DOC SAVAGE ARRIVE!
Titre: Doc Savage - The Man of Bronze
Réalisateur: Michael Anderson
Interprètes: Ron Ely

 

Paul Gleason
William Lucking
Michael Miller
Eldon Quick
Darrell Zwerling
Paul Wexler
Année: 1975
Genre: Aventures / Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Personnage culte de la littérature populaire américaine (à l’image de Bob Morane en Europe), Doc Savage, surnommé l’Homme de Bronze ou encore l’Aventurier Suprême fut créé dans les années ’30 par l’écrivain Lester Dent. Rencontrant immédiatement le succès, Doc Savage fut le héros de 181 romans, tous signés du pseudonyme de Kenneth Robeson, prête nom d’une foule de romanciers payés des clopinettes. L’aventurier parcourut le monde jusqu’en 1949 et connut ensuite une éclipse de vingt ans.

Aussi vieillottes qu’elles paraissent, les aventures de Doc Savage restent agréables à lire et possèdent un second degré salvateur. Elles furent republiées intégralement au début des années ’70 et le succès fut de nouveau au rendez-vous, entrainant de nouveaux récits et une biographie fantaisiste signée Philip Jose Farmer.

Pas étonnant que le cinéma ne se soit intéressé au valeureux héros et le légendaire producteur George Pal (LA GUERRE DES MONDES, LE CHOC DES MONDES) décide en 1975 de porter sur les écrans les exploits de l’Aventurier Suprême, espérant lancer une franchise lucrative. Malheureusement le résultat s’avéra catastrophique et le traitement choisi, une semi-parodie volontairement (?) campy dans l’esprit de la série télévisée « Batman » des années soixante, ne fonctionne absolument pas.

L’intrigue, largement basée sur le premier roman de la saga, se déroule à New York, durant les années ’30. Le docteur Clark Savage Jr revient d’une longue méditation dans sa Forteresse de Solitude, située dans l’Arctique (l’idée sera reprise telle quelle dans les comics « Superman ») et retrouve ses amis, un groupe de cinq hommes aux talents divers s’employant à combattre le crime. Doc apprend également que son père est décédé dans des circonstances mystérieuses et échappe de peu à une tentative d’assassinat commise par un Indien tatoué. Après une rapide séance de déductions, Savage et son gang partent pour une république d’Amérique Latine, Hidalgo, afin d’éclaircir la situation.

DOC SAVAGE ARRIVE ! débute très mal en présentant le héros au Pôle Nord, sur fond de drapeau américain, un sourire éclatant aux lèvres et des étoiles dans les yeux, au sens propre (!). Une horrible chanson résonne alors afin de vanter les mérites du héros et le spectateur comprend que le chef d’œuvre ne sera pas au rendez-vous. Pourtant la première séquence relève le niveau et possède un certain charme assez proche du plaisir ressenti à la lecture d’un roman pulp mal torché mais divertissant.

L’humour déjà un peu envahissant et le doublage français affligeant Doc d’un zézaiement ridicule plombent toutefois le métrage mais ce premier quart d’heure fonctionne agréablement dans la limite de ses ambitions. Si la suite s’était maintenue à ce niveau DOC SAVAGE ARRIVE aurait constitué une bonne friandise bis mais, hélas, le métrage va rapidement sombrer dans la médiocrité.

Sitôt arrivé dans la République d’Hidalgo, la bêtise prend le dessus, réduisant Doc à un guignol et son équipe à une bande de simples faire-valoir distillant un humour pachydermique. La pauvreté des effets spéciaux et l’aspect inintéressant de l’intrigue achèvent de rendre l’entreprise désastreuse en dépit de passages parfois distrayant à l’image des anciens serials. Les idées incongrues foisonnent, que ce soit un méchant d’opérette fumant des cigares dans un lit de bébé à bascule surdimensionné ou les applaudissements ponctuant les discours héroïques du héros. Une approche tenant davantage de la démolition d’un mythe que d’une recréation « moderne » de récits à l’époque vieux de quarante ans.

La musique, inécoutable, n’arrange pas les choses et, Amérique latine oblige, nous aurons même droit à une interprétation lamentable de la « Cucaracha ». Un grand moment de n’importe quoi assumé. Les acteurs, pour leur part, ressemblent à des idiots, en particuliers les seconds rôles cabotinant en roue libre lors des scènes supposées drôles mais surtout atterrantes.

Le côté héroïques des membres du gang et leurs capacités particulières sont d’ailleurs totalement occultées, ne laissant que cinq idiots draguant des potiches ou se chamaillant comme des gamins de maternelle. Mentions spéciale à Monk, se baladant partout avec son petit cochon, et Johnny l’archéologue ressemblant à une mauvaise caricature de geek et ne s’exprimant que par des termes comme « indubitablement super ébouriffant ». Le petit cochon permettra finalement aux aventuriers de se tirer d’une situation critique, comme quoi l’avoir promené à travers le monde durant 80 minutes avait au final une certaine utilité.

Seul Ron Ely, dans le rôle de Doc, semble vraiment avoir le physique de l’emploi et parait croire en son rôle de vaillant défenseur des vraies valeurs contre les forces du Mal, jouant au premier degré dans un environnement prêtant surtout à sourire. Malheureusement, si Michael Anderson souhaitait que le spectateur s’amuse avec le film, le résultat donne plutôt envie de se moquer de cette enfilade de clichés.

La mise en scène d’Anderson, coupable de bien des désastres (une horrible version des CHRONIQUES MARTIENNES de Ray Bradbury et une piètre adaptation de l’excellent roman MILLENIUM de John Varley) et de quelques réussites mineures (ORCA et L’AGE DE CRISTAL), s’avère ici dénuée du moindre punch et ne peut sauver un film au scénario languissant et aux dialogues imbuvables.

La séquence de déclaration d’amour sous fond de soleil couchant, alors que Doc explique à la pauvre Mona (« vous êtes bath ! ») pourquoi il ne peut y avoir de femme dans sa vie mérite d’entrer au panthéon des moments les plus nanars de l’histoire du cinéma, tout comme le voyage des héros au son d’une des chansons les plus crétines jamais composées (« Doc doit gagner et apporter la liberté aux opprimés »).

Le climax final montre Doc combattre le méchant en usant d’innombrables techniques martiales, précisées par des sous-titres incrustés sur la pellicule (« Kung Fu » « Tai chi chuan » « karaté »). Dommage que les chorégraphies ne dépassent pas la démonstration de patronage exécutée par des sportifs amateurs et que les musiques utilisées soient infâmes. Heureusement Doc connaît également des techniques de réhabilitations sociales bien utiles, apprises dans un quelconque monastère asiatique, et transforme le vilain criminel en soldat…de l’Armée du Salut !

Les ultimes minutes annoncent une suite (« Arch Enemy of Evil » !) [mal?]heureusement jamais tournées en dépit d’un avertissement alarmistes (« des millions de personnes vont mourir ») laissé sur le répondeur de Doc Savage !

Tout raté qu’il soit, DOC SAVAGE ARRIVE ! demeure néanmoins gentiment rythmé et vaguement divertissant. Le manque de moyens se fait cruellement sentir et la superproduction escomptée se révèle en définitive une plaisanterie poussive plus proche des séquences fantasmées du MAGNIFIQUE que d’INDIANA JONES ou SUPERMAN. Toutefois, en raison même de ses excès, de ces séquences absurdes et des dialogues débités par un Doc zézayant, DOC SAVAGE ARRIVE ! se savoure sans déplaisir.

Un gros nanar bien juteux mais dans lequel on ne s’ennuie pas. C’est déjà ça !

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010