LA LONGUE NUIT DE L'EXORCISME
Titre: Non si sevizia un paperino /
Dont' torture a duckling
Réalisateur: Lucio Fulci
Interprètes: Florinda Bolkan

 

Barbara Bouchet
Tomas Milian
Irène Papas
Marc Porel
Georges Wilson
 
Année: 1972
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Aujourd’hui considéré comme un des maîtres du gore suite à ses métrages de la fin des années ’70 et du début des années ’80 (en particulier L’ENFER DES ZOMBIES, FRAYEURS ou L’AU DELA), Lucio Fulci a pourtant touché à bien d’autres genres du cinéma populaire. Durant une carrière de près de 40 ans et riche de 56 longs-métrages, Fulci à œuvré dans le western, l’espionnage, le drame historique, la fantasy, la science-fiction, l’érotisme, etc.

Comme tout réalisateur bis italien qui se respecte, Fulci a également, bien sûr, réalisé quelques gialli comme PERVERSION STORY, LES SALOPES VONT EN ENFER et, dans les années 80, L’EVENTREUR DE NEW YORK et MURDER ROCK.

Datant de 1972, LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME mélange un mystère policier typique du giallo à un climat fantastique teinté d’horreur et de perversité enrobant une critique sociale sans concession. Bref, une œuvre originale et fort intéressante à redécouvrir d’urgence en dépit d’un titre français complètement idiot et mensonger, accolé au film en 1978 suite au succès du chef d’œuvre de Friedkin et de ses dérivés.

Dans la petite ville italienne d’Accendura, des enfants sont brutalement assassinés et la police piétine. Un reporter (Tomas Milian) mène également l’enquête mais sans parvenir à identifier le coupable. Alors que les victimes s’accumulent, le bled s’enfonce dans une véritable hystérie paranoïaque et chaque personne en tant soit peu « différente » des normes admises par la communauté se voit soupçonnée. Une bohémienne sera ainsi froidement exécutée, fouettée à coup de chaines jusqu’à ce que mort s’ensuive par des villageois s’improvisant justicier. Mais les meurtres continuent…

Giallo atypique, LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME, confronte la ville « civilisée » et la campagne « reculée » en doublant cette réflexion sociale par une attaque frontale à l’encontre d’une religion morbide et assimilée au mal. Dans ces zones rurales, en effet, la superstition domine et la présence du diable parait plus palpable que celle de Dieu, entrainant des réactions outrées, comme cette sauvageonne mentalement limitée persuadée d’avoir assassiné les enfants après avoir enfoncé des aiguilles dans de petites poupées. Seul le prêtre parait pouvoir se dresser contre la folie menaçant de s’emparer de ses paroissiens mais le final, ironique et critique, réserve d’autres révélations et achève cette vigoureuse charge menée contre le catholicisme et, de manière plus large, l’obscurantisme et la crainte du modernisme. Le mobile des meurtres renvoie en outre à la crainte de voir un environnement clôt et « protégé » succomber aux attaques d’un monde moderne menaçant personnifié par de jeunes demoiselles libertines adeptes des drogues ou, pire encore, par des prostituées venues de la Capitale.

Peut-être par crainte de la censure ou simplement par pudeur, Fulci se refuse à filmer les assassinats des enfants, cibles peu communes des tueurs vêtus de noir du giallo, lesquels s’en prennent généralement à de jeunes demoiselles court vêtues. Les amateurs de crimes sadiques, typiques du genre, en seront pour leur frais mais la découverte des petites victimes possède cependant un côté malsain très réussi.

S’il se montre modéré sur la violence, LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME touche toutefois au tabou de la sexualité enfantine et à l’attraction des corps féminins dénudés sur les gamins du village. Une séquence aborde même la pédophilie de manière frontale : une jeune femme très séduisante et entièrement nue (Barbara Bouchet, évidemment) propose à un garçonnet d’une dizaine d’année de lui faire l’amour et se délecte de sa gêne.

Toutefois, au niveau du gore, Fulci se rattrape en détaillant longuement le calvaire d’une jeune femme exécutée à coup de chaines pour « sorcellerie ». Le réalisateur ne se prive d’aucun détails sanglants, tout en conférant à la scène, filmée toute en lenteur, une poésie macabre indéniable. La séquence se termine par la lente agonie de la victime, laissée pour morte au bord d’une grand-route alors que les automobilistes poursuivent leur chemin avec indifférence. En quelques minutes exemplaires, Fulci adresse une virulente critique à l’encontre des villageois superstitieux et de leur mentalité bornée, laissant entendre que leur intolérance elle-même a créé le monstre venu supprimer leur progéniture et que tous pourraient basculer dans la folie homicide.

Analysant les phénomènes de groupe menant des individus apparemment rationnels et sans histoire à sombrer dans la violence, Fulci s’attaque aux pseudo-justiciers, lesquels ne cherchent nullement à protéger la population mais simplement à assouvir leurs penchants sadiques tout en se donnant bonne conscience. La recherche frénétique d’un bouc-émissaire se trouve elle-aussi dans le collimateur du cinéaste, les villageois soupçonnant plusieurs personnes, considérées comme « non-conformes », sans se douter que le véritable assassin est l’un d’entre eux, paré du mentaux de la respectabilité et fatalement insoupçonné.

Au niveau de l’interprétation, LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME convie la crème des acteurs bis italiens, à commencer par le toujours impeccable Tomas Milian dont l’impressionnante carrière débute à la fin des années ’50 et compte un paquet de classiques comme LE DERNIER FACE A FACE. A ses côtés, dans le rôle du prêtre, nous retrouvons Marc Porel (L’EMMUREE VIVANTE, SISTER OF URSULA), décédé par suicide en 1983 et George Wilson qui fut le Capitaine Haddock dans LE MYSTERE DE LA TOISON D’OR.

Le casting féminin, de son côté, comprend Irene Papas (Z, LES CANONS DE NAVARONNE, ZORBA LE GREC,…), Florinda Bolkan (LAST HOUSE ON THE BEACH) et l’inévitable Barbara Bouchet, figure sexy indissociable du giallo (AMUCK, LA DAME ROUGE TUA 7 FOIS, LA TARENTULE AU VENTRE NOIR, THE MAN WITH THE ICY EYES, MEURTRE DANS LA 17ème AVENUE). Le final, situé au sommet d’une colline, s’avère lui aussi bien saignant et efficace, en dépit de la médiocrité de trucages peu convaincants. Il boucle en tout cas cette virulente diatribe anticléricale de la plus belle des manières même si, en tant que mystère, le métrage se révèle un peu décevant. En effet, l’identité du meurtrier semble évidente et prévisible mais il s’agit d’un bémol mineur tant la critique acerbe de la société italienne prend le pied sur l’aspect purement policier de ce « whodunit ».

Bercé par une superbe musique en complet décalage avec la brutalité des crimes perpétrés, LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME constitue, en définitive, une très intéressante réussite du giallo et une œuvre importante, à redécouvrir pour les fans de Fulci et même pour ses détracteurs habituels qui pourraient être agréablement surpris.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2011