EL CHUNCHO
Titre: Quien Sabe? / A Bullet For The General
Réalisateur: Damiano Damianil
Interprètes: Gian Maria Volonté

 

Lou Castel
Klaus Kinski
Martine Beswick
 
 
 
Année: 1967
Genre: Western politique
Pays: Italie
Editeur Wild Side
5 /6
Critique:

EL CHUNCHO (alias Quien Sabe ou encore A Bullet For The General pour l'exportation) appartient à une branche du cinéma que l'on dénomme généralement le Zappata Western. Nous sommes donc au Mexique, au début du XXeme siècle, dans une période révolutionnaire troublée. El Chuncho, bandit mystérieux à la fois cupide et idéaliste, vole des armes pour le compte d'un puissant général. Un étrange Gringo intègre bientôt la bande d'El Chuncho et les tensions montent au sein des combattants.

Franco Solimas, célèbre scénariste d'extrême gauche, utilise là les codes populaires du cinéma de divertissement pour livrer un pamphlet politique assez réussi, quoique parfois un rien longuet. Solimas appartient à ces personnages décidés à faire passer un certain nombre d'idées mais sans pour autant donner dans le rébarbatif. Et, en cette fin des années 60, ancrer son intrigue dans le cadre d'un Western était probablement la meilleure manière de lui assurer une large diffusion. L'étude de caractère est donc plutôt bien menée, avec ce personnage de révolutionnaire qui renonce peu à peu à ces idéaux, fasciné par la personnalité de ce mercenaire gringo.

L'interprétation, en tout cas, est de premier ordre. Gian Maria Volonté livre une prestation tonique et pleine de vie: oscillant entre l'hystérie et l'endormissement, son personnages semble parfois se laisser mener par les autres et ne pas pleinement réaliser l'étendue de ses actes. Lou Castel, en gringo manipulateur, est plus sobre et parfaitement convaincant. A cotés de ces deux têtes d'affiches on trouve l'inévitable Klaus Kinski dans un rôle de prêtre un peu fou, à la fois naïf et cruel, qui déclame des prières en lançant des grenades. Et puis on signale encore la présence de la belle Martine Beswick, connue des amateurs comme une figure de proue de l'épouvante made in Hammer. Un casting de choix qui est certainement pour beaucoup dans la qualité du métrage. Mais le message du scénariste est clair au cours d'un final qui voit Gian Maria Volonté reprendre goût à la lutte. Lorsqu'on lui demande de l'argent pour acheter du pain, il réplique avec énergie "n'achetez pas du pain, achetez plutôt de la dynamite!".

A la réalisation on trouve Damiano Damiani, auquel Sergio Léone confia plus tard la réalisation de UN GÉNIE, DEUX ASSOCIÉS ET UNE CLOCHE, sonnant le glas du Western par la parodie. Il livra aussi, dans un tout autre registre, AMITYVILLE 2 qui, mine de rien est un des meilleurs épisodes de la saga…oui, ça ne veut pas dire grand-chose mais passons. Damiani accouche ici d'une mise en scène assez réussie que soutient une musique efficace attribué à l'inévitable Ennio Morricone, lequel se contenta de superviser le travail…c'est-à-dire qu'il ne fit probablement rien sur ce film sauf lui prêter son nom très vendeur.

Parmi les nombreux Westerns spaghetti de cette époque, EL CHUNCHO bénéficie d'une réputation fort élogieuse. Il est donc possible, à la première vision, d'être un peu déçu par ce métrage qui s'apparente davantage au cinéma politique qu'au Western italien traditionnel. Il faut pourtant reconnaître le savoir-faire d'une équipe talentueuse qui parvient à concilier cinéma populaire, aventures et réflexions politiques sans le moindre problème.

Bien qu'il ne soit pas parfaitement et totalemnet réussi (quel film peut s'en targuer, de toutes manières?), EL CHUNCHO demeure sans conteste une pièce importante dans l'histoire du spaghetti western. Il lança la vague mexicaine du genre avec des titres comme LE MERCENAIRE, SALUDAS HOMBRE, MAIS QU'EST CE QUE JE VIENS FOUTRE AU MILIEU DE CETTE RÉVOLUTION, et, bien sûr, IL ETAIT UNE FOIS LA REVOLUTION de Sergio Leone qui reste le plus emblématique du lot.

Pour le DVD pas grand-chose de négatif à dire, Wild Side a exhumé la version longue du film réputé introuvable et si vous le regardez doublé en français (quelle drôle d'idée!) préparez vous à des passages en VO sous-titrées qui témoignent des séquences restaurées. Comme souvent les ajouts ne sont pas toujours pleinement intéressants et le futile y côtoie l'important… En résumé, EL CHUNCHO est un titre intéressant mais qui s'adresse sans doute à un public exigeant désireux d'aller un peu plus loin que les sempiternels duels entre pistoleros mal rasés chers aux Western italiens.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007