DRILLER KILLER
Titre: The Driller Killer
Réalisateur: Abel Ferrara
Interprètes: Jimmy Laine (pseudo d'Abel Ferrara)

 

Carolyn Marz
Baybi Day
Harry Schultz
 
 
 
Année: 1979
Genre: Horreur / Gore / Slasher / Video-Nasty
Pays: USA
Editeur Opening


Critique:

Reno, un jeune peintre new-yorkais, vit un ménage à trois en compagnie de deux jeunes femmes camées. Les répétitions incessantes et bruyantes d'un groupe punk local, les difficultés de l'existence, la fuite de sa copine et le refus de son nouveau tableau par un mécène homosexuel ont finalement raison de sa santé mentale. Armé d'une perceuse électrique, le jeune homme commence un véritable massacre.

Premier film officiel de Abel Ferrara (coupable du porno THE NINE LIVES OF A WET PUSSY), DRILLER KILLER est une sorte de compromis entre le cinéma arty et underground et le slasher gore, un peu comme si Andy Warhol s'était mis en tête de réaliser un VENDREDI 13. Le résultat n'est pas très convainquant, malgré quelques passages intéressants.

Le film est, tout d'abord, languissant et souvent un brin ennuyeux, Ferrara meublant le vide par de fréquentes séquences au cours desquels un groupe punk de troisième zone répète une chanson minable. Une fois, ça passe, deux fois c'est limite mais ensuite on commence franchement à trouver le temps long. Le cinéaste aime aussi multiplier les passages quasi-documentaires sur les sans-abri new-yorkais. On devine donc une certaine critique sociale sous-jacente et une volonté de s'éloigner des clichés du slasher basique: au lieu de supprimer de belles jeunes femmes affriolantes, le tueur massacre ici des clochards alcooliques crasseux et souvent aux trois quarts fous.

Le genre d'individus dont nul ne se soucie, ce qui permet à Reno de poursuivre impunément ses méfaits. On peut penser que le cinéaste aime dénoncer l'Amérique des nécessiteux ou, plus cyniquement, qu'il se vautre dans la crasse dans le seul but de choquer. De même, peut-on raisonnablement se demander ce qui motive vraiment Ferrara lorsqu'il dépeint une société marginale uniquement composée de camés, de punks, d'homos, d'artistes ratés et d'asociaux. Une certaine sympathie ou un regard écoeuré et un brin moralisateur? Il est en tout cas difficile d'éprouver la moindre estime pour ces personnages, à l'exception de la paumée devenue bisexuelle et qui finit par retourner auprès de son ancien mec.

Ferrara a toujours été un cinéaste controversé et il n'hésite pas à verser complaisamment dans les clichés commerciaux, multipliant les scènes de nudité et jouant les voyeurs, tant lors des scènes lesbiennes que des crimes où le sang gicle à gros bouillons Abel Ferrara en personne incarne le dingue et il joue plutôt bien; le reste de la distribution, elle, est correcte, sans plus. Le scénario, pour sa part, est fort convenu et pas vraiment passionnant, surtout que la fin, abrupte, laisse vraiment un - mauvais - goût d'inachevé dans la bouche.

DRILLER KILLER fut longtemps classé dans la fameuse (et fumeuse) liste des video-nasty, ces films soit disant dangereux pour l'équilibre mental des spectateurs. Sans doute a t'il été ainsi catégorisé parce que ses auteurs ne posent pas de véritables jugements sur les actes du tueur fou. En tout cas cette classification a largement contribué à la réputation d'un film qui s'inscrit dans une tradition nettement mieux illustrée par PYROMANIAC (DON'T GO IN THE HOUSE) et surtout MANIAC, sortis peu après.

En résumé, voici un petit produit fauché, raisonnablement gore et crasseux, qui en raison de son coté convenu et d'un manque de rythme flagrant, apparaît plutôt comme une curiosité réservée aux inconditionnels du réalisateur, lequel fera beaucoup mieux ensuite (L'ANGE DE LA VENGEANCE, KING OF NEW YORK, NOS FUNERAILLES, BODY SNATCHERS, etc.).

Fred Pizzoferrato - Novembre 2007