DUNWICH HORROR - HORREUR A VOLONTE
Titre: The Dunwich Horror
Réalisateur: Daniel Haller
Interprètes: Sandra Dee

 

Dean Stockwell
Ed Begley
Lloyd Bochner
Sam Jaffe
Joanne Moore Jordan
Talia Shire
Année: 1970
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Si, aujourd’hui, Lovecraft est un des écrivains les plus connus et célébrés par les amateurs de fantastique, il fut un temps, pas si lointain, où son œuvre était méconnue. Les adaptations cinématographiques de ces récits se contèrent, pendant des décennies, sur les doigts de la main et la première d’entre elle, LA MALEDICTION D’ARKHAM, fut co-attribuée à Edgar Allan Poe pour des raisons bassement commerciales. Entre cette première œuvre, fort réussie, signée Roger Corman et le fameux RE-ANIMATOR qui, en 1985, fit connaître Lovecraft au grand public, seul une poignée de long-métrages s’inspirèrent des écrits du reclus de Providence.

Le Californien Daniel Haller fut d’ailleurs un des premiers cinéastes à croire au potentiel de Lovecraft en réalisant, en 1965, le sympathique DIE, MONSTER DIE !, inspiré par « The Color out of space ». Cinq ans plus tard, Haller revient sur le sujet et prend pour base, cette fois, « The Dunwich Horror », une des nouvelles les plus célèbres de Lovecraft.

Le scénario de ce THE DUNWICH HORROR cinématographique est confié au débutant Curtis Hanson, futur réalisateur de « l’oscarisé » L.A. CONFIDENTIAL. Malheureusement, en dépit de leurs méritoires efforts, Haller et Hanson ne parviennent pas à transformer l’histoire originale de Lovecraft (qui, fidèlement adaptée, donnerait seulement un court-métrage d’une demi-heure) en un long-métrage efficace.

La Miskatonic Univeristy d’Arkham, dans le Massachussetts, abrite un exemplaire unique du plus rare des grimoires de sorcellerie, le terrible Necronomicon, récemment emprunté par le professeur Henry Armitage pour ses recherches sur le magicien Oliver Whateley. Ce-dernier fut brûlé vif, plusieurs décennies auparavant, par les habitants terrifiés de la ville voisine, Dunwich. Armitage envoie d’ailleurs ses deux charmantes assistantes, Nancy Wagner et Elizabeth Hamilton, rapporter l’inestimable Necronomicon à la bibliothèque de l’université. Sur place, les demoiselles rencontrent un séduisant et mystérieux jeune homme, Wilbur Whateley, petit-fils du sorcier jadis carbonisé. Wilbur souhaite consulter le Necronomicon et Nancy, subjuguée, accepte de lui confier le maléfique bouquin.

L’arrivée d’Armitage empêche cependant le jeune homme de s’éclipser avec le Necronomicon. Forcé de changer ses projets, Wilbur décide de séduire Nancy en usant de son magnétisme hypnotique et de diverses potions. La demoiselle accepte ainsi de le rejoindre dans sa sinistre propriété de Dunwich, où il vit en compagnie de son frère et d’un de ses grands-parents. Intéressé par la virginale Nancy, Wilbur s’apprête, en réalité, à la livrer en pâture à de démoniaques créatures exilées dans une autre dimension, les Anciens Dieux, afin que ceux-ci la fécondent…Armitage et Elizabeth pourront ils arrêter ce monstrueux plan avant que la Terre ne tombe entre les tentacules des démons ?

Malgré une intrigue épuisant rapidement son potentiel, THE DUNWICH HORROR n’est pas complètement inintéressant et se regarde sans passion mais sans déplaisir. Moins influencé par le cycle « Edgar Poe » de l’American International Picture que DIE, MONSTER DIE !, sa précédente tentative d’illustrer les écrits de Lovecraft, Daniel Haller tente de matérialiser l’indicible de manière détournée et garde judicieusement dans l’ombre les Grands Anciens. Au lieu de les révéler frontalement, le cinéaste montre ainsi leur influence néfaste et filme, par exemple, le vent filtrer à travers les feuillages ou rider les eaux avant d’obscurcir l’environnement. Dommage qu’une fois les entités cosmiques dévoilés (brièvement, heureusement !), celles-ci ressemblent à des assemblages de plastique peu convaincants et trop hâtivement confectionnés.

En dépit de peintures sur verre souvent trop voyantes et peu crédibles, THE DUNWICH HORROR possède cependant une jolie force d’évocation lors de séquences étranges comme, par exemple, l’enterrement du grand-père adepte de la sorcellerie. Le final, au cours duquel l’héroïne, partiellement dénudée et allongée sur un autel de pierre ancestral, reçoit la caresse des Grands Anciens pendant que Dean Stockwell psalmodie des incantations tirées du Necronomicon se révèle, lui-aussi, réussi et évite astucieusement le ridicule. Ces bons moments ne compensent pas, toutefois, le schématisme des personnages grossièrement caractérisés : le méchant magicien, la vierge en détresse et l’héroïque vieillard.

Les effets psychédéliques utilisés par Daniel Haller paraissent, en outre, très datés aujourd’hui et les filtres colorés, les images filmées en négatifs rougeâtres ou baignées d’une brume ouatée, associées à une caméra tournoyante détaillant des figurantes nues et peinturlurées frôlent, à présent, le comique involontaire. Dean Stockwell, pour sa part, n’est pas toujours très convaincant et le choix des scénaristes de baser une large portion du film sur sa vénéneuse séduction de la virginale Sandra Dee donne à THE DUNWICH HORROR un rythme lent et même ennuyeux qui sent un peu trop le remplissage entre les rares scènes spectaculaires.

A noter que Stockwell participa, quarante ans plus tard, au remake télévisé de THE DUNWICH HORROR où il jouait, cette fois, le docteur Armitage. Notons encore, dans la version 1970, l’apparition de Talia Coppola, alias Talias Shire, quelque années avant les sagas du PARRAIN ou de ROCKY.

Reste une musique plaisante du spécialiste Les Baxter et une vraie sincérité qui transpire d’un film beaucoup trop long (une telle histoire aurait surement davantage convaincu sous forme d’un sketch pour une anthologie horrifique) mais plutôt divertissant malgré ses nombreuses faiblesses. Loin d’un classique, THE DUNWICH HORROR pourra néanmoins plaire aux admirateurs indulgents de Lovecraft.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2014