DJANGO
Titre: Django
Réalisateur: Sergio Corbucci
Interprètes: Franco Nero

 

José Bódalo
Loredana Nusciak
Ángel Álvarez
Gino Pernice
Simón Arriaga
 
Année: 1966
Genre: Western
Pays: Italie
Editeur Wild Side
Critique:

Réalisé en 1965, DJANGO va devenir une des œuvres références du Western à l’italienne et un des plus grands classiques du genre aux côtés des premières réalisations de Sergio Leone dans le domaine.

Django, un mystérieux étranger trainant derrière lui un cercueil, débarque dans une petite ville frontière boueuse. Il est accompagné d’une jeune mexicaine qu’il vient se sauver des griffes d’une bande de racistes, idéologiquement proches du Ku Klux Klan, menés par le Major Jackson. Django et la demoiselle s’installent dans un saloon minable uniquement fréquenté par des prostituées et laissent Jackson effectuer le premier mouvement. Après avoir exterminé la racaille du Major, l’invincible pistolero, muni d’une redoutable mitrailleuse, s’associe avec un révolutionnaire mexicain, le général Hugo Rodriguez, pour s’emparer d’une importante quantité d’or. Mais Django décide de trahir Rodriguez, lequel ne l’entend pas de cette oreille.

Œuvre fondatrice d’un genre, DJANGO a véritablement imposé une esthétisme « à l’italienne » dans le monde du western, les cinéastes de la Péninsule renonçant ensuite, pour la plupart, à imiter le modèle américain pour développer un style personnel. Dès le générique, Sergio Corbucci propose une atmosphère quasiment fantastique et présente un pistolero mal rasé marchant dans la boue, traînant derrière lui un cercueil au contenu mystérieux, alors qu’une chanson à sa gloire résonne. Dans ce Far West désenchanté personne n’est digne de confiance, les vertus jadis exhalées par les cow-boys incarnés par John Wayne ou James Stewart n’ont plus cours et chacun tente de tirer la couverture à soi en trahissant ses anciens associés ou « amis ». Les femmes, pour leur part, sont des prostituées ou des profiteuses prenant toujours le parti du plus fort et la seule chose sur laquelle les « héros » peuvent réellement compter restent leur flingue et leur habileté au tir.

L’intrigue, pas vraiment originale, reprend pour sa part la trame générale de POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS, elle-même décalquée de YOJIMBO : un étranger au lourd passé débarque dans une petite ville et se retrouve entre deux bandes rivales, exacerbant les conflits jusqu’à une libératrice explosion de violences. Mais l’important ne réside pas dans cette histoire banale mais bien dans la manière de la raconter, en exacerbant la crasse, la violence et l’amoralité régnant en maître dans cette petite ville désertée et quasiment hantée par la mort.

Né en 1926, Sergio Corbucci a déjà une solide carrière dévouée au cinéma populaire lorsqu’il réalise ce DJANGO. On lui doit une poignée de péplums de bonne tenue (en particulier le très agréable LE FILS DE SPARTACUS) et trois westerns (MASSACRE AU GRAND CANYON, L’HOMME DU MINNESOTA et RINGO AU PISTOLET D’OR). Cependant c’est véritablement DJANGO qui va lui assurer une belle renommée et l’élever au rang des petits maîtres du western italien, parfois affectueusement dénommée par les amateurs la sainte Trinité des Sergio (les deux autres étant évidemment Leone et Sollima). Pourtant le style de Corbucci s’avère à l’opposé des grandes envolées, inspirées par l’opéra, d’un Sergio Leone privilégiant les lenteurs. Corbicci adopte, en effet, un rythme rapide et propose une intrigue rondement menée multipliant les rebondissements en à peine une heure vingt cinq minutes. Bref, pas le temps de s’ennuyer, d’autant que les séquences d’anthologies s’avèrent nombreuses.

Outre le générique déjà cité, notons l’extermination des membres du Klan à l’aide d’une mitrailleuse dissimulée dans un cercueil, la fuite de Django emportant l’or dérobé au mexicain pour le voir s’enfoncer dans les sables mouvants, la torture du héros dont les mains sont broyées à coup de crosse et de sabots et, enfin, la fusillade finale montrant le pistolero surmonter son handicap pour triompher de ses ennemis par la ruse.

Le personnage de Django paraît parfois pratiquement surnaturel, sorte d’ange ou de démon venu sur Terre pour punir les méchants de manière expéditive, à l’image d’un archange issu de l’Ancien Testament venu répandre un feu purificateur sur une ville corrompue. Quoiqu’il s’agisse de fausses séquelles, cette idée fut d’ailleurs reprise et développée ultérieurement par certains réalisateurs italiens qui définirent davantage le pistolero comme une sorte de fantôme surgi des Enfers, en particulier dans TIRE ENCORE SI TU PEUX ou même dans DJANGO PREPARE TON CERCUEIL ou AVEC DJANGO LA MORT EST LA. Si l’influence principale de DJANGO reste POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS difficile de ne pas penser qu’Eastwood lui-même fut à son tour influencé par des personnages « fantomatiques » de ce style lorsqu’il mit en scène L’HOMME DES HAUTES PLAINES ou PALE RIDER, lesquels proposent tous deux des cow-boy revenus d’entre les morts.

Le contexte historique servant de toile de fond à DJANGO n’est pas franchement développé mais s’avère toutefois intéressant car rarement explorée : nous sommes juste après la guerre de Sécession, alors que les groupuscules types Ku Klux Klan émergent au Sud des Etats-Unis. Django, pour sa part, reste mystérieux même si on apprend qu’il a combattu aux côtés du Nord et que son épouse a péri alors qu’il se trouvait « loin, bien trop loin ».

Les aspects politiques de l’intrigue restent toutefois limités : si les méchants membres du Klan sont clairement ignobles, les Mexicains ne sont pas beaucoup plus recommandables et illustrent encore le cliché du révolutionnaire veule davantage intéressé par son enrichissement personnel que par la victoire du peuple sur la tyrannie. On ne trouvera donc dans DJANGO que d’infimes prémices des prochaines œuvres radicales, gauchistes et révolutionnaires que seront, par exemple, EL CHUNCHO, LE DERNIER FACE A FACE ou encore le COMPANEROS du même Corbucci.

Ponctué de deux ou trois séquences étonnamment sanglantes (d’ailleurs censurées à l’origine), DJANGO constitue sans hésiter un petit chef d’œuvre et un des meilleurs westerns spaghetti jamais tourné, associant une intrigue prenante à des séquences d’action captivantes bercées par la musique entêtante de Luis Enrique Bacalov.

Comme souvent avec les Italiens, DJANGO connu une longue et bâtarde descendance. Le personnage fut d’abord repris par Terence Hill dans une séquelle plus ou moins officielle (DJANGO PREPARE TON CERCEUIL) avant d’être pillé par des dizaines d’imitations fauchées, sans oublier les retitrages abusifs d’œuvres sinon fort estimables comme AVEC DJANGO LA MORT EST LA. Il faudra attendre 1987 (!) pour voir Franco Nero rempiler avec LE GRAND RETOUR DE DJANGO et 2007 pour déguster le « remake » de Takeshi Miike SUKYYAGI WESTERN DJANGO.

Quoiqu’il en soit l’œuvre originale de Corbucci demeure un superbe classique, à l’influence immense sur tout un pan du cinéma populaire, que l’on ne se lasse pas de voir et de revoir.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009