DONNIE DARKO
Titre: Donnie Darko
Réalisateur: Richard Kelly
Interprètes: Jake Gyllenhaal

 

Jena Malone
Drew Barrymore
Patrick Swayse
Mary McDonnell
Katharine Ross
 
Année: 2001
Genre: Science-Fiction / Comédie / Drame / Culte
Pays: USA
Editeur  
6 /6
Critique:

Etats-Unis, années 80. Donnie Darko est un adolescent mal dans sa peau souffrant de crises de somnambulisme. Un jour, il est réveillé par une étrange voix. Donnie se lève et rencontre un étrange personnage, Frank, semblable à un lapin bleu géant. Ce dernier lui annonce la prochaine fin du monde…

Etrange film s'étant rapidement bâti une réputation d'œuvre culte et inclassable, DONNIE DARKO constitue une des meilleures surprises cinématographiques de ces dernières années. Première réalisation du jeune Richard Kelly, le métrage s'appuie essentiellement sur un scénario débordant d'inventivité. A l'heure des intrigues formatées, des progressions linéaires, des explications distillées au spectateur toutes les dix minutes et des twists frelatés, DONNIE DARKO prend le risque d'une construction délicate, laisse certaines questions sans réponses mais, au cours d'un final impeccable, réussit à emboîter la plupart des éléments du puzzle en un tout cohérent. Etalée sur 28 jours, l'intrigue suit donc le quotidien d'un adolescent américain dépressif et amoureux dans une petite ville, durant les années 80, et démontre l'énorme influence que peuvent exercer les actes individuels sur la destinée collective.

Quoiqu'elles soient en apparences ardues, les nombreuses questions philosophiques et métaphysiques sont abordées avec élégance (l'auteur cite aussi bien Stephen Hawkins qu'un ouvrage fictif intitulé "The Philosophy of Time Travel") et s'insèrent parfaitement dans une trame disloquée mais pourtant fluide et passionnante, au suspense savamment entretenu. L'incroyable maîtrise de Richard Kelly permet réellement à l'édifice de tenir la route, incorporant des éléments en provenance de genre divers. Loin du pensum abscons ou faussement intello, DONNIE DARKO réconcilie ainsi les univers dissemblables du "teen movie", du fantastique, de la science-fiction d'inspiration littéraire, de la comédie loufoque, de la romance, du drame psychologique, de l'épouvante et du film d'auteur. D'où une large gamme d'émotions brutes suscitées par un réalisateur capable de donner à son public un passage intimiste déprimant suivi d'une scène humoristique décapante et enfin d'un moment terrifiant, comme l'apparition glaçante du Lapin Bleu dans la salle de bain qui n'a rien à envier aux récits d'épouvante les plus angoissants.

Jake Gyllenhaal incarne à la perfection le jeune Donnie mais tous les acteurs sont convaincants et l'on retrouve, dans des rôles secondaires, Patrick Swayze (un gourou de la "pensée positive") et Drew Barrymore (une prof libérale), deux icônes des années 80 et deux choix logiques pour un film se déroulant durant les "golden eighties". Car une des grandes forces de Richard Kelly est aussi de dépeindre un environnement crédible, celui d'une petite ville tranquille où rien n'arrive jamais même si, sous le vernis des apparences, les problèmes sont réels (DONNIE DARKO aborde - par la bande - des thèmes comme le rejet de l'autre, le mal-être des adolescents, la pédophilie, le puritanisme grandissant, le recours au théories fumeuses du dépassement de soi et la tyrannie du bonheur) et la satire mordante.

DONNIE DARKO se réfère aussi à plusieurs films cultes, non sans humour, et propose par exemple, un double programme horrifique d'Halloween qui enchaîne EVIL DEAD et LA DERNIERE TENTATION DU CHRIST! D'autres traits d'humour marquent également les esprits, que ce soit les visites tragi-comiques de Donnie à sa psychothérapeutique ou l'hilarante discussion sur la sexualité des Schtroumpfs, laquelle semble provenir d'un métrage de Kevin Smith. Des instants décalés et suréalistes qui ne versent jamais dans le gros gag scatologique coutumier des "teen movies" récents. Quant à la bande sonore, elle utilise efficacement une suite de hits plus ou moins alternatifs des années 80, dont l'excellent "Mad World" de Tears For Fears qui sous-tend l'intrigue. La dernière séquence détaille ainsi les différents personnages, comme figés hors du temps, alors que résonnent les paroles du morceau: "I find it kinda funny - I find it kinda sad ; The dreams in which I am dying are the best I've ever had". Aucune autre chanson n'aurait pu s'adapter aussi adéquatement avec les ultimes minutes du métrage, au point qu'on peut croire que ces deux lignes inspirèrent, dès le départ, le cinéaste.

Satire réussie, expérience sonore et visuelle complète, DONNIE DARKO se différencie radicalement d'autres productions "gigognes" dont l'intérêt s'écroule à la seconde vision. Ici, au contraire, chaque nouvelle vision renouvelle la réussite d'un métrage dont la construction ambitieuse laisse la porte ouverte à différentes et passionnantes interprétations. Intervention divine, message du futur, présence extra-terrestre, voix de l'au-delà ou simple délire d'un adolescent perturbé, la question reste posée même si le cinéaste penche pour la première hypothèse - sans imposer ses choix! Echec totalement injustifié - mais prévisible en regard du niveau actuel de nombreux blockbusters n'hésitant jamais à niveler leurs intentions par le bas pour contenter les masses - DONNIE DARKO constitue un chef d'œuvre dont Richard Kelly peut légitimement se montrer fier et qui devrait rendre jaloux bien des auteurs réputés - David Lynch en tête! Indispensable!

Au niveau du DVD, l'édition propose 20 scènes coupées et commentées (elles sont parfois fort instructives quant aux intentions du cinéaste), des commentaires audio, une interview exclusive de Richard Kelly, une vidéo promotionnel factice de Jim Cunningham (le gourou joué par Swayze), des filmographies, une bande annonce, 5 spots télévisés, etc. Les pistes sonores françaises et originales sont évidemment 5.1. et l'ensemble des bonus s'avère de qualité, instructifs et fouillés.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007