DOUBLE TEAM
Titre: Double Team
Réalisateur: Tsui Hark
Interprètes: Jean-Claude Van Damme

 

Dennis Rodman
Mickey Rourke
Paul Freeman
Natacha Lindinger
Valeria Cavalli
Jay Benedict
Année: 1997
Genre: Action / Espionnage / Comédie
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Mazette, quel film! Un vrai chef d'oeuvre...de n’importe quoi assumé. Comment Tsui Hark, alors considéré comme un des maîtres du cinéma d’action, a t'il put réaliser cette chose, aussi boursouflée que jouissive au second degré? On se le demande encore, tout en avançant un ou deux éléments de réponses. Sans doute peu convaincu des talents de sa vedette imposée, le cinéaste hongkongais ne se donne pas la peine de le diriger (contrairement à son compatriote Ringo Lam qui donna à Monsieur « Muscles from Bruxelles » quelques-uns de ses meilleurs rôles dramatiques) et préfère tout miser sur l’action décérébrée.

Tsui Hark, en roue libre, se lâche donc complètement et semble toujours avoir une longueur d'avance sur le scénario qui multiplie pourtant les rebondissements foutraques avec une régularité d’horloge suisse. C'est bien simple, tout va trop vite dans DOUBLE TEAM qui donne l’impression d’un empilement de sous-intrigues à peine abordées et déjà oubliées au profit de la suivante, encore plus déjantée. Le spectateur a donc constamment l'impression que le monteur a coupé le début et la fin de chaque séquence pour n'en garder que les éléments les plus signifiants, d'où une certaine incompréhension des tenants et aboutissants qui, finalement, confère sa personnalité singulière à cette œuvre boursouflée mais définitivement jouissive.

Toutefois, vitesse excessive ne veut pas dire rythme efficace et, après quarante-cinq minutes de projection, le spectateur normalement constitué est déjà lessivé. Hark, lui, s'en fout: il expérimente. Quoi ? De nouvelles manières de filmer l'action, d’exploser le décor, de tout casser comme un gamin trop gâté qui construit de belles choses pour les démolir la minute suivante!

Le prétexte à ce déferlement de pyrotechnie et de fusillades ? Simple comme bonjour. Quinn, un super espion rompu à toutes les techniques de combat, Jean-Claude Van Damme évidemment, décide de prendre sa retraite pour profiter d’une existence tranquille dans une villa du sud de la France en compagnie de sa petite amie enceinte. Mais un dangereux terroriste, Stavros (Mickey Rourke), refait des siennes et Quinn se voit chargé de l’intercepter. Dans l’opération, le fils de Stavros meurt, victime d’une balle perdue. Dorénavant, entre le terroriste et le super agent secret, c’est « personnel ».

Décidé à ne jamais s’accorder le temps de souffler, Tsui Hark nourrit ce film « monstre » de ses diverses influences. Il louche vers la série télévisée "Le Prisonnier" en enfermant JCVD dans un village prison pour espion au rebus, puise dans les polars français des seventies pour construite cette relation dramatique entre deux hommes qui sont, finalement, les deux faces d’une même pièce et jette un regard distancé vers sa propre légende avec des scènes aux limites de l'auto-parodie. Pour lier la sauce, le metteur en scène fou se satisfait d'une intrigue à la fois minimale dans sa trame générale et surchargée dans ses lignes narratives annexes.

La partie inspirée du « Prisonnier » aurait pu, par exemple, donner un film entier nourri d’espionnage technologique et de paranoïa mais Tsui Hark l’expédie en une vingtaine de minutes et concocte, pour couronner la séquence, une évasion rocambolesque qui emprunte à « MacGyver » et à « Mission : Impossible ». DOUBLE TEAM devient donc, plus ou moins volontairement, une sorte de décalque sous acide des James Bond, un long-métrage « somme » incroyablement divertissant par ses excès ironiques.

Le film enchaîne les passages les plus idiots, ponctué de déferlement explosifs très plaisants, et se termine par un « pétage de plombs » dans le colisée de Rome, pulvérisé pour l’occasion, qui renvoie évidemment au final de LA FUREUR DU DRAGON. De son côté Mickey Rourke, en pleine traversée du désert, se montre la plupart du temps mauvais comme cochon malgré quelques passages émouvants au début du film (qui annoncent, par ailleurs, VOLTE / FACE de John Woo). Lors du climax, Rourke, intronisé « kung fu star », se bat torse nu et muscles saillants contre Van Damme dans l’arène du Colisée, truffée de mines anti personnelle. Pour accroitre le caractère délirant de la scène, Tsui Hark lâche carrément un féroce tigre du Bengale (si!si!) sur ces gladiateurs modernes. Un pur moment nanar pourtant sacrément enthousiasmant. Se pliant aux règles du blockbuster, le cinéaste termine son film en permettant à Van Damme et son copain Dennis Rodman, star du basket reconvertit en comparse déjanté, de survivre à une explosion monumentale, protégé par un…distributeur de Coca-Cola.

Si l'humour pachydermique véhiculé par Rodman et sa coupe de cheveux hallucinantes (« tu es encore plus fou que mon coiffeur » déclare t’il) épuise les plus conciliants, le spectacle demeure solide et l’action fournie. D’une fusillade à Anvers à un final pétaradant à Rome en passant par une escapade sur l’île prison et l’intervention de moines adeptes des nouvelles technologies (et, accessoirement, de sites internet pornos), DOUBLE TEAM balance la sauce sans se soucier de mesure ni de vraisemblance. « Il y en a un peu plus, je vous le met quand même », semble nous dire un Tsui Hark déchainé mais parfaitement efficace dans sa volonté de divertir à tout prix.

Dominé par ses trois têtes d’affiche en plein concours de cabotinage mais sublimé par une réalisation ultra nerveuse, DOUBLE TEAM oscille au final, et selon les sensibilités de chacun, entre le « film d’action ultime », le ratage sympathique et le nanar de luxe. Mais, à la quatrième vision, il se révèle toujours aussi jouissif et efficace et, dans son genre, reste un véritable concentré de fun. Imparable !

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2013