DRACULA ET LES FEMMES
Titre: Dracula has risen from the grave
Réalisateur: Freddie Francis
Interprètes: Christopher Lee

 

Rupert Davies
Veronica Carlson
Barry Andrews
Barbara Ewing
Ewan Hooper
Michael Ripper
Année: 1968
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

LE CAUCHEMAR DE DRACULA ayant été, en 1958, un immense succès commercial pour la Hammer Films, il n’est guère étonnant que la compagnie ait cherché, au cours des années suivantes, à exploiter la notoriété du personnage. Terence Fisher rempila dès 1960 pour une première séquelle (le très réussi LES MAITRESSES DU DRACULA, dans lequel le personnage principal n’apparaît pourtant pas !) mais il faut ensuite attendre 1966 pour qu’un troisième volet, le décevant DRACULA PRINCE DES TENEBRES, ne voie le jour, toujours sous l’égide de Fisher.

Le cinéaste anglais accepta de poursuivre la saga avec un quatrième long-métrage mais, à la suite d’un accident de voiture, céda son fauteuil de metteur en scène. Le grand caméraman Freddie Francis, passé à la réalisation via de modestes réussites comme LE JARDIN DES TORTURES ou LE TRAIN DES EPOUVANTES, prit donc les commandes de cette nouvelle aventure du plus célèbre vampire de tous les temps. L’énorme succès récolté par DRACULA ET LES FEMMES (selon certaines sources il s’agirait du film le plus rentable produit par la Hammer) amena par la suite une exploitation frénétique de Dracula puisque cinq séquelles furent encore réalisées à sa suite, sans compter une dizaine de récits de vampires n’impliquant pas le comte mais reprenant les codes de l’épouvante gothique.

L’intrigue se déroule en 1905, dans un petit village d’Europe de l’Est jadis sous la domination de Dracula. Même si le comte a été détruit, son empreinte continue de peser sur les superstitieux villageois et son château, perché au sommet d’une montagne, est supposé maudit. Monseigneur Ernest Mueller, décidé à exorciser le mal une fois pour toute, décide d’aller placer une croix sur la porte de la demeure de Dracula. Après bien des difficultés, Monseigneur parvient à convaincre le peureux et alcoolique prêtre du village de l’accompagner mais, au cours de la montée vers le château, ce-dernier tombe et se blesse, son sang s’écoulant jusqu’au corps inanimé de Dracula, piégé dans les glaces depuis plusieurs années. Ernest Mueller termine l’exorcisme et pense que le prêtre, effrayé, est rentré au village, ignorant que Dracula est revenu à la vie. Ivre de rage, le vampire fait alors du prêtre son esclave et décide de se venger de Monseigneur en séduisant sa nièce Maria, courtisée par l’athée Paul, pour en faire une créature de la nuit.

 

DRACULA ET LES FEMMES constitue une belle réussite de la Hammer et reste peut-être le meilleur long-métrage consacré au comte après l’insurpassable CAUCHEMAR DE DRACULA. Son principal défaut, sans doute, réside dans une première partie un peu longuette où il ne se passe finalement pas grand-chose. Avant la résurrection de Dracula, l’action traîne en effet de manière parfois ennuyeuse en dépit de l’une ou l’autre séquence très efficace. Ainsi, la découverte du corps d’une jeune vierge pendue la tête en bas dans le clocher de l’église locale s’avère particulièrement bien amenée et provoque un petit sursaut. Bien sûr, il importe de ne pas se poser trop de question car si Dracula est détruit qui a pu commettre ce méfait ? Un autre de ses disciples vampires, probablement…à condition d’admettre que celui-ci ait pu s’introduire dans un lieu consacré sans être immédiatement anéanti. Bref, ces premières minutes perdent en crédibilité ce qu’elles gagnent en potentiel horrifique mais, après cette introduction imparable, DRACULA ET LES FEMMES se montre hélas assez peu inspiré durant une bonne demi-heure et la mise en place de l’intrigue parait quelque peu pataude. Un défaut déjà présent dans DRACULA PRINCE DES TENEBRES, d’ailleurs qui semblait lui aussi tourner un peu en rond en attendant que le seigneur des vampires ne daigne se manifester.

Les personnages proposés sont toutefois relativement intéressant, en particulier le héros, Paul, athée convaincu parfois assez irritant, qui travaille dans une boulangerie pour payer ses études. Sa fiancée, pour sa part, n’a aucune épaisseur et son oncle, dignitaire de l’Eglise, combine la plupart des clichés du curé débonnaire mais obtus obsédé par le Mal.

Néanmoins, la confrontation entre Paul et Monseigneur au sujet de l’existence de Dieu amène un peu de nouveauté au scénario, leurs opinions opposées permettant quelques variations intéressantes sur le mythe du vampire. Dracula, en effet, ne peut être totalement anéanti que par une personne croyant en la supériorité de Dieu : le simple fait d’enfoncer un pieu dans le cœur du monstre ne suffit donc pas à le détruire puisqu’il faut en même temps réciter une prière salvatrice. Evidemment, Paul ne connaît aucun des mots sacrés capables d’exorciser le Mal et Dracula retire en grondant le morceau de bois fiché dans son corps avant de s’enfuir pour poursuivre ses méfaits. Une séquence gratuite introduisant une variable originale dans la mythologie vampirique (laquelle ne sera pas reprise dans les métrages ultérieurs) que Christopher Lee trouvait ridicule mais qui se révèle, cinématographiquement parlant, surprenante et d’une grande efficacité.

Incarnant pour la troisième fois Dracula, Christopher Lee se montre parfait dans le rôle même si on peut regretter que le scénario de John Elder le limite à n’être qu’un simple épouvantail assoiffé de vengeance. Les épisodes suivants de la saga reprendront d’ailleurs cette formule, lançant le vampire aux trousses de ses ennemis qu’il tentera de détruire en s’en prenant à leurs enfants. Le métrage s’éloigne déjà d’une conception du personnage imaginé comme un séducteur ténébreux et redoutable mais Dracula garde suffisamment de charisme pour se montrer menaçant et Christopher Lee en reste l’interprète idéal et définitif. Le reste de la distribution se montre d’un bon niveau et les actrices aux formes généreuses dégagent la sensualité requise avant de succomber à la vénéneuse fascination de Dracula.

Malgré les faiblesses de son premiers tiers, DRACULA ET LES FEMMES prend rapidement sa vitesse de croisière et propose une intrigue sans véritables surprises mais bien ficelée, servie par la mise en scène solide de Freddie Francis qui culmine dans un final spectaculaire et gentiment gore voyant une fois de plus le prince des vampires périr d’une manière originale et sanglante.

En résumé, une belle petite réussite qui saura satisfaire les fans de Dracula et de la Hammer et n’a pas à rougir aux côtés des précédentes variations sur le thème signées par Terence Fisher.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2010