LA FILLE DE DRACULA
Titre: Dracula's Daughter
Réalisateur: Lambert Hillyer
Interprètes: Gloria Holden

 

Otto Kruger
Edward Van Sloan
Marguerite Churchill
 
 
 
Année: 1936
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  

4/6

Critique:

Cette séquelle au film de Browning débute exactement au moment où s'achevait ce dernier. Après le succès remporté par la suite de FRANKENSTEIN, la recette paraissait trop tentante pour les décideurs de la Universal, lesquels voulurent reproduire les bons scores de DRACULA en donnant le rôle principal à une femme. David Selznick, de son côté, souhaitait adapter pour le compte de la MGM la nouvelle L'Invité de Dracula, dans laquelle une vampire femelle s'attaque à Jonathan Harker. Finalement, Selznick vendit les droits à la Universal qui désirait adapter cette nouvelle.

Malheureusement, avec la Grande Dépression Economique de cette époque, la Universal ne pouvait investir beaucoup d'argent dans un petit film d'horreur, d'autant que le code de moralité nouvellement adopté pesait de tout son poids. Exit donc Bela Lugosi, David Manners, Tod Browning et James Whale, pressenti comme réalisateur et scénariste de cet "Invité de Dracula".

Le métrage s'oriente donc vers la série B et seul Edward Van Sloan, second rôle attitré de la Universal à cette époque, revient dans cette FILLE DE DRACULA. Dans l'Abbaye de Carfax, Dracula vient d'être détruit par Van Helsing, lequel est arrêté pour meurtre par deux policiers passant par là, d'autant que le bon docteur est incapable d'expliquer la mort de Reinfield, si ce n'est en parlant de vampires et autres sornettes. Confronté à Sir Humphrey, de Scotland Yard, le docteur n'a d'autres choix que d'appeler un de ses amis, psychanalyste de son état, le Dr Jeffrey Garth.

Dans le même temps surgi une étrange femme en noir qui enlève le corps de Dracula de la morgue et l'incinère en forêt tout en prononçant un rituel d'exorcisme. La fille de Dracula, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, déteste sa condition de vampire et son souhait était d'en guérir en détruisant le corps de son père. Malheureusement cela ne fonctionne pas et la voici obligée de chasser dans les rues de Londres. Peu après la demoiselle, sous l'identité de la Comtesse Maria Zaleska, se rend à une soirée où - le monde est petit! - elle rencontre le psy, Mr Garth himself!

Ensuite, bien sûr, tout s'accélère. Le Dr Garth finit par soupçonner la comtesse, Van Helsing débarque pour régler les choses à sa manière ("allez, au pieu!") et la vampire kidnappe la secrétaire du psy, la baronne (!) Janet Blake. Le Dr Garth course donc la fille de Dracula jusqu'en Transylvanie, poursuivit à son tour par Van Helsing et Sir Humphrey qui commence à penser que, peut-être, toute cette histoire recèle une part de vérité. Finalement, le serviteur de la comtesse se fâche toujours, fait une crise de jalousie à l'encontre du psy et abat sa maîtresse d'une flèche en plein cœur avant d'être abattu par Si Humphrey arrivé juste à temps.

LA FILLE DE DRACULA n'a pas eu, loin de là, le retentissement du premier film mais, pourtant, le métrage n'est pas dénué de qualité. Après un excellent début, l'intrigue commence, hélas, à tourner un peu à vide parait légèrement à bout de souffle. Pourtant quelques très intéressantes scènes subsistent et l'ensemble n'est point ennuyeux.

Dommage que beaucoup d'invraisemblances gâchent un peu l'ensemble. Entre autres, puisque l'intrigue se déroule juste après celle de DRACULA, elle est censée se situer à la fin du XIXème siècle. Or, par la présence de voitures et autres aéroplanes, sans parler des costumes, le film paraît daté de 1936. Erreur flagrante, insouciance ou manque de budget, la question reste posée.

Mais tout n'est pas aussi négatif. Golden Holden, dans le rôle de la fille du vampire, est véritablement surprenante et livre une composition remarquable, qui tranche un peu avec le reste de la distribution, au jeu moins naturel et plus théâtral. Un sous-texte érotique lesbien (évidemment suggéré, nous sommes en 1936) et un final mené tambour battant permettent de passer un bon moment.

L'atmosphère intrigante, le coté désespéré et pessimiste du scénario, la conviction de la plupart des acteurs et la réussite indéniable des vingt premières minutes élèvent donc cette FILLE DE DRACULA au rang de réussite mineure mais sympathique. Souvent négligé par les cinéphiles, cette FILLE DE DRACULA n'en est pas moins un bon divertissement qui saura intéresser les fans de vampires et son inclusion dans le superbe coffret de la Universal est une vraie bénédiction qui permettra à un large public de le redécouvrir avec nostalgie.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2006