EMANUELLE ET LES FILLES DE MADAME CLAUDE
Titre: La via della prostituzione /
Emanuelle and the white slave trade
Réalisateur: Joe d'Amato
Interprètes: Laura Gemser

 

Ely Galleani
Gabriele Tinti
Venantino Venantini
Pierre Marfurt
Gota Gobert
Bryan Rostron
Année: 1978
Genre: Erotique / Aventures
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Dans les nombreuses réalisations de Joe d’Amato consacrées à Emanuelle, cet EMANUELLE ET LES FILLES DE MADAME CLAUDE apparaît, hélas, comme un des plus faibles. Dénué du gore d’EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES, du sadisme cruel d’EMANUELLE EN AMERIQUE et même de l’exotisme joyeux d’EMANUELLE AUTOUR DU MONDE, ce piètre épisode ne peut compter, pour maintenir l’intérêt, que sur le physique avantageux de la torride Laura Gemser et quelques paysages magnifiques.

L’intrigue, plutôt lâche, envoie Emanuelle, une belle journaliste bisexuelle, enquêter sur la prostitution forcée et la traite des Blanches. La première étape de son périple la mène en Afrique et comprend un safari photo dépaysant ponctué d’étreintes brulantes. Sur ce continent, Emanuelle observe d’étranges magouilles qui lui permettent, après bien des péripéties cochonnes, de remonter un réseau dont les ramifications s’étendent jusqu’en Amérique. Pour révéler les pratiques douteuses de la célèbre Madame Claude, Emanuelle intègre sa maison de plaisirs et rassemble des preuves en vue d’un futur article dénonçant l’exploitation sexuelle des femmes.

Très proche du « roman photo », EMANUELLE ET LES FILLES DE MADAME CLAUDE aligne les clichés sexy et multiplie les situations pimentées pour étoffer un scénario vraiment rudimentaire. L’aspect aventure, pour sa part, est en retrait et rien de vraiment palpitant n’arrive à Emanuelle au cours de ses pérégrinations journalistiques. Bien sûr, elle subit l’un ou l’autre viol collectif et paie à plusieurs reprises de sa personne pour pondre un bel article (quel dévouement !) mais Emanuelle, plus encore que d’habitude, apparaît comme une salope toujours consentante. Les contraintes sexuelles subies restent donc sans conséquence sur son existence et, pour un peu, on verrait la jolie journaliste ôter elle-même sa culotte pour éviter qu’elle soit déchirée lors de sa énième tournante forcée.

Cette vision de l’érotisme, typiquement masculine et macho, n’évite pas les clichés et les invraisemblances mais le propos est ailleurs et l’ensemble demeure émoustillant. La vision de la demoiselle subissant, une fois de plus, les derniers (vraiment ?) outrages a, bien sûr, de quoi ravir les mâles en rut.

Hélas, Joe d’Amato parait en petite forme et son imagination érotico-sadique d’antan laisse place à un train-train ronronnant dans sa volonté de se rapprocher d’un érotisme « grand public ». Nul trace ici, contrairement aux volets précédents, de séquences pseudo snuff, de serpents insérés dans une intimité féminine ou de zoophilie chevaline mais seulement des copulations classiques et un brin répétitives.

Toutefois, malgré cette retenue préjudiciable, la première partie d’EMANUELLE ET LES FILLES DE MADAME CLAUDE, située en Afrique, demeure plaisante et les paysages naturels, magnifiés par une très caressante photographie, restent un atout non négligeable. La plastique des actrices, bien évidemment, constitue l’autre point fort du long-métrage et Joe d’Amato propose quelques scènes torrides mais suggestives de bon aloi. Pointons simplement celle où un mécanicien garagiste besogne, dans une fosse automobile, la belle Ely Galleani sous les yeux d’une Emanuelle très émoustillée ne pouvant empêcher ses doigts agiles de s’égarer sous sa jupe pour une séance d’onanisme libératrice.

Si les précédents volets flirtait avec le porno (pour y sombrer souvent lors de brefs et peu utiles inserts hard) EMANUELLE ET LES FILLES DE MADAME CLAUDE se révèle, en revanche, plutôt soft et son érotisme reste très « propre » et « bourgeois », dans la tradition instaurée par Just Jaeckin via ses EMMANUELLE et autre MADAME CLAUDE auxquels Joe d’Amato rend un « hommage » appuyé.

La seconde moitié du long-métrage prend place, cette fois, à San Diego et entretient peu de rapport avec la première partie, tant du point de vue scénaristique qu’érotique. Joe d’Amato, en effet, retrouve un peu de sa perversité et s’adonne à davantage de violences (un travesti est ainsi tabassé brutalement à coup de quilles). Le cinéaste privilégie également les inévitables et attendues scènes saphiques, lesquelles sont, comme toujours, un petit régal pour l’amateur libidineux.

En dépit de scènes parfois graveleuses et d’une pincée de sadisme brutal, d’EMANUELLE ET LES FILLES DE MADAME CLAUDE ressemble, encore plus que les volets précédents de la saga, à une bande dessinées pour adultes qui ne néglige pas un humour discret mais bienvenu. Ce ton détaché compense le manque de crédibilité générale et confère au métrage un charme évident, entretenu par une musique agréable et un soin réel apporté à la photographie et la mise en scène.

Toutefois, difficile de ne pas s’offusquer d’un certain bâclage, probablement consécutif à une réduction budgétaire handicapante, visible dans la diminution du nombre de locations exotiques, la suppression des aspects aventures / horreur des précédents volets et, pire encore, la réutilisation sans finesse de plans tout droit sortis d’EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES.

Comme les actrices sont jolies et l’atmosphère plutôt chaude, la vision de cet ultime Emanuelle reste cependant distrayante même si on s’ennuie un tantinet entre les scènes érotiques. Bref, cet inoffensif « roman photo de charmes » saura contenter les inconditionnels de la belle Laura Gemser mais ne s’élève jamais au dessus du simple divertissement, bien moins mémorable que les (beaucoup plus outranciers) épisodes précédents.

A réserver aux « complétistes » même si, dans la masse des films érotiques 70’s, on a vu bien pire !

Note: Si Joe d’Amato signe ici le dernier épisode « officiel » de la saga, on retrouva ensuite Emanuelle, entre autre, dans deux Women In Prison signés Bruno Mattei et dans LES 7 SALOPARDS de Bruno Fontana.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2011