LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT
Titre: Earth vs. the Flying Saucers
Réalisateur: Fred F. Sears
Interprètes: Hugh Marlowe

 

Joan Taylor
Donald Curtis
Morris Ankrum
John Zaremba
Thomas Browne Henry
Grandon Rhodes
Année: 1956
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Au milieu des années ’50, la paranoïa concernant les soucoupes volantes atteint son point culminant, poussant les producteurs à se pencher sur le sujet. Charles Schneer (à qui l’on devait précédemment LE MONSTRE VIENT DE LA MER et qui connaitra ses plus grandes réussites dans la fantasy avec la trilogie SINBAD, LE CHOC DES TITANS [1980] et surtout JASON ET LES ARGONAUTES) va ainsi s’inspirer du récit prétendument authentique du major Donald E. Keyhoe et se lancer dans l’aventure à la suite des succès de LA GUERRE DES MONDES et du JOUR OU LA TERRE S’ARRETA.

L’intrigue adopte une construction semi-documentaire pour détailler les efforts des humains confrontés à la menace d’une invasion extraterrestre imminente. Tout débute par des échauffourées entre soucoupes volantes et militaires américains, ces derniers étant rapidement désintégrés. Un scientifique, le docteur Russel Marvin, veut parallèlement découvrir la vérité quant aux récentes destructions de nombreuses fusées envoyées dans l’espace. Il se voit contacté par les extraterrestres et emmener dans leur vaisseau spatial. Les aliens, ayant épuisés les ressources de leur monde natal, menacent de soumettre la Terre à leur domination et réclament que les humains leur abandonnent la planète, sans quoi ils raseront les grandes métropoles au bout de 72 jours. Heureusement, la mort d’un des envahisseurs reptiliens laisse percevoir une de leur faiblesse et des armes utilisant les hautes fréquences sont alors construites afin de contrer l’attaque des soucoupes volantes. La guerre des mondes est déclenchée sur le sol américain…

Petit classique des invasions extraterrestres, LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT permet surtout à Ray Harryhausen d’utiliser ses talents pour proposer sa propre version de « La Guerre des mondes ». Le spécialiste des effets spéciaux avait, en effet, nourri le projet d’adapter l’œuvre de H.G. Wells avant que ne sorte l’excellente adaptation de Byron Haskin et George Pal.

LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT reprend donc clairement la trame du roman de Wells précité mais ne peut bénéficier du même budget. Au Technicolor flamboyant se substitue par exemple un plus économique noir et blanc conférant au métrage un aspect rugueux et documentaire. Des images d’archives, provenant de catastrophes naturelles diverses, sont également disséminées au cours du métrage pour en accentuer le réalisme. En outre, le film de Fred Sears se situe dans un contexte (alors) contemporain et un environnement bien connu, Washington, car le scénario se veut réaliste et angoissant.

Bien sûr, les aberrations scientifiques énoncées feront aujourd’hui sourire les spectateurs mais cet aspect « pris sur le vif » garde une partie de son potentiel. Etrangement, la première partie des SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT présente des aliens plutôt amicaux et les attaques réciproques paraissent le fruit d’une mésentente et de problèmes de communications entre eux et les Terriens. Cependant, l’intrigue abandonne cette subtilité en cours de route et, à mi-film, les extraterrestres sont clairement assimilés à des monstres avides de conquêtes et de destruction qu’il faut anéantir sans la moindre hésitation. Une dernière demi-heure versant dans un militarisme patriotique sans nuance, typique de cette période de Guerre Froide, mais très distrayante en raison des nombreuses séquences de destructions massives de bâtiments.

Réalisateur de nombreux westerns et de quelques films cultes comme ROCK AROUND THE CLOCK, Fred F. Sears, touche à tout du cinéma populaire décédé précocement d’une crise cardiaque en 1957, emballe le métrage avec une nervosité appropriée. LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT demeure sans doute son œuvre la plus célèbre et le titre de gloire de sa riche filmographie, laquelle compte plus de cinquante long-métrages.

Au niveau des effets spéciaux, les soucoupes sont animées avec beaucoup de doigté par un Ray Harryhausen inspiré. Malheureusement, les séquences de destructions animées images par images s’avèrent, elles, moins convaincantes même si les nombreuses et spectaculaires explosions émaillant le métrage reste impressionnantes. Les extraterrestres, pour leur part, sont interprétés par des figurant en combinaison caoutchouteuse plutôt grossière mais le look des envahisseurs, brièvement dévoilé, reste de bonne tenue et combine l’aspect « petit gris » souvent décrit par les témoignages avec un côté reptilien assez bien pensé. Notons qu’il ne s’agit toutefois pas de créatures en stop-motion mais bien de simples masques en latex.

Comme souvent dans les films utilisant des effets spéciaux signés Harryhausen, les acteurs en chair et en os ne sont pas vraiment la priorité du cinéaste et ni Hugh Marlowe ni Joan Taylor ne semblent réellement intéressé par ce qui se déroule autour d’eux. Les nombreuses séquences d’attaquent occupent donc l’essentiel du (maigre) temps de projection, le métrage adoptant un rythme des plus soutenus afin de boucler son intrigue en moins de 80 minutes. Au moins, le spectateur, même blasé, n’a guère le temps de s’ennuyer et cette urgence, typique de la série B, permet aux SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT de fonctionner efficacement malgré les outrages du temps.

Avec sa naïveté, des discours pseudo-scientifiques, ses invraisemblances, ses destructions massives et explosives, son américano-centrisme assumé et son happy end final, LES SOUCOUPES VOLANTES ATTAQUENT apparaît aujourd’hui comme un précurseur des films à la INDEPENDANCE DAY ou comme une version sérieuse de MARS ATTACK.

En dépit des faiblesses manifestes, l’œuvre de Fred F. Sears se révèle toujours un divertissement plaisant et rythmé, jamais ennueyux même plus d’un demi-siècle après sa réalisation. Et c’est déjà beaucoup !

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011