DOCTOR WHO - COLONY IN SPACE
Titre: Doctor Who - Colony In Space
Réalisateur: Michael E. Briant
Interprètes: Jon Pertwee

 

Kathy Manning
Nicholas Courtney
Nicholas Pennell
Roger Delgado
Bernard Kay
 
Année: 1970
Genre: Science-fiction / Doctor Who
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Quatrième arc narratif de la huitième saison (originale) du Docteur Who, COLONY IN SPACE comporte six sous-épisodes d’environ 25 minutes et fut diffusé du 10 avril au 15 mai 1971.

L’intrigue commence avec la vision de trois Seigneur du Temps qui, après avoir consulté des dossiers confidentiels, délivrent le Docteur de son exil sur Terre et lui rendent le contrôle du Tardis. Le Docteur, accompagné de Jo, part donc pour la planète Uxarieus et y atterrit quatre siècles dans l’avenir, en 2472. Quoiqu’une colonie soit établie sur la planète, les humains ont bien du mal à y survivre, entre les attaques des natifs et celles de représentants d’une entreprise minière. Ces derniers sont bien décidé à les chasser pour exploiter le sol riche en minerai précieux dont l’inestimable duralunium. La situation dégénère après la mort de deux colons, apparemment attaqués par des reptiles géants autochtones…Mais le Docteur soupçonne une tromperie.

Ecrit par Malcolm Hulke, membre du Parti Communiste Anglais, le récit développe des thèmes gauchistes sans grande subtilité et milite pour la révolte des classes populaires exploitées par l’avidité colonialiste des grandes compagnies esclavagistes. Rien de neuf sous le soleil de la fiction « engagée à gauche » à l’exception du Docteur, promu ici instigateur d’un hypothétique « grand soir » sur une planète inhospitalière.

Toutefois cet aspect politique (un brin envahissant mais sans devenir réellement pénible heureusement) s’estompe grandement au fil des épisodes qui se transforment, ensuite, en un plus classique « space opéra » inspiré du western avec l’arrivée de l’ennemi héréditaire du Docteur, le terrible Maître. Son débarquement sur la planète colonisée, durant le troisième épisode, lui permet d’arbitrer l’opposition entre les colons et les mineurs puis de menacer le Docteur d’un révolver lors du cliffhanger de l’épisode suivant, considéré par les fans comme un des « moments clés » de la série.

Bien sûr certains détails font aujourd’hui sourire, notamment les décors et ustensiles technologiques, voulus futuristes, des années 2472 déjà terriblement datés au début du vingt-et-unième siècle. La visite du Tardis du Maître (en réalité le même vaisseau spatiotemporel que celui du Docteur quoique légèrement modifié) montre, par exemple, de très contemporaines étagères métalliques remplies de classeurs. Les effets spéciaux, eux aussi, ne sont pas très convaincants, entre des maquettes de vaisseaux qui sentent le plastique et des robots meurtriers semblables à des boites de métal bougeant, de manière peu menaçante, leurs bras mécaniques.

Qu’importe, l’intérêt n’est pas là mais bien dans l’univers développé et, heureusement, COLONY IN SPACE avance à un rythme efficace. Son intrigue, certes rudimentaire, rebondit de belle manière ce qui lui évite l’aspect parfois languissant et les nombreux « ventres mous » qui alourdissent souvent la série. Hélas, le scénario se montre rarement subtil et, dans le pur style western, propose comme unique manière de résoudre les conflits des combats à coups de révolvers. Ceux-ci occupent une part importante de l’intrigue, Malcolm Hulke n’étant manifestement pas prêt au moindre compromis.

Les mineurs sont ainsi présentés comme les infâmes suppôts du capitalisme tandis que les colons sont des braves hommes épris de liberté. Le fait que les Terriens ne puissent survivre sans le duralunium est à peine évoqué, manifestement cette planète corrompue ne mérite aucune indulgence et la possibilité des colons de céder une partie de leur sol pour permettre aux humains de mener une existence meilleure n’est jamais envisagée. Bref, ce sont bien les colons tout gentils contre les mineurs exploiteurs, une vision en noir et blanc typique encore aggravée par un final impardonnable au cours duquel les natifs se sacrifient généreusement pour sauver les colons.

En dépit de ce fond politique douteux pétri de considérations gauchisantes lourdingues, COLONY IN SPACE reste un arc globalement satisfaisant pour les admirateurs du Docteur. Le manque de moyen se fait toutefois cruellement sentir, notamment dans la conception rudimentaire des décors miniers ou la pauvreté des maquillages extraterrestres.

Le climax, au cours duquel la caméra semble prise d’un véritable « mal de mer » afin de simuler une explosion imminente, manque, pour sa part, grandement de spectaculaire après un aussi long développement. Toutefois, l’épisode distrait et ne lésine pas sur les « facteurs fun » : reptiles géants, robots tueurs, affrontements entre « bons » et « méchants », présence charismatique du Maître et de plaisants cliffhangers suffisent à rendre l’ensemble délassant.

Honnête mais loin d’une grande réussite et sans doute trop long d’une bonne demi-heure, COLONY IN SPACE demeure un bon témoignage de l’ère Jon Pertwee du Docteur.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2014