DJANGO DEFIE SARTANA
Titre: Django sfida Sartana
Réalisateur: Pasquale Squitieri
Interprètes: George Ardisson

 

Tony Kendall
José Torres
Bernard Farber
Adler Gray
Salvatore Billa
Fulvio Mingozzi
Année: 1970
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur Seven7
Critique:

Les rencontres entre personnages iconiques d’un genre cinématographique signalent, le plus souvent, une décadence annonciatrice des gaudrioles de fin de cycle plus ou moins inspirées. Dans les années ’40, les grands monstres de la Universal s’affrontèrent ainsi dans d’improbables joutes (FRANKENSTEIN RENCONTRE LE LOUP-GAROU, LA MAISON DE DRACULA,…) avant de servir de faire-valoir aux comiques Abbott et Costello (DEUX NIGAUDS CONTRE L’HOMME INVISIBLE,…).

Deux décennies plus tard, les Italiens tentent de réveiller le péplum, déjà exsangue de ses excès après plus d’une centaine de productions en cinq ans, et livrent les saugrenus SAMSON CONTRE HERCULE ou ZORRO CONTRE MACISTE. L’agonie du « muscle opéra » laisse une voix royale au western qui, durant une demi-douzaine d’années, règne en maître sur le cinéma populaire de la Péninsule. De nouveaux héros apparaissent, des pistoleros mal rasés et cyniques répondant aux prénoms de Django, Sartana, Trinita, Ringo, etc.

En 1970, Pasquale Squitieri propose, après plusieurs centaines de séries B, DJANGO DEFIE SARTANA, une réalisation routinière et sans saveur particulière mais cependant nettement supérieure à son rival, le quasi homonyme DJANGO ET SARTANA du redoutable Demofilo Fidani.

Steve, le frère de Django, obtient un poste important dans une banque et doit convoyer une importante somme d’argent expédiée par son patron, Singer, au dangereux criminel Sartana pour que ce-dernier quitte la ville. Hélas, le meurtre de Singer et le kidnapping de sa nièce amènent les villageois à suspecter Steve de complicité. Après qu’il ait été lynché, Django arrive en ville, décidé à lever le mystère sur cette affaire et à retrouver Sartana pour lui demander des explications concernant la mort de son frangin…

Créé par Gianni Garko en 1966 dans LES COLTS DE LA VIOLENCE, le personnage de Sartana fut néanmoins totalement revisité par ce même acteur dans le SARTANA de 1968, lequel transforme cet antihéros en un dangereux pistolero tout de noir vêtu, équipé de gadgets divers et, peut-être, d’origine surnaturelle. Garko reprit le rôle dans LE FOSSOYEUR puis dans deux autres séquelles officielles mais Sartana connut rapidement le destin des grands « cow-boys » de l’Ouest made in Italy en apparaissant dans une quinzaine de décalques (SARTANA DANS LA VALLEE DES VAUTOURS, DEPECHE TOI SARTANA JE M’APPELLE TRINITA, etc.) qui le virent fréquemment affronter d’autres figures mythiques du western spaghetti comme Trinita ou Django. Ce-dernier, d’abord personnifié par Franco Nero dans DJANGO, un des grands chefs d’œuvres du genre signé Sergio Corbucci, revint lui-aussi dans d’innombrables suites plus (DJANGO 2 LE GRAND RETOUR, DJANGO PREPARE TON CERCUEIL) ou moins (AVEC DJANGO LA MORT EST LA, DJANGO LE BATARD,…) officielles.

Par la grâce du « retitrage » sauvage, une quarantaine de long-métrages essayèrent, tant bien que mal, de se référer à DJANGO, parfois de manière complètement artificielle ou même sans présenter le personnage (ABATTEZ DJANGO LE PREMIER). Parmi ces décalques peu inspirés, DJANGO DEFIE SARTANA s’inscrit dans une sympathique moyenne et parvient, en dépit de son aspect extrêmement banal et prévisible, à ne pas se montrer trop ennuyeux.

Le Turinois George Ardisson qui fut Zorro (ZORRO AU SERVICE DE LA REINE, ZORRO LE RENARD) et l’agent S3S (AGENT S3S PASSEPORT POUR L’ENFER, MASSACRE AU SOLEIL) avant de fréquenter le giallo (PLUS VENIMEUX QUE LE COBRA, CIAK SI MUORE) joue ici le redoutable Sartana, opposé à Tony Kendall, célèbre pour avoir incarné le « Commissaire X » dans sept longs-métrages sortis durant la seconde moitié des sixties.

Contrairement à Sartana, proche du modèle imaginé par Garko, Django s’éloigne radicalement des conventions établies par Franco Néro et devient un banal pistolero, motivé par la vengeance mais capable d’élans de bravoure surprenants dans le cadre, cynique, du western à l’italienne. Le scénario, de son côté, s’avère sans réelle surprise mais possède quelques petites touches agréables, comme la peinture peu amène d’une bande de villageois antipathiques et uniquement préoccupé par l’argent.

Si la découverte de l’identité réelle du méchant qui tire les ficelles de cette machination et manipule les protagonistes dans l’ombre n’est guère surprenante, son sadisme et sa cruauté restent intéressants et se situent dans la grande tradition des salopards irrécupérables de l’Ouest.

Au final, DJANGO DEFIE SARTANA manque de nerfs et doit se contenter d’un budget restreint mais la mise en scène reste acceptable et le film ne se fiche pas du spectateur. A l’inverse de bien des sous-produits, ce modeste western échappe à la médiocrité des titres réalisés dans le seul but de palper vite fait mal fait des bénéfices.

Rien d’extraordinaire mais, pour une petite série B sortie à la fin de la grande vague du genre, ce soucis de proposer un spectacle correctement emballé se doit d’être souligné, tout comme l’efficacité d’une bande originale bien utilisée et relativement originale.

En dépit de ses défauts (nombreux) et de ses ambitions (limitées), cette oeuvrette agréable saura contenter les aficionados du western spaghetti et ne porte pas tort à la réputation, souvent bien malmenée, de ces deux figures légendaires de l’Ouest imaginaire italien. Plaisant, sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2012