DORA LA FRENESIE DU PLAISIR
Titre: Dora, la frénésie du plaisir
Réalisateur: Willy Rozier
Interprètes: Monique Vita

 

Bob Asklöf
Olivier Mathot
Anne Sand
Tania Busselier
Michel Duchezeau
Doudou Babet
Année: 1975
Genre: Porno / Aventures / Drame
Pays: France
Editeur Bach Films
Critique:

Etrange parcours pour Willy Rozier, cinéaste français né avec le siècle et décédé dans l’indifférence générale en 1983. Si sa carrière débute durant les années ’30 son œuvre la plus connue reste MANINA LA FILLE SANS VOILES qui révèla Brigitte Bardot en 1953.

Deux ans plus tard, Rozier adapte le personnage de Slim Callaghan, créé par le romancier Peter Cheney (aussi inventeur de Lemmy Caution) avec A TOI DE JOUER…CALLAGHAN !, ensuite suivi par PLUS DE WHISKY POUR CALLAGHAN et CALLAGHAN REMET CA. Spécialiste du cinéma populaire, Rozier vit mal la fin des « cinéma de quartier » et, dès le début des sixties, sa carrière marque le pas.

En 1971, il goûte aux joies de la comédie érotique via DANY LA RAVAGEUSE et, quatre ans plus tard, passe le cap du hardcore avec DORA LA FRENESIE DU PLAISIR qui restera son dernier long-métrage et, par conséquent, son unique incursion dans le X. L’intrigue s’intéresse à quatre personnages à la psyché perturbée.

La volcanique Dora vit en Afrique en compagnie de son époux Olivier, guide de safari trop souvent fatigué pour la satisfaire. Un couple de touristes, Jacques et Barbara, débarquent dans ce petit paradis tropical et Barbara ne tarde pas à succomber à Olivier, emporté par l’atmosphère sensuelle d’une fête exotique. Jacques, pour sa part, observe sa femme et se délecte de la situation. Quelques années plus tôt, au cours de son voyage de noces, il a d’ailleurs assisté au viol de sa première épouse par un voyou. Depuis, il s’est enfermé dans le voyeurisme, poussant ses partenaires à expérimenter de nombreuses fantaisies sexuelles. Dora, pour sa part, craint de voir son mari lui échapper dans les draps de Barbara. Elle recourt pour le retenir à la magie et en appelle au grand sorcier Batongo…

Passionné par l’Afrique, Willy Rozier explique sa tardive reconversion dans le porno par l’envie de travailler à tout prix : « non pas le besoin matériel mais le désir physique de mettre en scène ». Avec quarante ans de métier derrière lui, Rozier s’ennuie lorsqu’il ne se trouve pas derrière la caméra et, hélas, DORA LA FRENESIE DU PLAISIR est le seul film qu’on lui ait proposé à ce stade de sa carrière. « Ce n’est pas ce que j’ai l’habitude de tourner mais je tourne et c’est le principal ».

Pourtant, au départ, Rozier envisage son long-métrage comme « un petit film d’aventure sans grande vedette » à la manière des bandes populaires des décennies précédentes. Malheureusement pour lui, les temps ont changé et même « un petit film érotique n’aurait pas eu de succès non plus ». Dépité mais lucide, le réalisateur accepte de tourner un porno, genre qu’il considère comme délicat : « l’approche de la pornographie était pour moi comme un nouveau métier », dit-il. D’où l’impression de visionner une oeuvrette hybride.

DORA LA FRENESIE DU PLAISIR est, en effet, essentiellement un film d’aventures exotiques fauché dans lequel les protagonistes se baladent en Afrique pour chasser des animaux sauvages. Mais, parfois, l’intrigue s’arrête pour permettre de courtes scènes érotiques, agrémentées d’inserts hard qui, pour la plupart, n’ont pas été accomplis par les acteurs mais par d’anonymes doubleurs. L

a pornographie occupe, dès lors, la portion congrue du métrage, comme en témoigne la présence, sur le dvd édité par Bach Films, des deux versions du film, l’une (soft) de 76 minutes et l’autre (hard) de 85 minutes. Rien de folichon en ce qui concerne le « chaud » d’ailleurs, seulement du classique assez banalement filmé bien que le métier de Rozier le distingue des maladroits pornocrates ayant pris en marche le train du X au milieu des années ‘70. Seule l’inévitable scène lesbienne s’avère plaisante, le reste n’étant pas franchement sexy en dépit de quelques particularités comme une hystérique masturbation féminine à la banane et la perversion peu courante d’Olivier Mathot, lequel aime lécher l’intimité de ses partenaires encore poisseuse de la semence de leur amants.

L’intérêt de Rozier, peu motivé par les galipettes, était sans doute ailleurs, dans ces longues déambulations africaines (caviardées de stock-shots peut-être issues de ses précédentes pérégrinations sur le continent noir) et ce scénario particulièrement tordu dans lequel se débat une poignée de personnages perturbés du ciboulot. Tout finira d’ailleurs très mal. Une étrange conclusion, âcre et quasiment dépressive, très éloignée de la norme habituelle du X. Un véritable testament désabusé de la part d’un cinéaste probablement conscient qu’il signe là ses dernières images.

Le casting, hétéroclite, rassemble de son côté Monique Vita, Anne Sand, Bob Asklöf, Olivier Mathot et Tania Busselier. Monique Vita a débuté dans les années ’50 mais, lassée des seconds rôles, elle se tourne, comme bien d’autres, vers l’érotisme dans les années ’70 sans toutefois franchir le pas du hardcore. Anne Sand, pour sa part, figure dans une poignée de pornos tandis que Tania Busselier marque les esprits dans le classique SENSATIONS de Lasse Braun avant d’apparaitre dans une poignée de Jess Franco comme LES CROQUEUSES, ILSA ULTIMES PERVERSIONS ou PLAISIR A TROIS.

Autre familier de Franco, Olivier Mathot promène dans DORA LA FRENESIE DU PLAISIR sa tignasse grisonnante et ses manières de gentleman pervers. Il voisine Bob Asklöf, chanteur suédois à succès apparut dans l’insipide GOODBYE EMMANUELLE et une poignée de titres érotiques ou X français. D’honnêtes seconds couteaux, dans l’ensemble plutôt crédibles même si Monique Vita n’hésite pas à surjouer de manière excessive.

Témoignage incongru d’une époque où le cinéma d’exploitation hésitait entre érotisme et pornographie tout en restant attaché aux notions de scénario construit, de progression dramatique et de dialogues, DORA LA FRENESIE DU PLAISIR risque d’ennuyer les consommateurs actuels de porno « crad » ou les amateurs de récit d’aventure.

Néanmoins, les curieux et les « bisseux » devraint y trouver un minimum d’intérêt, fut-il uniquement historique, pour justifier une vision distraite un soir de grande fatigue intellectuelle.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2013