L'ENFER POUR MISS JONES 5 - L'ENFER
Titre: The Devil in Miss Jones 5: The Inferno
Réalisateur: Gregory Dark
Interprètes: Juli Ashton

 

Rebecca Lord
Barbara Doll
Nicole Lace
Sindee Coxx
Jeanna Fine
Tom Byron
Année: 1995
Genre: Porno
Pays: USA
Editeur
Critique:

Au début des années ’90, le cinéma porno a vécu, laissant la place à la vidéo de consommation courante. Dans ce contexte, l’industrie (du moins pour ses « œuvres de prestige ») se tourne vers les valeurs sûres et propose des suites (ou des remakes) des plus grands succès X des deux précédentes décennies.

Gregory Dark (qui se reconvertira ensuite dans la réalisation de clips notamment pour Britney Spears) partage à ce moment son temps entre le hardcore et le softcore, généralement sous le pseudonyme de Gregory Hippolyte, et inonde les vidéoclubs de sexy thrillers comme les franchises ANIMAL INSTINCTS ou SECRET GAMES. Des produits très classiques, louchant sur le BASIC INSTINCT de Paul Verhoeven, beaucoup moins novateurs que ses pornos les plus déjantés.

Déjà réalisateur de L’ENFER POUR MISS JONES 3 et 4 une dizaine d’années plus tôt, Dark livre ainsi BETWEEN THE CHEEKS 2 et 3 (suites de son grand succès de 1985), NEW WAVE HOOKERS 2, 3 et 4 (là aussi des succédanés à un de ses « classiques » de 1985 rendu incontournable par un bref passage où figure une iconique et démoniaque Traci Lord).

En 1995, Gregory Dark lance ce tardif ENFER POUR MISS JONES 5 qui témoigne des changements (probablement) irréversibles subis par le porno en deux décennies. Après les prétentions « auteurisantes » et l’ambiance dépressive du premier volet, l’humour du second (un des derniers grands films X pré-vidéo) et l’ambiance rock & roll déjantée des troisième et quatrième chapitres, ce cinquième opus s’aventure, pour le meilleur et pour le pire, sur les terres de l’expérimentation visuelle tout azimut.

Le physique de la comédienne incarnant Justine Jones trahit, lui-aussi, l’évolution des standards : si Georgina Spelvin était une « femme normale » âgée d’une quarantaine d’années dans les deux premiers volets, Lois Ayres avait rajeuni le personnage dans les deux suivants (elle avait la vingtaine et un look de mannequin punk) tandis que Juli Ashton (une des grandes stars de l’époque) représente la Justine des années ’90 avec son physique de poupée ultra-sexué et sa voracité sexuelle entretenue par un scénario prétexte. Car Dark, en roue libre, se soucie moins de son intrigue minimaliste que de ses scènes hard, liées entre elles par quelques vignettes bizarroïdes décrivant les tentatives du diable (Rip Hymen, un cool pseudo) pour corrompre une fois de plus Miss Jones.

Après une brève scène introductive (hum !), Dark lance les hostilités en proposant une première séquence qui met en vedette Juli Ashton, l’increvable T.T. Boy, Dave Cummings et Amanda Addams. Le passage est typique du style du cinéaste: gros plans privilégiés, utilisation de sextoys, fascination pour le voyeurisme et, surtout, montage hystérique pour une esthétique proche des clips de la génération MTV. Dès lors, les plans durent rarement plus d’une ou deux secondes et le cinéaste use de divers procédés vidéo (accélérés, ralentis, image dans l’image, etc.) pour rendre le tout frénétique, bercé par une musique instrumentale agressive mais rapidement énervante.

La vignette suivante concerne à nouveau Juli Ashton, cette fois transposée dans une orgie romaine dans la tradition. Jeanna Fine (et son strap-on) s’occupe de la demoiselle en compagnie de quatre chanceux hardeurs. Le passage suivant place Miss Jones en position de voyeuse pour une nouvelle variation sur la « séduction des innocentes » (on doute un peu de ce qualificatif) en compagnie de deux actrices et quatre acteurs dont le vétéran Tom Byron (toujours actif aujourd’hui et ayant plus de 1600 « rôles » au compteur). Inspiration semblable pour la vignette suivante : Juli Ashton reste le plus souvent à l’écart de l’action (elle a néanmoins droit à sa récompense, comprenez le cum-shot final) pour laisser libres la Française Rebecca Lord et la blonde américaine Sindee Coxx, la première en lingerie noire, la seconde en lingerie blanche, toutes deux confinées dans des cages. Une opposition traditionnelle mais toujours plaisante à l’œil.

Les trois scènes suivantes sont similaires : cinq ou six participants, beaucoup de toys, une alternance entre les passages saphiques et les moments hétérosexuels, des tenues fétichistes, un rythme effréné. Bref, L’ENFER POUR MISS JONES 5 est visuellement intéressant mais sensuellement limité : le manque d’implication du spectateur, la construction en vignettes non reliées entre elles et le zapping de tout background ou préliminaires rend l’ensemble très mécanique, témoignage d’une nouvelle manière d’envisager le X, autrement dit par scènes indépendantes plutôt que comme un tout construit.

Le problème du film réside surtout dans le côté répétitif des passages hardcore, assez semblables au point que l’on s’ennuie un peu en dépit du physique avenant (à condition d’apprécier le style poupées gonflées siliconées et épilées) des comédiennes. La mise en scène de Greg Dark finit, elle aussi, par fatiguer : le montage ultra rapide, les cuts nerveux (les personnages changent de position fréquemment dans des scènes plus proches de la performance pure que de l’érotisme), les incrustations expérimentales, les effets bizarres et la musique lancinante privent les saynètes de leur potentiel érotique en dépit d’une réelle énergie également véhiculé par des hardeuses déchaînées.

Dans l’ensemble, L’ENFER POUR MISS JONES 5 s’avère correct mais décevant : en tant que « film » il ne possède pas l’inventivité des précédents et en tant que « porno » il manque de potentiel érotique par son style outré. Le tout se hisse cependant au-dessus de la moyenne des vidéos interchangeables tournées à la chaine durant la même période.

Fred Pizzoferrato - Juillet 2015