DJANGO TIRE LE PREMIER
Titre: Django spara per primo
Réalisateur: Alberto De Martino
Interprètes: Glenn Saxson

 

Fernando Sancho
Ida Galli (as Evelyn Stewart)
Erika Blanc
Nando Gazzolo
José Manuel Martín
Guido Lollobrigida
Année: 1966
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Quoiqu’il tente de se rattacher, comme bien d’autres, au classique de Sergio Corbucci, ce sympathique DJANGO TIRE LE PREMIER n’a pourtant rien à voir avec le pistolero incarné par Franco Nero. Mi sérieux, mi humoristique, le film d’Alberto De Martino n’en mérite pas moins la découverte par les inconditionnels du « spagh’ ».

Un chasseur de prime nommé Ringo, après avoir abattu un homme recherché, se fait tuer à son tour par un certain Glenn Garvin, surnommé Django au Mexique (ben tiens !). La victime du « bounty hunter » est en réalité le père de Garvin, lequel décide d’enterrer son paternel puis de retourner à sa tranquille existence. Cependant, tandis qu’il creuse la tombe, Garvin commence à réfléchir et conclut avec cynisme que la prime de 5000 dollars, promise pour la mort de son cher papa pourrait lui être utile.

Par conséquent, Django se rend à Silvercreek afin d’y toucher la récompense. Là, le « vieux qui sait tout » (personnage incontournable du western à l’italienne incarné par l’inévitable Fernando Sancho) lui apprend, entre deux relents de whisky mal digéré, que son père s’était jadis associé avec le notable local, Kluster. Or ce-dernier avait ensuite trahi son ami pour l’envoyer croupir en prison afin, bien sûr, de garder la totale mainmise sur le bled. Django estime dès lors qu’il est le légitime propriétaire de la moitié de Silvercreek…et il entend bien réclamer sa part !

Embrouillée, l’intrigue de DJANGO TIRE LE PREMIER ne lésine pas sur les retournements de situation (et de veste !) et les trahisons à répétition au point de devenir rapidement peu aisée à suivre. Dans la seconde moitié du long-métrage intervient, en outre, le premier mari d’une demoiselle décidée, elle aussi, à tirer la couverture à elle. Ce qui, dans son cas, ne doit pas être compliqué puisqu’elle passe de lit en lit afin de manipuler tous les pauvres mâles du village. La tension grimpe et l’affrontement entre le héros et le notable devient inévitable.

Alberto de Martino possède, indéniablement, du métier et un professionnalisme éprouvé, ce qu’illustre sa mise en scène efficace et parfois même inventive, notamment lors des duels où le cinéaste aime à placer, à l’avant plan, un révolver menaçant susceptible de jaillir tel un serpent de son ceinturon. La photographie, elle, se révèle très classique mais quelques plans aux couleurs plus bariolées rappellent vaguement le cinéma d’épouvante gothique de la Péninsule et élève le produit fini au-dessus du tout-venant.

Tourné au tout début de la « folie western » qui s’empara de l’Italie au cours des années ’60 et ’70, DJANGO TIRE LE PREMIER possède un soin évident qui devait, par la suite, décliner pour aboutir aux séries B (ou Z) interchangeables confectionnées à la chaine par des artisans besogneux et de moins en moins consciencieux. Ici, le casting possède, forcément, un attrait supplémentaire par la présence de quelques figures familières du cinéma populaire européen.

Dans le rôle de Django, nous découvrons Glen Saxson qui incarna la même année le « super criminel » Kriminal dans le film homonyme d’Umberto Lenzi. A ses côtés, DJANGO TIRE LE PREMIER présente, une fois de plus, l’acteur aux deux cents et quelques rôles, Fernando Sancho, l’homme qui apparut au générique de pratiquement tous les westerns européens des sixties. Le quota de charmes est, de son côté, assuré par Ida Galli (alias Evelyn Stewart vue dans de nombreux giallo) et Erika Blanc (MOI, EMMANUELLE, LA PLUS LONGUE NUIT DU DIABLE, etc.).

Le scénario, pour sa part, fonctionne plaisamment et entretient l’intérêt en évitant la sempiternelle histoire de vengeance pour privilégier les coups fourrés successifs. En dépit d’un ton sérieux, voire dramatique, illustré notamment par les monologues du héros sur la tombe de son paternel assassiné, DJANGO TIRE LE PREMIER se permet quelques traits d’humour bienvenus. Un gamin un peu casse-pied fait, par exemple, la leçon à Django et lui conseille de manière autoritaire de ne pas poser les mains sur sa sœur tandis que la bagarre finale, située bien évidemment dans un saloon, verse dans une joyeuse bouffonnerie annonciatrice des futurs excès du western « fayot ».

Dans l’ensemble et sans prétendre être un classique du genre, DJANGO TIRE LE PREMIER demeure un honnête western à l’italienne, suffisamment divertissant et rondement mené pour emporter l’adhésion des amateurs.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013