EL AULLIDO DEL DIABLO
Titre: El Aullido del diablo
Réalisateur: Paul Naschy
Interprètes: Paul Naschy

 

Caroline Munro
Howard Vernon
Fernando Hilbeck
Joseph Garco
Mariano Vidal Molina
Sergio Molina
Année: 1987
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Espagne
Editeur
Critique:

Véritable testament cinématographique (avant l’heure) de Paul Naschy, cette ambitieuse réalisation lui donna l’occasion d’incarner de nombreux monstres du patrimoine cinématographique horrifique. Outre les deux frères Hector et Alex Doriani, le comédien campe en effet le Monstre de Frankenstein, Mr Hyde, le Fantôme de l’Opéra, Quasimodo, Raspoutine, Fu Manchu, Barbe Bleue, Waldemar le loup-garou et même le Diable en personne !

Entrepris après une absence des écrans de quelques années, consécutive au flop sans appel de sa parodie « Bondienne » OPERACION MANTIS, cet EL AULLIDO DEL DIABLO resta sa dernière « grande œuvre » dans le domaine de l’épouvante. Ce film profondément personnel et réflexif, voire post-moderne, lui permit à la fois de rendre hommage à ses idoles, spécifiquement citées sur un carton de générique (Karloff, Lugosi, Chaney Jr, Jack Pierce) et de régler ses comptes avec la critique, souvent peu élogieuse à son égard.

Le jeune Adrian (Sergio Molina) a été confié aux bons soins de son oncle Hector suite au suicide de son père, Alex, célèbre comédien spécialisé dans l’épouvante, et de sa mère, décédée d’une overdose d’héroïne. Hector, acteur raté, a effectué plusieurs séjours en hôpital psychiatrique et jalouse maladivement son frère disparu tout en persiflant ses interprétations (« n’importe qui portant un masque pourrait jouer ce genre de rôle »). Pour tromper son ennui, il kidnappe des jeunes femmes, les drogue et les contraint à d’étranges jeux érotico-morbides, laissant ensuite à son majordome, Eric, le soin de les dédommager monétairement. Cependant, les demoiselles périssent ensuite sous les coups d’un mystérieux assassin ganté de cuir noir. Hector tente en outre de séduire la désirable femme de ménage, Carmen, qui repousse ses assauts et s’occupe du petit Adrian. Dans le même temps un prêtre avec qui Carmen eut jadis une brève liaison soupçonne les louches activités d’Hector et l’espionne avec la complicité d’un vagabond alcoolique, Zacharias.

Truffé de références à la carrière et à la vie privée de Paul Naschy, notamment via la présence de son fils Sergio qui campe un gamin solitaire fasciné par les monstres, EL AULLIDO DEL DIABLO constitue un cri d’amour au cinéma d’épouvante, en particuliers « rétro ». Si le cinéaste demeure focalisé sur l’âge d’or du genre en incarnant une douzaine de monstres du répertoire, il se permet toutefois des emprunts plus modernes et l’un ou l’autre clin d’œil à VENDREDI 13 ou MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. La structure scénaristique et les mises à mort ritualisées évoquent, eux, le giallo (l’accoutrement du maniaque homicide s’y référant explicitement) ou le slasher alors en vogue.

Réalisé durant la seconde moitié des années ’80, EL AULLIDO DEL DIABLO propose, en effet, de nombreuses scènes gore et ne lésine ni sur l’érotisme ni sur la nudité féminine, généreuse et intégrale. Aux côtés d’un Naschy omniprésent, le film convie deux légendes du fantastique, la toujours très séduisante Caroline Munro en femme de ménage et l’inquiétant Howard Vernon en majordome zélé. Malheureusement, le film, destiné à consolider le statut de Naschy de manière internationale (d’où un difficile tournage en anglais) souffrit de nombreux problèmes et ne bénéficia d’aucune distribution aux Etats-Unis. En Espagne, il fut directement projeté sur les petits écrans durant les années ‘90 sans connaitre le chemin des salles obscures puis sombra dans l’oubli. Salvador Sáinz, auteur d’une imposante histoire du cinéma fantastique ibérique, disputa par ailleurs la paternité du scénario à Paul Naschy et entama une campagne de dénigrement auprès des professionnels du spectacle. L’affaire fit grand bruit et aboutit à l’ostracisme du comédien, lequel éprouva, par la suite, bien des difficultés à enfanter de nouveaux projets et fut contraint de travailler avec des budgets miséreux. Une période bien pénible pour l’acteur qui du également faire face à la mort de son père suivie de celle de son ami et producteur Masurao Takeda, des événements qui, associés à l’échec commercial de ses derniers films, le plongèrent dans une profonde dépression et le conduisirent au bord du suicide.

Quoiqu’il en soit, EL AULLIDO DEL DIABLO demeure une œuvre imparfaite mais hautement estimable dans laquelle Paul Naschy s’est visiblement beaucoup investi. Un jalon essentiel pour comprendre son œuvre et sa personnalité. Les fans de l’acteur apprécieront ce voyage nostalgique dans l’imaginaire débridé d’un authentique connaisseur du fantastique.

Fred Pizzoferrato - Février 2016