DOLLS - LES POUPEES
Titre: Dolls
Réalisateur: Stuart Gordon
Interprètes: Ian Patrick Williams

 

Carolyn Purdy-Gordon
Carrie Lorraine
Guy Rolfe
Hilary Mason
Bunty Bailey
 
Année: 1987
Genre: Horreur / Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1987 par Stuart Gordon, DOLLS constitue une des nombreuses productions de la firme Empire, lancée par Charles Band et spécialisée dans la série B efficace. Une recette hélas perdue par Band qui sombra ensuite dans le Z souvent poussif avec sa compagnie, rebaptisée Full Moon. Nous retrouvons donc au générique de DOLLS la plupart des personnes ayant assuré la renommée d’Empire lors de ses années fastes, entre le milieu et la fin des années 80.

Outre Stuart Gordon à la mise en scène (lequel venait de triompher avec l’excellent RE-ANIMATOR et le sympathique FROM BEYOND), la production est assurée par Brian Yuzna (producteur des deux titres précités), Ed Naha (auteur de l’amusant TROLL de John Carl Buechler et du fauché LES MAGICIENS DU ROYAUME PERDU pour Roger Corman) signe le scénario et le talentueux Mac Ahlberg, ancien spécialiste de l’érotisme (une version de FANNY HILL en 1968) reconverti directeur photo sur moult séries B assure la bonne tenue du film dont il soigne la photographie. Bref, du beau monde auquel il faut ajouter les inévitables John Carl Buechler (responsable des maquillages) et David Allen, en charge des effets visuels et en particulier de l’animation image par image des poupées.

Au niveau du casting, nous retrouvons Carolyn Purdy-Gordon, l’épouse du cinéaste qui apparaît d’ailleurs dans pratiquement tous ses longs-métrages. Ici, cependant, elle ne se contente pas d’un rôle secondaire mais s’octroie pratiquement le haut de l’affiche en incarnant une méchante belle-mère qui connaîtra finalement un juste châtiment. A ses côtés, notons la présence de Ian Patrick Williams et Stephen Lee qui firent ensuite une longue carrière à la télévision et du vétéran Guy Rolfe, vu en tête d’affiche dans le Mr SARDONICUS de William Castle et dans LES ETRANGLEURS DE BOMBAY de Terence Fisher. Pas vraiment de grandes vedettes (Empire n’en ayant de toutes façons pas les moyens) mais un casting solide et chevronné. Si DOLLS ne connut malheureusement aucunes suites officielles, signalons toutefois que Charles Band en offrit une prolifique variation avec la saga PUPPETMASTER dans laquelle, du troisième au septième volet, Rolfe incarna le maléfique fabricant de poupées André Toulon.

Davantage qu’à un classique film d’épouvante, DOLLS s’apparente surtout à un conte de fées macabre à destination des adolescents et des grands enfants. L’intrigue est simple : un vieux couple, fabricants de poupées, vit dans une grande maison isolée en compagnie de leurs nombreuses poupées et autres jouets. Par une nuit d’orage, six personnes trouvent refuge dans la vaste demeure. Les premiers arrivés sont David Bower, accompagné de sa nouvelle épouse Rosemary, et sa fille, la très imaginative Judy. Puis, ils sont rejoints par Ralph, un jeune homme un peu niais ayant gardé une âme d’enfant, et par deux jeunes filles au look gothique recueillies sur la route. Ces dernières décident de cambrioler les vieillards et de s’enfuir avec leurs bijoux. Mais les nombreuses poupées ne l’entendent pas ainsi et viendront se venger cruellement des adultes ayant perdu leur innocence enfantine.

En dépit de son intrigue très linéaire et souvent peu cohérente, DOLLS s’est taillé au fil du temps une belle renommée auprès des amateurs et beaucoup le considèrent à présent comme un petit classique de son époque. L’originalité de l’idée et son traitement à la fois macabre et poétique, envisagé comme un conte sanguinaire (seuls les enfants et ceux qui ont gardé une véritable innocence peuvent échapper au Mal), confère en effet à DOLLS une véritable personnalité qui l’éloigne du tout venant des petits budgets sortis durant les années 80.

Répondant à une stricte unité de temps, de lieu et d’action, l’entièreté du métrage se déroule dans la vaste demeure du couple de personnes âgées, laquelle ressemble à un musée du jouet ou même à la version disproportionnée d’une maison de poupées. Un cadre original, propice au développement d’une atmosphère macabre, que les petites créatures ont véritablement investis au point que les humains, immanquablement, ne paraissent pas y être à leur place. Les poupées, vues avec les yeux de l’enfance, sont à la fois rassurantes, belles et effrayantes, un sourire cruel figé sur leur faciès de porcelaine. Sous le masque se cache d’ailleurs d’étranges créatures aux organes bien trop humains, amenant une révélation finale attendue mais bien amenée renvoyant une fois de plus aux contes de fée racontés aux enfants.

Avec une durée réduite à une heure et quinze minutes, Stuart Gordon n’a guère le temps de trainer en chemin et propose un récit rythmé et agréable, ponctué de quelques passages délirants (un ours en peluche jeté dans une forêt par la belle-mère revient se venger après avoir grandi démesurément) ou sanglants (les meurtres commis par les poupées, sans verser dans les excès gore de RE-ANIMATOR ou FROM BEYOND, possèdent un côté Grand-Guignol parfaitement adapté au propos).

Si DOLLS accuse aujourd’hui le point des ans et paraît, par certains aspects, quelque peu vieillot son aspect globalement intemporel (qui reste l’apanage des histoires simples et des contes de fées) le sauve de l’oubli et lui assure même une pérennité enviable dans le domaine du cinéma d’épouvante.

Un très agréable divertissement à découvrir ou à revoir avec nostalgie.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010