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Il est étrange de voir le nombre de critiques négatives adressées aujourd'hui au métrage emblématique de Tod Browning. De tous les classiques de la Universal, Dracula est sans doute le moins aimé des professionnels, qui ne perdent une occasion de souligner la médiocre performance de Lugosi et la supériorité de la version espagnole. Et pourtant le métrage mérite largement la vision et constitue une œuvre encore passionnante à maints égards. Ce fut, par ailleurs, le premier grand film d'épouvante parlant et il imposa la personnalité de Dracula à travers l'interprétation de Bela Lugosi qui en fit un gentleman séduisant, aux manières un peu archaïques mais distinguées. Pratiquement le gendre idéal, à l'opposé de la version bestiale du vampire représentée dans NOSFERATU.
Malgré tout le mal que certains en ont dit, DRACULA tient plutôt bien la route. Visuellement, la direction de Tod Browning est effective, bien servie par une photographie usant des ombres pour palier au relatif manque de budget, créant une atmosphère angoissante et prenante. Evidemment, le montage est parfois défaillant et l'abondance de dialogue trahit immédiatement les origines théâtrales du sujet, tout comme la mise en scène sans ampleur. Plus gênant, le scénario ne s'embarasse pas vraiment de cohérence, délaissant des personnages importants (Lucy, Reinfield) sans expliquer leurs motivations, ou parachutant au cœur de l'intrigue un Van Helsing providentiel pour relancer un intérêt défaillant. Le jeu de Lugosi, si décrié, est surement figé et emphatique, voire cabotin, mais il reste savoureux. Et même efficace à bien des moments, que ce soit durant sa présentation, son ode aux enfants de la nuit ou encore sa célèbre réplique "I never drink…wine". Une manière de jouer très différente de celle de Carlos Villar dans la version espagnole, plus posée, moins bestiale, moins angoissante sans doute mais plus "gentleman". Le reste de la distribution est assez théâtrale, elle aussi, mais Dwight Frye emporte le morceau en jouant le disciple Reinfield, amateur d'insectes vivants au petit déjeuner. Une performance jugée parfois pénible, parfois géniale mais qui, en tout cas, fut marquante. Edward Von Sloan compose un Van Helsing pas vraiment intéressant et plutôt irritant, un constat aujourd'hui encore plus criant si on compare sa terne interprétation à celle du bondissant (et fanatique) Peter Cushing dans le remake de la Hammer. DRACULA est pourtant pleinement effectif durant son premiers tiers. Si, ensuite, le métrage devient un peu moins intéressant, tant les passages londoniens paraissent figés et académique, l'ensemble demeure largement regardable et on ne s'y ennuie pas. A condition d'accepter la théâtralité du métrage, le rythme est tout à fait correct et l'ensemble, après trois quarts de siècle, possède encore suffisamment de beaux restes pour être un peu plus qu'une curiosité datée. En définitive ce premier DRACULA (officiel) n'est sans doute pas la meilleure version du roman de Bram Stocker mais il demeure un solide classique qui se voit toujours avec plaisir.
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Fred Pizzoferrato - Octobre 2006 |
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