EMANUELLE AUTOUR DU MONDE
Titre: Emanuelle - Perché violenza alle donne? /
Emanuelle around the world / Le Vice dans la peau
Réalisateur: Joe d'Amato
Interprètes: Laura Gemser

 

Karin Schubert
Ivan Rassimov
George Eastman
Don Powell
Brigitte Petronio
Juliet Graham
Année: 1977
Genre: Exploitation / Aventures / Erotique / Porno
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Le phénomène EMMANUELLE ne pouvait longtemps laisser insensible les Italiens, toujours prompts à sauter sur une mode cinématographique pour en proposer une imitation, souvent plus croustillante que l’original d’ailleurs.

Le succès du long-métrage de Just Jaeckin, EMMANUELLE, entraine par conséquent, dès 1975, un décalque signé Bitto Albertini, BLACK EMANUELLE EN AFRIQUE, dans lequel la belle Laure Gemser, actrice indonésienne alors âgée de 25 ans (et vue dans EMANNUELLE 2 : L’ANTI VIERGE) incarne la journaliste bisexuelle Emanuelle Richmond. Celle-ci parcourt le monde à la recherche de sujets « chauds » pour ses reportages tapageurs et de plus en plus choquants, une tendance qui s’accroit à l’arrivée sur la série de Joe d’Amato, lequel délaisse peu à peu l’érotisme bon chic bon genre de son modèle pour privilégier une exploitation de plus en plus décomplexée. D’Amato propose ainsi, dès 1976, BLACK EMANUELLE EN ORIENT tandis qu’Albertini livre son propre EMANUELLE NERA 2 (sans Gemser mais avec Shulamith Lasri).

En 1977, Guiseppe Vari réalise EMANUELLE ET LES COLLEGIENNES et Joe d’Amato, pour sa part, enchaîne EMANUELLE EN AMERIQUE, EMANUELLE AUTOUR DU MONDE, le bien sanglant EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES et enfin EMANUELLE ET LES FILLES DE MADAME CLAUDE. La belle Laura Gemser tombe ensuite dans les mains moites de Bruno Mattei à l’occasion du Mondo EMANUELLE E LE PORNO NOTTI NEL MONDO N. 2 et de deux Women In Prison interchangeables : PENITIENCIER DE FEMMES et REVOLTE AU PENITENCIER DE FILLES.

La carrière de la journaliste coquine se termine en 1983 avec LES 7 SALOPARDS, signé Bruno Fontana, même si Laura Gemser reviendra dans divers métrages qui exploiteront le personnage à l’occasion de retitrages opportunistes.

La journaliste Emanuelle Richmond, après avoir remercié chaleureusement le chauffeur routier l’ayant pris en stop (le « porno star » américain Paul Thomas), retrouve sa collègue Cora Norman (Karin Schubert qui, après un rôle important dans LA FOLIE DES GRANDEURS fit carrière dans l’érotisme avant de se lancer dans le porno à l’orée de la quarantaine). A la demande de son éditeur, Emanuelle part à Bombay pour réaliser un reportage sur Shanti, le gourou d’une secte new âge très porté sur le sexe, lequel est incarné par l’incroyable George Eastman, vu dans une soixantaine de titres dont les très gore ANTROPOPHAGEOUS et HORRIBLE. Shanti enseigne à des ménagères du monde entier les meilleures techniques sexuelles mais se révèle, pour sa part, un amant décevant pour l’insatiable Emanuelle. Cette dernière rentre ensuite à Rome où Cora est violée et brutalisée par des inconnus liés à une pègre peut heureuse de voir les journalistes enquêter sur leurs agissements.

Les investigations d’Emanuelle la conduisent finalement à Hong Kong où la belle démantèle un réseau de traite des êtres humains impliquant des séances de zoophilie forcée. Puis, Emanuelle aboutit au Moyen-Orient où de riches Emirs soumettent les prisonnières de leur harem à tous leurs désirs. De retour à New York, Emanuelle et Cora découvrent que même dans la société américaine les droits des femmes sont bafoués pour le plaisir de puissants hommes politiques, lesquels livrent, par exemple, de jeunes demoiselles aux instincts lubriques de sans-abris violents.

Beaucoup moins outrancier qu’EMANULLE EN AMERIQUE (lequel impliquait des séquences consacrées aux snuff movies particulièrement répugnantes) ou EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES (mélangeant l’aventure et l’érotisme au gore le plus excessif), cette nouvelle enquête de la reporter bisexuelle s’inscrit dans la tradition du cinéma d’exploitation ludique hérité des bandes dessinées pour adultes et des romans de gare. Tous les clichés répondent donc présents, à commencer par la traite des Blanches au Moyen Orient, les jeux pervers de notables impliqués dans des orgies décadentes et les tortures chinoises comprenant de la zoophilie forcée (quoique peu graphique).

Outre les acteurs déjà cités, l’amateur de bis retrouvera avec plaisir Ivan Rassimov, vu dans CANNIBALIS, LE DERNIER MONDE CANNIBALE, BODY COUNT et bien d’autres productions italiennes des années ‘70 et ‘80. Enfin, citons la présente de Juliet Graham, laquelle joua dans quelques classiques du X américain (STORY OF JOANNA, ALICE IN WONDERLAND X RATED) mais aussi dans le fameux gore sadique THE INCREDIBLE TORTURE SHOW.

Déroulant son intrigue sur un rythme échevelé, Joe d’Amato ne trompe pas le spectateur et l’emmène autour du monde, alternant les vignettes exotiques et érotiques sans lui laisser le temps de reprendre son souffle. Laura Gemser, dans le rôle titre, s’avère charmante et convaincante, n’hésitant pas, bien sûr, à se dénuder à intervalles réguliers pour des intermèdes coquins délicatement filmés par l’esthète pornocrate. L’actrice ne participe toutefois pas aux scènes hardcore, souvent brèves et réalisées à l’aide de gros plans gynécologiques, des inserts à l’intérêt limité, destinés au marché européen plus permissif et disséminées dans le métrage pour l’épicer davantage.

Selon les pays, EMANUELLE AUTOUR DU MONDE voit, évidemment, sa durée varier, allant de la version intégrale uncut comprenant les passages pornographiques (d’une durée de 102 minutes) à des versions sévèrement censurées et réduites à 80 minutes. Les passages les plus chocs (quoique suggestifs) restent, bien entendu, ceux impliquant un serpent introduit dans l’intimité d’une « esclave » et un berger allemand violant une prisonnière.

Le métrage développe également une morale particulière et se veut un manifeste pro-féministe contre les violences commises envers les femmes tout en cultivant une imagerie sadique et en multipliant les viols, considérés par les victimes comme finalement sans peu de conséquence. Une attitude typique du cinéma d’exploitation des seventies, à la fois racoleur et dénonciateur, flattant les bas instincts du spectateur tout en les condamnant au final. Cependant, Joe d’Amato semble beaucoup plus inspiré par la littérature de gare que par l’envie de livrer un état des lieux objectifs de la situation des femmes de part le monde et EMANUELLE AUTOUR DU MONDE s’avère, en définitive, plus divertissant que réellement offensant.

Servi par une musique groovy absolument irrésistible (en particulier la mémorable chanson « Picture of love » du groupe Firefly) et une photographie classieuse démontrant, une fois de plus, les talents de Joe d’Amato, EMANUELLE AUTOUR DU MONDE constitue, au final, une oeuvrette des plus plaisantes, jouant la carte de l’aventure, de l’érotisme et de l’exploitation avec une bonne santé réjouissante. Un très agréable divertissement pour adultes et un bel exemple de bis à destination des érotomanes nostalgiques.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011