Dr LAMB
Titre: Gou yeung yi sang
Réalisateur: Danny Lee & Billy Tang
Interprètes: Danny Lee

 

Simon Yam
Kent Cheng
Eric Key
Emily Kwan
 
 
Année: 1992
Genre: Horreur / Catégorie III / Thriller
Pays: Hong Kong
Editeur  
Critique:

Bel exemple de la CatégorieIII hongkongaise (ces métrages outranciers misant essentiellement sur le sexe et la violence pour appâter le chaland), DR LAMB s’appuie sur une intrigue toute simple pour justifier ses excès en tous genres. L'inspecteur Lee, un as de la police hongkongaise, tente de faire avouer au chauffeur de taxi Lin Gwao-yu qu'il est bien l'infâme tueur en série massacrant des femmes dans les rues de la Colonie.

Au-delà de ce scénario prétexte, Dr LAMB est tout d'abord la rencontre de deux comédiens jamais avares de cabotinages qui livrent ici le meilleur d'eux-mêmes.

A ma gauche, Danny Lee, une centaine de métrages au compteur, éternel interprète du flic dur à cuire, incorruptible, violente et impitoyable. Le genre qui tabasse un suspect jusqu'à ce qu'il avoue ou qu'il meure. Un personnage tout à fait crédible ? En fait, non, tant Danny Lee en rajoute: assoiffé de justice, prêt à tout, maniant l'humour avec très peu de subtilité, notre super flic n’hésite pas à en faire beaucoup trop et c’est pour cela qu’on l’aime.

Né à Shanghai en 1952, Danny Lee a traversé les décennies avec aplomb, alternant séries Z rigolotes (LE COLOSSE DE HONG KONG, SUPER INFRAMAN), nanars juteux (le mythique LA VIE SENTIMENTALE DE BRUCE LEE, THE OILY MANIAC), polars de qualité (le chef d’œuvre THE KILLER de John Woo mais aussi ORGANISED CRIME AND TRIAD BUREAU), Wu Xia (THE BATTLE WIZARD, la saga BRAVE ARCHER) et catégories III crapoteuses comme THE UNTOLD STORY ou DIARY OF A SERIAL RAPIST.

A ma droite, Simon Yam, jouant avec sa subtilité coutumière le serial killer amateur de photos cochonnes et adeptes du découpage de demoiselles à la scie circulaire. Un personnage tout à fait crédible ? En fait, non, tant Simon Yam en rajoute: impuissant, amoureux transi, nécrophile, pédophile, voyeur, incestueux, brimé par sa famille, etc. Beaucoup pour un seul homme mais c’est pour cela qu’on l’aime.

Né à Hong Kong en 1955, Simon Yam a lui aussi connu toutes les évolutions du cinéma asiatique, du slasher HE LIVES BY NIGHT à l’actioner bourrin TIGER CAGE en passant par FATAL TERMINATION, BLACK PANTHER WARRIORS ou les croustillants RAPED BY AN ANGEL et NAKED KILLER. Plus récemment, Simon Yam a trouvé une belle respectabilité en devenant un des comédiens fétiches de Johnnie To, par exemple dans P.T.U., FULL TIME KILLER, THE MISSION, ELECTION, EXILED ou VENGEANCE.

Mais revenons à Dr LAMB et son enquête menée avec le talent de déduction de Sherlock Holmes, Columbo et Hercule Poirot réunis. Comment notre tueur est il soupçonné? Parce qu'il prend des photos "super perverses" de jeunes femmes dénudées pardi! Ce crime impardonnable justifie bien sûr un interrogatoire violent à souhait comme seul le cinéma de Hong Kong ose en présenter. Le bonhomme est donc soumis à de nombreuses brutalités mais comme la police découvre d'autres photos pornographiques à son domicile ("horrible! Sale pervers! Dégénéré!"), le doute n'est plus permis: un homme capable de cacher des photos de cul dans son bureau est forcément un serial killer et tous les moyens sont bons pour le mettre hors d’état de nuire.

 

Mais, pour une fois, l'inspecteur Lee a raison: notre chauffeur de taxi, après avoir admis des abus sexuels envers sa nièce, avoue tout. Oui, l'assassin c'est bien lui, celui que l'on surnomme le Dr Lamb. Et, en quelques flash-back gratinés, Simon Yam va nous détailler ses méfaits les plus dégueulasses pour la plus grande joie des spectateurs car DR LAMB ne fait pas dans la dentelle fine et son semblant de scénario (inspiré du SILENCE DES AGNEAUX) ne trompe personne: le but ici est de justifier une classification "III", équivalent hongkongais du Interdit aux moins de 18 ans qui excuse - et encourage - les pires excès. Venu juste après le fameux UNTOLD STORY, l'œuvre de Danny Lee et Billy Tang se base - évidemment - sur "des faits réels". N'accusons pas les cinéastes de racolage ou d'exploitation crapuleuse, ils ont sûrement de plus nobles intentions. Par exemple avertir les masses des méfaits de ces immondes tueurs. Heureusement ceux-ci s'en prennent essentiellement à des femmes de mauvaises vies qui, quelque part, l'on bien cherché. Donc l'honneur est sauf et les metteurs en scène peuvent reprendre leur petit carnage avec une bonne santé qui fait plaisir à voir.

DR LAMB est clairement un produit destiné à flatter les bas instincts du spectateur en jouant sur la plupart des tabous: voyeurisme, inceste, viols, nécrophilie…sans négliger une bonne dose de brutalité policière parfaitement acceptée et légitimée. Nudité féminine complaisamment exposée et séquences gore se succèdent donc avec vigueur mais il ne faut toutefois pas en espérer une véritable orgie sanglante dans l’esprit des films gore américains, au risque d'être déçu. DR LAMB suggère beaucoup plus qu’il ne montre même si les séquences exposées seront toujours trop extrêmes pour la majorité du public.

En résumé, on peut trouver le résultat un peu bâclé et pas franchement palpitant, d'un niveau finalement assez proche d'un banal téléfilm racoleur de fin de soirée (dans le style des mythiques "Hollywood Night") mais DR LAMB reste, à coup sûr, un peu plus qu'une curiosité glauque. Sa vision est donc conseillée pour les amateurs aventureux d'horreur ou de CatégorieIII même si, dans le genre, il existe de bien meilleurs métrages (UNTOLD STORY ou EBOLA SYNDROME en tête, évidemment).

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010