DOGHOUSE
Titre: DogHouse
Réalisateur: Jake West
Interprètes: Danny Dyer

 

Stephen Graham
Noel Clarke
Terry Stone
Christina Cole
Lee Ingleby
Emily Booth
Année: 2009
Genre: Comédie / Horreur / Gore
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Délaissé durant des années par les cinéastes anglais, l’horreur semble revenir en force outre-manche depuis le milieu des années 2000 et, manifestement, le succès de SHAUN OF THE DEAD, puis de HOT FUZZ, a relancé quelques vocations en Grande Bretagne. Le buzz développé autour du déjà culte LESBIAN VAMPIRE KILLERS et la sympathique réussite de BIENVENUE AU COTTAGE permirent l’émergence de nouveaux projets dans le même esprit décalé et le nouveau film de Jake West s’inscrit dans la droite ligne des comédies horrifiques précitées.

L’intrigue, simple mais cocasse, tourne autour de Vince, lequel est en pleine déprime depuis qu’il a été largué par sa chère et tendre. Ses copains, une bande de joyeux fêtards aimant le football et la bière, se proposent alors de lui organiser un week-end « entre hommes ». Destination ? Moodley, un petit village sans aucune particularité, excepté que la population féminine y est trois fois plus importante que la normale ! Notre bande de joyeux lurons se prépare donc à deux jours de divertissement composés essentiellement de drague et de beuverie. Arrivé sur place, pourtant, ils découvrent un bled déserté et la situation ne tarde pas à dégénérer. Suite à d’hasardeuses expérimentations militaires toutes les femmes de Moodley sont en effet devenues des zombies cannibales affamées et l’expression « chasser le mâle », à Moodley, s’entend au sens littéral !

Jake West est un vrai amoureux du cinéma de genre et il a déjà prouvé ses qualités de metteur en scène avec les imparfaits mais très divertissants RAZOR BLADE SMILE et EVIL ALIENS, de petits budgets soucieux de procurer un vrai plaisir au spectateur. Généreux, West, s’en donne donc à cœur joie avec ce nouveau métrage rythmé et plein de bonne humeur, alternant séquences humoristiques et passages gore avec une bonne santé réjouissante. Toutefois, le cinéaste prend également le temps de présenter des personnages bien typés et dotés d’une véritable caractérisation. Tous sont crédibles et possèdent des particularités propres qui les rendent attachants ou insupportables, loin des protagonistes unidimensionnels et sans intérêts des productions américaines similaires. Les interprètes, d’ailleurs, semblent croire à leur personnage et se montrent suffisamment concernés par leur rôle pour livrer des compositions supérieures à la moyenne. Le cinéaste leur donne d’ailleurs régulièrement la parole pour des séquences dialoguées assez bien écrites et parfois presque touchantes qui rappellent, bien sûr, certains passages de SHAUN OF THE DEAD mais possèdent une identité propre leur évitant toute accusation de plagiat.

Les zombies, elles aussi, s’avèrent toutes différentes et originales, dans un esprit très bande dessinée qui fonctionne parfaitement. Les mortes vivantes adoptent ainsi des armes spécifiques et possèdent une identité particulière les distinguant de la masse uniforme de créatures avançant en grognant rencontrées dans la majorité des films de zombies. Si la plupart des « splatter comedy » se contentent d’aligner les gags sanglants, DOGHOUSE tente une voie plus risquée en osant l’équilibre entre horreur, satire et drame. Jake West s’intéresse suffisamment à ses personnages pour que le spectateur se soucie de leur sort, livre des moments de suspense véritables, n’hésite pas à donner dans l’horreur bien sanglante mais offre également des séquences burlesques inventives et divertissantes. La meilleure restant probablement l’utilisation d’une voiture télécommandée et d’une tête décapitée pour détourner l’attention des zombies mais l’utilisation de balles de golf a des fins offensives constitue un autre grand moment de rigolade.

Le rythme, pour sa part, ne faiblit pratiquement jamais même si Jake West se permet l’une ou l’autre séquence plus intimiste fonctionnant étonnamment bien dans le cadre d’un pur divertissement gore. Néanmoins, l’aspect comédie reste prépondérant et le cinéaste joue fréquemment la carte d’un humour assez méchant teinté d’une certaine misogynie, probablement dans une volonté d’égratigner le politiquement correct. Quoique trop peu développé, le côté « guerre des sexes » permet une satire assez réussie de la société moderne et des rapports hommes / femmes empreint d’une fraicheur et d’une causticité réjouissante. Même si les véritables éclats de rire sont rares, DOGHOUSE parvient donc à donner le sourire et se montre constamment amusant ce qui n’est déjà pas si mal !

L’aspect gore, quoique largement en deçà des carnages proposés par le cinéaste avec son précédent EVIL ALIENS, reste cependant suffisamment présent pour contenter les amateurs du genre. DOGHOUSE se montre en définitive très agréable à suivre et, sans égaler SHAUN OF THE DEAD ou les classiques des années 80 comme LE RETOUR DES MORTS VIVANTS, RE ANIMATOR, EVIL DEAD 2 ou BAD TASTE, le film s’inscrit dans les indéniables (petites) réussites de la comédie horrifique.

Avec un budget plus élevé que pour ses travaux précédents, Jake West prouve qu’il est capable de livrer un produit tout à fait satisfaisant, débarrassé des scories de RAZOR BLADE SMILE ou EVIL ALIENS, et qu’il est désormais une possible valeur sure du cinéma d’horreur. Si il poursuite dans cette voie et continue de s’améliorer de film en film, nul doute qui il faudra probablement compter avec Jake West dans les prochaines années !

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2010