sartana » bas de gamme.

Même si le métrage se situe au-dessus de la moyenne des « Spaghetti », nous ne sommes plus loin, malheureusement, des piètres « confrontations légendaires » de fin de cycle à l’image de l’aberrant DJANGO CONTRE SARTANA.

La mise en scène d’Anthony Ascot (qui termina sa carrière avec le très bis RATMAN, un gore rital de 1988), de son côté, assure l’essentiel mais manque de conviction, de rythme et d’imagination. Une illustration au mieux professionnelle et routinière, au pire plate et paresseuse, loin des innovations dont le cinéaste sut faire preuve précédemment.

Dans l’ensemble, DJANGO ARRIVE, PREPAREZ VOS CERCUEILS constitue un divertissement acceptable pour les « westernophiles » aimant les titres abracadabrants riches en situations incongrues. L’humour fonctionne et les deux personnages principaux (en particulier Sartana) sont suffisamment typés pour faire oublier les faiblesses d’une intrigue confuse et à l’intérêt limité, de surcroit emballée sans beaucoup d’enthousiasme.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011