DOCTEUR JEKYLL ET SYSTER HYDE
Titre: Dr Jekyll and Sister Hyde
Réalisateur: Roy Ward Baker
Interprètes: Ralph Bates

 

Martine Beswick
Gerald Sim
Lewis Fiander
Susan Brodrick
Dorothy Alison
Ivor Dean
Année: 1971
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande Bretagne
Editeur Studio Canal
Critique:

DR JEKYLL & SISTER HYDE Lancé au début des années ’70 par une Hammer plus audacieuse ne se refusant plus au sensationnalisme, DR JEKYLL & SISTER HYDE se révèle une variation originale sur le roman de Robert Louis Stevenson, déjà adapté plus de vingt fois à l’époque, tant pour les grands que les petits écrans, sous forme de long ou de court métrages. Onze ans plus tôt, la Hammer avait produit l’intéressant LES DEUX VISAGES DU Dr JEKYLL, sous la direction de Terence Fisher, et, cette fois, c’est le talentueux Roy Ward Baker qui se charge de la réalisation. Le cinéaste, déjà auteur pour la compagnie anglaise de LES MONSTRES DE L’ESPACE ou THE VAMPIRE LOVERS, s’empare du matériel de base, puisé chez Stevenson et transformé par le doué Brian Clemens (responsable des meilleurs épisodes de « Chapeau melon et bottes de cuir ») en un étonnant conte macabre féministe.

Le docteur Henry Jekyll effectue des recherches scientifiques visant à éradiquer toutes les maladies connues par la mise au point de la légendaire panacée. Cependant, une remarque lancée par un de ses amis l’amène à reconsidérer ses priorités. Convaincu qu’une existence humaine est trop brève pour lui permettre de réussir ses travaux, Jekyll espère découvrir un élixir permettant de vivre plusieurs centaines d’années.

Après moult essais, le savant fini par aboutir mais constate un effet inattendu du breuvage : il change de sexe à chaque absorption de la potion. Désireux d’expliquer à sa curieuse et amoureuse voisine la présence d’une séduisante demoiselle dans son existence de célibataire, Jekyll la présente comme sa sœur, Miss Hyde.

Le médecin découvre également qu’il doit se réapprovisionner régulièrement en hormones féminines pour maintenir les effets de son élixir et n’a d’autre choix, une fois changé en femme, que de roder, la nuit, dans les rues malfamées de Whitechapel à la recherche de prostituées.

Croisant les grands mythes ayant assuré sa renommée avec les genres alors en vogue, la Hammer propose, au début des années ’70, différentes tentatives d’hybridation plus ou moins convaincantes comme LA LEGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR (horreur et kung fu), CAPITAINE KRONOS CHASSEUR DE VAMPIRES (horreur et swashbuckler) ou encore LUST FOR A VAMPIRE (horreur et érotisme). La compagnie tente aussi de renouveler son fond de commerce en le modernisant (DRACULA 72) ou en jouant davantage la carte de l’excès (LES CICATRICES DE DRACULA, LES HORREURS DE FRANKENSTEIN).

DR JEKYLL & SISTER HYDE, adaptation saugrenue de Stevenson, s’inscrit dans cette volonté d’offrir au public des versions plus modernes et provocantes de thématiques bien connues. Le scénario de Brian Clemens conjugue adroitement le mythe de Jekyll et Hyde avec des faits divers célèbres comme l’affaire Burke et Hare (surnommés « les récupérateurs de cadavres ») et les meurtres de Jack l’éventreur. Clemens se soucie peu de la chronologie authentique et orchestre l’improbable rencontre des différents protagonistes mais, vu le sujet traité, il privilégie une approche psychanalytique de la dualité incarnée par Jekyll et Hyde. Le premier est un scientifique obsédé par son travail (au point de négliger les avances de sa charmante voisine) tandis que Hyde, son pendant féminin, se montre nettement plus portée sur la bagatelle.

Habile et non dénué d’humour, le script aborde de manière détournée le tabou de l’homosexualité masculine refoulée et se révèle fort bien pensé, entre autre dans un passage de séduction illustrant la confusion des genres dont souffre le savant. Aussi invraisemblable qu’elle paraisse, l’intrigue est illustré avec beaucoup de savoir-faire par Roy Ward Baker, lequel tire adroitement parti d’un budget limité et privilégie la suggestion, laissant la plupart du temps le gore et la nudité hors champ.

Respectueux du matériel de base, envisagé avec sérieux en dépit de sa cocasserie apparente, le cinéaste livre un divertissement intelligent au rythme soutenu, riches en péripéties et scènes mémorables. Le casting s’avère, pour sa part, bien choisi tant la ressemblance entre Ralph Bates et la pourtant féminine Martine Beswick constitue un atout de choix, le film se passant de tout maquillage pour substituer Hyde à Jekyll.

Ralph Bates, alors âgé de 31 ans, débutait sa carrière cinématographique et la Hammer tentait de l’imposer comme la star montante de l’épouvante via LES HORREURS DE FRANKENSTEIN, UNE MESSE POUR DRACULA, LUST FOR A VAMPIRE,…Malheureusement, il ne trouva plus, par la suite, de rôle aussi intéressants et travailla essentiellement pour la télévision jusqu'à son décès prématuré en 1991.

La brunette Martine Beswick, pour sa part, apparut aux côtés de James Bond (BONS BAISERS DE RUSSIE et OPERATION TONNERRE) avant de participer à deux véhicules d’aventures fantastico-sexy : UN MILLION D’ANNEE AVANT JESUS CHRIST et FEMMES PREHISTORIQUES. Ensuite, elle tourne encore dans le fameux western politique EL CHUNCHO puis, au milieu des années ’70, se lance dans une seconde carrière pour la télévision. Depuis, Martine Beswick a figuré dans moult séries, revenant toutefois aux grands écrans pour quelques productions nostalgiques comme NUITS SANGLANTES, CYCLONE ou LA NUIT DE L’EPOUVANTAIL.

Peut-être trop audacieux pour le public de 1971, Dr JEKYLL ET SISTER HYDE fut, à sa sortie, un échec immérité. Redécouvert depuis par les amateurs de la Hammer et de fantastique rétro, le film a gagné au fil des années ses galons de petit classique. A présent considéré comme un des meilleurs titres de la compagnie britannique et une des plus belles réussites de Roy Ward Baker, Dr JEKYLL ET SISTER HYDE est à redécouvrir d’urgence.

 

Fred Pizzoferrato - janvier 2011