DRILLER
Titre: Driller: A Sexual Thriller
Réalisateur: Joyce James
Interprètes: Taija Rae

 

Mr. J
Cassandra Leigh
George Payne
Angelique
Dick Howard
Quazi Modo
Année: 1984
Genre: Porno / Fantastique / Musical / Culte
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Daté de 1984 et tourné en 35 millimètres, DRILLER constitue la réponse de l’industrie pornographique au fameux vidéoclip « Thriller » de John Landis. Bizarre à souhait, le résultat évoque les travaux de Stephan Sayadan (auquel le film fut longtemps attribué, tout comme à Hugh Gallagher) ou Greg Dark. Dès lors, inutile de préciser que le résultat se situe aux antipodes d’un banal « porno du samedi soir » et qu’il se rapproche, forcément, des univers « fantastico-porno » déjantés des cinéastes précités, quelque part entre NIGHTDREAMS et DEVIL IN MISS JONES 3 et 4.

Les numéros musicaux délicieusement approximatifs et la présence de « freaks » rapproche, en outre, le long-métrage d’un hommage parodique à l’épouvante rétro à la manière du ROCKY HORROR PICTURE SHOW. L’histoire, pour sa part, vire rapidement au n’importe quoi assumé et se débarrasse au bout d’un quart d’heure de tout souci de cohérence ou de véritable narration, se transformant, dès lors, en un kaléidoscope fascinant de moments surréalistes.

Une salle de concert accueille la vedette de la pop « Mr. J », alias Driller, qui offre à ses fans en furie (une dizaine de figurantes les seins à l’air) un nouveau spectacle. Louise, une des admiratrices du chanteur, rentre ensuite chez elle en compagnie de son petit copain. Après une coucherie rapide, Louise gagne sa chambre et s’apprête à s’endormir. « Mr J » surgit alors, suivi d’une meute de zombies danseurs, et se transforme en loup-garou (doté d’un gigantesque pénis rotatif d’où son surnom de « foreur » !) avant d’emmener la demoiselle dans un château empli de pervers sexuels et de créatures surnaturelles.

Sérieusement frappé du ciboulot, DRILLER abandonne rapidement toutes prétentions narratives pour enchainer les saynètes les plus étranges et pas toujours érotiques, loin de là. Les actrices sont donc fouettées dans un donjon par un assistant difforme et monstrueux ou travaillées au corps par des créatures échappées d’un film d’horreur de bas étage.

Toutefois, à la différence d’un CAFE FLESH complètement anti-érotique, DRILLER ménage l’un ou l’autre passage plus ouvertement sexy comme cette séquence saphique ou deux nymphettes se donnent du plaisir avec un gode lumineux. Ou le final, plus traditionnel et un brin longuet mais néanmoins effectif sous forme d’une orgie où se mêlent les corps enfiévrés.

Si toutes les séquences de DRILLER n’atteignent pas, hélas, le niveau d’inventions érotico-morbides d’un NIGHTDREAMS, quelques moments complètement « autre » en rendent cependant la vision plaisante, voir amusante. La danse mécaniquement sensuelle d’une troupe de morts vivants autour de l’héroïne à demi-nue et épouvantée constitue, par exemple, un grand moment de délire à l’esthétique outrageusement datée « eighties ». On note encore la présence incongrue d’un être caoutchouteux proche du TOXIC AVENGER. Ou un trio entre une femme allongée et deux hommes qui débitent des paroles latines sur une musique « new age » d’inspiration religieuse. Difficile, par contre, de ressentir une véritable excitation à la vue d’une jeune fille au visage monstrueusement grimé subissant un gang-bang de la part d’une horde de goules en décomposition. Mais, au-delà de l’aspect sexy, ici secondaire, la folie pure des images proposées rend le spectacle divertissant et rarement ennuyeux ce qui, dans le hardcore (et particulièrement durant les eighties), relève pratiquement de l’exploit.

Si les maquillages (donc une transformation en lycanthrope) et décors trahissent un budget restreint, ils demeurent relativement corrects pour un porno et se situent au niveau d’une série Z horrifique des années ’80. La réalisatrice a également la bonne idée d’utiliser des dessins pour figurer les décors trop onéreux (comme, par exemple, l’extérieur d’un castel médiéval). Une décision sans doute purement économique mais qui contribue au charme suranné de cette oeuvrette référentielle.

Unique réalisation répertoriée d’une certaine Joyce James (laquelle apparaît, au début du film, parmi les fans hystérique du simili Michael Jackson), DRILLER risque de décontenancer, voire de faire fuir, la majorité des amateurs de pornographie. Les inconditionnels de bizarreries cornichonnes devraient cependant apprécier cette curiosité qui vise sans doute davantage les adeptes des « cult movie » que la foule des « spectateurs en imperméables ».

Si les numéros musicaux surement auraient gagnés à être raccourcis, le rythme reste correct et le tout s’apprécie avec plaisir et intérêt à condition, bien sûr, d’être dans le bon état d’esprit. Pour un porno des années ’80, DRILLER se révèle donc sympathique et intéressant, ce qui est déjà beaucoup !

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2013