DOCTOR WHO - THE THREE DOCTORS
Titre: Doctor Who - The Three Doctors
Réalisateur: Lennie Mayne
Interprètes: Jon Pertwee

 

Patrick Troughton
William Hartnell
Katy Manning
Nicholas Courtney
John Levene
 
Année: 1972
Genre: Science-fiction / Série TV / Doctor Who
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Avec comme principal protagoniste un aventurier immortel disposant de sa machine à voyager à travers le temps et l’espace, l’idée de confronter plusieurs incarnations successives du Docteur au sein d’une même intrigue devait fatalement titiller l’imagination des scénaristes. Diffusé en quatre parties du 30 décembre 1972 au 20 janvier 1973, cet épisode commémoratif (le soixante-cinquième) fut écrit spécialement pour célébrer les dix ans de la série.

L’idée d’une rencontre entre les divers Docteurs, réclamée à grand cri par les fans, fut ainsi (enfin !) officialisée à cette occasion, lançant une mode (qui perdure toujours quatre décennies plus tard comme en témoigne le récent THE NAME OF THE DOCTOR). Aux côtés du Docteur de l’époque (John Pertwee), l’épisode rappelle par conséquent les deux précédentes incarnations du Docteur. Toutefois ceux-ci se révèlent surtout des « vedettes invitées » : le Deuxième, Patrick Troughton, apporte essentiellement l’élément comique tandis que le Premier, William Hartnell, fort malade, se contente de prodiguer quelques conseils à distance à ses successeurs.

La planète natale des Seigneurs du Temps est attaquée et privée de toute énergie par un trou noir. Pendant ce temps, la Terre subit une semblable agression et le Docteur semble impuissant à la contrer. A court de ressources, les Seigneurs du Temps décident de briser la première règle du voyage temporel en permettant au Docteur de rencontrer ses précédentes incarnations, lesquelles viennent lui porter secours. Si le Premier, bloqué dans une sorte de prison temporelle, doit se contenter d’adresser ses conseils, le Deuxième rejoint le Troisième pour déterminer les origines de la menace. Mais le temps presse car le quartier général de la UNIT est attaqué par une cohorte d’extraterrestres gélatineux apparemment invulnérables. Finalement, le Premier Docteur établit que le trou noir constitue un pont entre deux univers et les deux incarnations ultérieures du Docteur y plongent dans le Tardis accompagnés par Jo Grant, le Sergent Benton, le Bridagier et le docteur Tyler, aboutissant dans un univers composé d’anti matière sur lequel règne un légendaire Seigneur du Temps supposé décédé, Omega.

Envisagé comme une grande rencontre entre les trois Docteurs, l’épisode se résume, en réalité, à un jeu de répliques humoristiques entre les Deuxième et Troisième Incarnations. Malade (il décèdera en 1975), William Hartnell ne peut pas vraiment participer à l’aventure et se contente d’apparaitre via des récepteurs vidéo, son rôle ayant été préalablement enregistré à la BBC. L’intrigue en elle-même ne fonctionne guère et se résume à une banale histoire de vengeance exercée par un Seigneur du Temps supposé mort (ses recherches ont permis aux habitants de Gallifrey de maitriser le voyage dans le temps) à l’encontre de l’univers entiers. Un récit proche de la science-fiction de l’âge d’or, voire de la Fantasy puisque les incarnations du Docteur sont ici de véritables croisés décidés à lutter contre le Mal.

Les personnages secondaires, à commencer par le Brigadier (réduit à un véritable imbécile), ne sont que les faire-valoir des Docteurs, lesquels passent une grande partie de l’épisode à discuter avec Omega en déclamant des phrases sentencieuses et pompeuses pleines de mots pseudo-scientifiques et de notions à peine esquissées comme singularité, trou noir, accélération des particules, anti-matière, flux de lumière, etc. Tout cela rappelle les romans pulp du début du vingtième siècle dans lesquels de supposés savants décrivaient avec force mots emphatiques des inventions délirantes et farfelues.

Malheureusement, LES TROIS DOCTEURS n’atteint jamais le mélange de science et de fantaisie des meilleurs épisodes de « Star Trek » et déroule trop sérieusement une histoire globalement stupide qui eut nécessité davantage d’ironie et d’auto parodie pour réellement fonctionner. La quatrième partie de l’arc confère toutefois une certaine épaisseur à Oméga (dont le corps n’existe plus que par la seule force de sa volonté) et explique les raisons pour lesquelles il a besoin de l’aide du Docteur pour réaliser son grand dessein.

La conclusion du serial élève ainsi l’ensemble à un niveau quelque peu supérieur et lui offre un soupçon de philosophie même si LES TROIS DOCTEURS reste surtout mémorable pour les dialogues (parfois stupides, parfois amusants) entre les différentes incarnations du héros, ici fort stéréotypés (le Premier joue au vieux sage, le Second court après sa célèbre flute à bec).

La fin de l’aventure permet au Docteur de voyager à nouveau à travers le temps et l’espace, les Seigneurs du Temps le délivrant de son long exil. Si cet arc « historique » se révèle finalement anecdotique et bien moins réussi qu’escompter les déambulations des trois docteurs et leurs plaisantes interactions sauvent l’essentiel et rendent le spectacle agréable pour les nostalgiques. Sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2014