EL CAMINANTE (LE VOYAGEUR)
Titre: El Caminante (The traveller)
Réalisateur: Paul Naschy
Interprètes: Paul Naschy

 

Sara Lezana
David Rocha
Irene Gutiérrez Caba
Ana Harpo
Blanca Estrada
Pepe Ruiz
Année: 1979
Genre: Fantastique
Pays: Espagne
Editeur
Critique:

Réalisé Durant une période fort sombre pour Paul Naschy, EL CAMINANTE témoigne du négativisme et de la misanthropie du comédien. Dès lors, le film emprunte à plusieurs genres, passant du récit historique picaresque au fantastique sans négliger l’érotisme et un humour volontiers paillard et sarcastique. L’intrigue, personnelle et originale, traite des pérégrinations terrestres de Leonardo (Naschy), lequel se révèle être le Diable en personne ayant pris forme humaine pour corrompre l’humanité.

Au cours de son périple, Satan se lie avec un jeune homme, Tomas, qu’il entraine dans ses turpitudes, lesquelles illustrent les sept péchés capitaux. Il assassine tout d’abord un chevalier trop fier de sa réussite puis séduit une épouse qu’il abandonne au petit matin après lui avoir gravé une croix renversée sur les fesses. Il dépouille également un couple de riches avares par une ruse forcément diabolique avant de sauver une jeune enfant condamnée par la maladie en échange d’une nuit avec sa mère. Par la suite, Leonardo arrive dans un couvent sous l’emprise du Malin, lequel se manifeste sous la forme d’un jeune homme détournant les religieuses de la chasteté.

Comédie noire truffée de répliques acerbes (« il existe des hommes bons mais les trouver est plus difficile que de voir une mule voler » « L’Homme est le seul animal véritablement mauvais de la création, c’est pourquoi la tâche du Diable est si facile », « L’amitié n’apporte au final que déception », « Il te faut comprendre que l’on est toujours seul »), EL CAMINANTE dépeint un tableau peu enviable de l’Humanité : chacun y dépravé, avare, fier, trompeur, infidèle, assoiffé de richesse, de sexe, d’alcool ou de pouvoir,…

A la fin des années ’70, Naschy, jadis plein d’enthousiasme et de joie de vivre, apparaît déprimé, désillusionné, victime de trop de trahisons, de vexations, de tromperies et de mesquineries. D’où cette réaction virulente sous la forme d’un métrage cependant paillard, ironique et rabelaisien qui invite à profiter de l’existence sans en dissimuler les nombreuses déceptions. Satan, au final, comprendra que ses pouvoirs corruptifs sont négligeables face à la noirceur de l’âme humaine : il permettra à son disciple de réaliser son rêve, à savoir plonger son regard dans l’avenir. Et le pauvre homme découvrira dans ses songes l’horreur qui attend l’Humanité : une succession ininterrompue de guerres, de massacres, d’explosions meurtrières et de génocides qui rendent les efforts du Diable superflus. Cependant, ce-dernier ne baisse pas les bras et continue ses pérégrinations, toujours séducteur, toujours trompeur et menteur, jamais honnête. Il sacrifie même l’amitié de son élève Tomas en le vendant à un homosexuel décadent et répugnant, l’obèse Don Ingo Crespo qui le violera brutalement. Une déloyauté qui conduira le Diable à sa perte lorsque Tomas sera battu par une troupe de soldats et crucifié en une parodie grotesque du martyr christique. A l’agonie, l’Antéchrist s’adresse à son éternel adversaire, mort également de semblable manière un millier d’année plus tôt : « Seigneur, comment as-tu pu donner ta vie pour ses porcs » ? demande-t-il finalement, même Satan ayant fini par trouver ses maîtres en matière de bassesse et de cruauté.

Bénéficiant d’une photographie classieuse qui confère une agréable patine à cette reconstitution historique teinté de fantaisie, EL CAMINANTE souffre d’une certaine redondance durant sa première partie mais se rattrape durant la seconde où Naschy, plus virulent que jamais, tire à boulets rouges sur chacune de ses cibles, n’épargnant aucune personnes ou institutions.

La morale, sans compromis, affirme dans les dernières minutes que le Mal est et restera à jamais une composante intrinsèque de la nature humaine. Dès lors, le Diable ne peut qu’exercer une emprise toujours renouvelée et grandissante sur les pauvres Terriens.

Œuvre étonnante, voir déstabilisante, EL CAMINANTE ne s’inscrit dans aucun genre cinématographique particulier et demande donc d’être appréciée comme une contribution très personnelle de Naschy au Septième Art. Le comédien, acteur et réalisateur tenait d’ailleurs cette bande philosophique qui, heureusement, ne vire jamais au pensum pour son meilleur film.

Fred Pizzoferrato - Février 2016