DOOMSDAY
Titre: Doomsday
Réalisateur: Neil Mashall
Interprètes: Rhona Mitra

 

Bob Hoskins
Malcolm McDowell
Craig Conway
Emma Cleasby
Leslie Simpson
 
Année: 2008
Genre: Science-fiction / Action / Post Nuke
Pays: Grande Bretagne / USA / Afrique du Sud
Editeur  
Critique:

Neil Marshall était évidemment attendu par les fans de cinéma qui décoiffe après les réussites du prometteur DOG SOLDIERS, recréation du mythe du loup-garou versant sauvagerie gore, et du flippant THE DESCENT, sans doute un des survivals les plus efficaces et hargneux de ces vingt dernières années. Et le voici qui nous revient avec DOOMSDAY, une vraie série B rétro qui devrait ravir les nostalgiques quitte à laisser dubitatif un public moins typiquement bis. Pas grave, sans doute, puisque Marshall a voulu se faire plaisir et donner le sourire aux trentenaires biberonnés aux DVD de MAD MAX et de NEW YORK 1997 qui se désolaient de n'avoir jamais vus ces films sur grands écrans.

Même si certains (comprenez "la grande presse" toujours prompt à un rapprochement facile) iront inévitablement chercher des similitudes avec 28 SEMAINES PLUS TARD le propos de Neil Marshall est complètement différent. En effet, son virus ne transforme pas les humains en simili zombies. Il les tue tout simplement. L'Ecosse est ainsi ravagée par une terrible épidémie et les autorités ne trouvent pas d'autre idée que de remettre à niveau le fameux Mur d'Hadrien pour juguler le virus et condamner tout un pays. Mais, 27 ans plus tard, la menace ressurgit, cette fois au cœur de Londres. Un commando d'élite est donc mis sur pied, dirigé par une femme à poigne, le Major Sinclair. Objectif: découvrir comment certaines personnes ont survécus et ramener un antidote de la zone dévastée…

Production typiquement orientée vers le divertissement rétro et rentre-dedans, DOOMSDAY ne cache pas ses influences et carbure à la référence assumée. La plus évidente reste bien sûr NEW YORK 1997, classique de la SF post-apocalyptique signé par John Carpenter voici trente ans. Les bases du scénario sont identiques et Neil Marshall remplace avantageusement (du moins pour le spectateur mâle) Kurt Russell par Rhona Mitra, dans un rôle similaire. Neil Marshall appuie d'ailleurs l'hommage en donnant Carpenter pour patronyme à l'un de ses héros.

Mais le film ne se contente pas de suivre les traces du métrage de Big John, il s'inspire aussi d'EXCALIBUR, ARMY OF DARKNESS, ALIENS et quelques autres lors d'une seconde partie assez délirante qui voit les soldats surarmés affronter les "méchants" en armures retranchés dans un château médiéval. Des images qui évoquent également la production japonaise LES GUERRIERS DE L'APOCALYPSE. A croire que pour Neil Marshall, le cinéma s'est définitivement arrêté à la fin des années 80 / début des années 90. Mais, avec 30 millions de dollars en poche, le cinéaste prouve surtout son amour absolu pour le "Post-Nuke", genre assez peu fréquenté par les cinéastes respectables puisque, après les deux métrages précités, il tomba aux mains de cinéastes italiens fanatiques de l'exploitation.

Action, humour, combats, violences, scènes immédiatement cultes (le chef des punks monte sur scène pour un grand numéro musical qui alterne classiques des années 80 et French Can Can!), tout le métrage transpire l'envie de proposer un spectacle total qui ne s'embarrasse guère de vraisemblance et semble libérer de tous soucis d'auteur. Etonnant et sincère de la part d'un cinéaste qui aurait certainement pu, à la façon de Danny Boyle par exemple, s'orienter vers des productions plus respectables et plus à même de lui attirer les bonnes grâces de la critique généraliste. Marshall, lui, préfère suivre sa voie et, dans le de dernier tiers de son métrage, il se lâche à nouveau complètement, optant pour des références claires à la trilogie MAD MAX (et en particulier au second épisode) et peut-être plus encore à ses décalques italiens fauchés.

Car Neil Marshall ne lésine pas sur une violence extrême et souvent carrément gore qui se réfère à tout un pan de métrages issus de la Péninsules, des NOUVEAUX BARBARES à 2019 APRES LA CHUTE DE NEW YORK en passant par LES GUERRIERS DU BRONX 2, TEXAS GLADIATORS et quelques autres. Citons ainsi une hallucinante scène de repas cannibale qui voit un pauvre prisonnier se faire cuire vivant avant d'être taillé en pièce par les punks du futur, décidés à s'offrir un gueuleton de choix.

DOOMSDAY possède bien sûr les défauts de ses qualités: le cinéaste bricole son métrage au mieux mais ne se soucie pas trop de vraisemblances, il opte pour un rythme très élevé et perd quelques personnages en route, négligeant les développement de l'intrigue ou la psychologie pour s'orienter vers le fun absolu. On eut également apprécié que Michael Mc Dowell bénéficie d'un rôle un peu plus développé et que Rhona Mitra - pourtant convaincante - finisse l'aventure un peu plus décoiffée et couverte de sang, à la manière de Ash par exemple. Le montage aurait aussi gagné à être quelque peu retravaillé mais on peut aussi estimer que l'aspect un peu brouillon de certaines séquences s'accorde parfaitement au style désiré par le cinéaste.

A l'évidence, Marshall a préféré aller jusqu'au bout de son concept, y compris en se contentant de le singer plutôt que de tenter de le transcender. Une démarche qui rappelle celle de Robert Rodriguez sur PLANETE TERROR. Nous ne nous en plaindrons pas car tous ces défauts ne sont que broutilles et ce côté brut et mal dégrossi participe à l'ambiance générale d'un film certes imparfait mais d'une énergie et d'une générosité rare.

En bref, DOOMSDAY est un bis assumé qui se regarde avec un grand sourire et donne une patate d'enfer aux spectateurs appréciant ce genre de spectacle. Les autres s'abstiendront! Viva Neil Marshall et vivement son prochain long-métrage!

DOOMSDAY était présenté au 26ème FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FANTASTIQUE DE BRUXELLES

Fred Pizzoferrato - Mai 2008