DOCTOR WHO - THE CRUSADE
Titre: Doctor Who - The Crusade
Réalisateur: Douglas Camfield
Interprètes: William Hartnell

 

William Russell
Jacqueline Hill
Maureen O'Brien
Julian Glover
Bernard Kay
Roger Avon
Année: 1965
Genre: Science-fiction / Série TV / Doctor Who
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Diffusé en quatre parties du 27 mars au 17 avril 1965, THE CRUSADE constitue le sixième arc de la seconde saison du DOCTOR WHO. Les deuxième et quatrième épisodes sont, aujourd’hui, manquants mais furent reconstitués avec soin par des fans, lesquels ont utilisés l’audio (encore disponible) et des images de tournages agrémentées de notes descriptives concernant les actions des personnages.

Si le procédé déconcerte de prime abord, il s’avère finalement peu dérangeant : le côté théâtral des premières années du Docteur peut se satisfaire de l’absence d’images et l’expérience s’avère même intéressante à la manière d’une lecture de roman agrémentée de commentaires.

Le Tardis échoue dans un passé lointain. Barbara est capturée tandis que le Docteur se retrouve au cœur d’un conflit qui oppose Richard Cœur de Lion à Saladin. Un chevalier, William des Preaux, décide d’ailleurs de personnifier le souverain d’Angleterre afin de protéger ce dernier. Il suggère à Barbara de prétendre être sa bien aimé sœur, Lady Joanna. Cependant, Saladin découvre leur identité mais refuse de les mettre à mort, impressionné par leur bravoure. Barbara promet dès lors de le distraire en lui racontant ses voyages, à la manière de Shahrazade. Pendant ce temps, Ian et le Docteur rencontre le véritable (et très énervé) roi Richard.

THE CRUSADE débute avec un premier épisode, «The Lion», qui nous plonge directement au cœur (de lion ?) de cette intrigue historique dominée par l’affrontement entre les antagonistes Richard et Saladin. Les relations entre les deux personnages sont subtilement dosées et évitent le banal combat entre le « bon » et le « méchant », les scénaristes ayant aboli ces notions pour simplement opposer deux chefs de guerre aux desseins différents.

Sérieux et violent pour l’époque (l’intrigue n’est pas traitée sur le mode humoristique et les horreurs de la guerre ne sont nullement édulcorées), « The Lion » nous mène à un épisode plus léger, « The Knights of Jaffa » au cours duquel Barbara endosse la fonction d’une nouvelle Shahrazade. Difficile de réellement juger des qualités de l’intrigue sur la seule base de la reconstruction actuellement disponible mais ce second épisode réussit l’exploit de ne point ennuyer en dépit de la minceur de l’histoire proposée.

La présence du Docteur a d’ailleurs peu d’incidence sur la Grande Histoire qui se déroule sous nos yeux : seules les captures successives de Barbara par les Sarrasins empêchent le Seigneur du Temps de quitter cette époque troublée. La meilleure scène du troisième segment, «The Wheel of fortune» demeure un long argument entre Richard, qui désire marier sa sœur au frère du Sultan, le Docteur, qui affirme sa lassitude la guerre, et un chevalier assoiffé de conquêtes.

Dans une volonté « pédagogique », le serial consacre une grande partie de son temps à dépeindre la situation historique durant les Croisades. L’inclusion du Docteur se limite, par conséquent, à initier, de manière détournée, les jeunes enfants à l’Histoire. Le Docteur, en effet, n’apporte rien à l’intrigue et ses compagnons n’ont, eux non plus, guère d’utilité. Barbara se contente d’être capturée à plusieurs reprises afin de fournir les inévitables cliffhangers. Ian, de son côté, est attaché et enduit de miel avant d’être laissé à la merci de féroces fourmis. Des aventures anecdotiques comparées à la guerre entre les Croisés et les Sarazins.

La résolution des sous-intrigues, dans le dernier épisode, « The Warlords » (lui aussi reconstitué à partir des sources audio existantes) laisse cependant une impression d’inachevé, beaucoup de lignes narratives étant abandonnées sans recevoir de réelles conclusion, certains personnages étant par ailleurs purement et simplement oubliés. En dépit de ses faiblesses, THE CRUSADE reste un serial intéressant qui évite tout manichéisme et bénéficie de performances d’acteurs très appréciables, en particulier William Hartnell, parfaitement à l’aise et crédible dans le rôle du Docteur.

Cet arc, doté de moyens corrects pour un feuilleton britannique du milieu des sixties, délaisse pour un temps les monstres caoutchouteux et les robots de fer blanc pour se concentrer sur l’essentiel : des personnages joliment dessinés et des dialogues de qualité.

Prenant son contexte spatio-temporel au sérieux (dans les limites d’une série de science-fiction des années ’60 évidemment), THE CRUSADE reste un des plus plaisant « divertissement historique » des premières années du Docteur.

Dommage que l’on doive se contenter de deux épisodes complets pour en apprécier les qualités.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2014