DRACULA 73
Titre: Dracula AD 72
Réalisateur: Alan Gibson
Interprètes: Christopher Lee

 

Peter Cushing
Stephanie Beacham
Christopher Neame
Caroline Munro
Michael Coles
Marsha Hunt
Année: 1972
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Grande Bretagne
Editeur Warner
Critique:

Dans ce nouvel épisode de la saga lancée par la Hammer à la fin des années 50, le comte Dracula débarque au vingtième siècle et nous offre une resucée d'UNE MESSE POUR DRACULA, déplacée dans le Londres des années pop. A l’époque de sa sortie, les amateurs de la vénérable firme britannique n’apprécièrent guère cette « trahison » mais, revu avec quarante ans de recul et une certaine indulgence, le résultat reste sympathique.

DRACULA 73 répondait à deux soucis majeurs de la Hammer : attirer un public plus jeune, sensibilisé à des horreurs plus graphiques et modernes, et réduire les coûts de production de ses longs-métrages. La solution consistait donc logiquement à abandonner le contexte gothique de la fin du XIXème siècle pour localiser les intrigues (sinon très classiques) dans le swinging London des années 70.

Le métrage débute pourtant en 1872, alors que Van Helsing et son adversaire acharné, Dracula, s’affrontent dans Hyde Park. Tous deux trouvent la mort dans le combat et, après la destruction du prince des vampires, un inconnu s’empare de sa bague, permettant une résurrection ultérieure. Un siècle plus tard nous retrouvons une bande de jeunes londoniens décadents qui, lassés de leurs activités habituelles (à savoir le traditionnel « sex and drugs and rock & roll »), décident pour s’amuser d’invoquer les puissances maléfiques. Avec l’aide d’un certain Johnny Alucard (un patronyme immédiatement suspect pour les amateurs de fantastique), les gamins provoquent le retour à la vie de Dracula, lequel reprend ses activités favorites au cœur de Londres. Heureusement, une des jeunes femmes, Jessica, peut compter sur son grand-père, Latimer Van Helsing, descendant d’une noble lignée de chasseur de vampires, pour combattre le prince des ténèbres.

En dépit de la transposition de l’intrigue aux temps modernes, DRACULA 73 se contente d’une redite quasiment à la scène près d’UNE MESSE POUR DRACULA, réalisé par Peter Sadsy quatre ans plus tôt. Le scénario de Don Houghton, venu tout droit de la série télévisée « Dr Who », ne constitue donc pas un modèle d’inventivité même si la Hammer en fut apparemment suffisamment satisfait pour lui confier l’écriture des deux épisodes suivants, les derniers de la saga (DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES et LES SEPT VAMPIRES D’OR).

A la mise en scène on découvre Alan Gibson, un cinéaste ayant essentiellement œuvré pour la télévision. Il venait toutefois de signer LE MANNEQUIN DEFIGURE pour le compte la Hammer (en 1970) et dut se montrer suffisamment habile (ou docile ?) pour rempiler l’année suivante sur DRACULA VIT TOUJOURS A LONDRES. Gibson retourna ensuite à la télévision, entre autre pour les séries « Tales of the Unexpected » et « Hammer House of Horrors », ne revenant aux grands écrans que pour MARTIN’s DAY avec Richard Harris peu avant son décès prématuré en 1987.

Du côté des interprètes, Christopher Lee reprend évidemment le rôle de Dracula avec toujours une belle prestance et un magnétisme quasiment animal. Il reste aussi inquiétant dans le Londres contemporain qu’à l’époque victorienne, drapé dans sa cape et les canines rougies par le sang de ses victimes. Dracula apparaît la plupart du temps dans une église en ruine, sorte de vestige du passé isolé dans un monde moderne en mutation. Il est étonnant, toutefois, que Christopher Lee ait accepté ce tournage, lui qui se scandalisait régulièrement de l’éloignement de plus en plus radical du personnage par rapport à sa source littéraire signée Bram Stocker.

Encore plus étrange, Peter Cushing reprend du service après douze ans d’absence sur la saga (il n’avait joué que dans les deux premiers, LE CAUCHEMAR DE DRACULA et LES MAITRESSES DE DRACULA). Son interprétation s’avère sans défauts mais le métrage ne tire guère parti de son talent, lui offrant simplement un personnage unidimensionnel surgissant au bon moment pour aider les petits jeunes complètement dépassés par les événements.

Ces teenagers, puisqu’il faut en parler, se contentent pour leur part d’agir comme n’importe quels adolescents dans un film d’horreur : ils boivent, dansent, s’amusent, baisent et invoquent pour rire les forces obscures avant de comprendre qu’ils ont commis une grosse bêtise. Quinze ans plus tard leurs équivalents tomberaient sous la machette de Jason ou les griffes de Freddy, ici ils succombent à l’attraction mortelle du vampire et ils doivent recourir à la vieille garde pour s’en sortir quand la situation dégénère complètement.

Parmi ces jeunes notons d’ailleurs deux starlettes, les belles Caroline Munro et Stéphanie Beacham. La première, alors âgée d’une vingtaine d’années, avait auparavant du se contenter d’apparitions plus que confidentielles dans les deux Dr PHIBES. Son rôle, encore modeste, est toutefois plus développé dans ce DRACULA 73 et la demoiselle entamait par là même une période de « vedettariat » dans le domaine du cinéma populaire qu’elle poursuivra dans une autre production Hammer, CAPITAINE KRONOS, TUEUR DE VAMPIRES puis dans LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD, CENTRE TERRE SEPTIEME CONTINENT et finalement ses trois métrages les plus connus, le James Bond L’ESPION QUI M’AIMAIT, le sous-STAR WARS fauché STAR CRASH et le slasher gore MANIAC.

Actrice ayant surtout travaillé pour la télévision (entre autre avec « Dynastie » et sa suite « Les Colby »), Stephanie Beachman a cependant promené son physique avantageux dans quelques séries B horrifiques comme AND NOW THE SCREAMING STARTS, HOUSE OF MORTAL SINS et INSEMINOID. Ici, la jeune femme incarne Jessica Van Helsing, petite fille de Latimer, lui-même petit-fils du professeur Van Helsing original vu dans les deux premiers films de la série.

A leur côté se tient Christopher Neame, acteur débutant (il avait un tout petit rôle dans LUST FOR A VAMPIRE), revu ensuite dans PERMIS DE TUER, SOS FANTOMES 2 ou LE PRESTIGE.

Malheureusement, en dépit de ce casting sympathique, DRACULA 73 souffre de nombreux défauts, en particulier une bande sonore jazz rock peu adaptée à un récit d’épouvante et un certain manque d’ambitions et de moyens. Dommage aussi que le métrage ne joue pas davantage la carte de l’outrance et de la décadence car l’apparition de Dracula, symbole sexuel majeur, dans le Londres libéré et libertin du début des seventies aurait pu donner un résultat intéressant. Pour une version réellement déjantée du mythe, il faudra par conséquent attendre DU SANG POUR DRACULA de Morrissey et Antonio Margheriti sorti 2 ans plus tard.

Alan Gibson choisit, pour sa part, la voie de l’horreur légère, classée PG (tout public, ou presque) et cette timidité s’avère préjudiciable à la réussite d’une entreprise immédiatement datée. Quelques passages frisent en outre le ridicule ou sombrent dans un comique involontaire malvenu mais ces scories s’estompent en partie devant le plaisir d’assister à un nouvel affrontement entre les forces du bien et du mal, respectivement symbolisées par Peter Cushing et Christopher Lee.

Quoique décevant, DRACULA 73 demeure en résumé un agréable film fantastique à l’ancienne qui saura contenter les nostalgiques du cinéma de la Hammer. Après 40 ans, le métrage génère un charme suranné très sympathique et, en dépit de ses faiblesses, reste suffisamment divertissant pour mériter une vision nostalgique. Et c’est déjà pas mal.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010