EMANUELLE AND THE EROTIC NIGHTS
Titre: Emanuelle e le porno notti nel mondo 2
Réalisateur: Bruno Mattei
Interprètes: Laura Gemser

 

Gloria Guida
Mario Castaldi
Gloria Piedimonte
Ajita Wilson
 
 
Année: 1978
Genre: Mondo / Sexploitation
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1977 par Bruno Mattei, LE NOTTI PORNO NEL MONDO constituait un faux documentaire « mondo » largement porté sur le sexe et présenté par l’inévitable Laura Gemser instituée, sous son identité d’Emanuelle, « hôtesse de charme » de ce tour du monde de la sexualité déviante. En 1978, Mattei, aidé par un Joe d’Amato non crédité, remets le couvert pour une nouvelle plongée fantaisiste dans les bas-fonds de l’érotisme. Laura Gemser, plus ou moins dévêtue et provocante, introduit donc une série de vignettes « sexy » soi-disant tournées autour du monde mais, en réalité, reconstituées et bricolées en studio.

Le programme débute par une cérémonie satanique avec officiant lubrique. La messe noire dégénère rapidement en orgie à la satisfaction des participants. La suite nous entraine à Paris (hum !) pour assister au numéro d’un ridicule magicien dont le grand tour réside dans la disparition des vêtements des spectatrices hilares. Le prestidigitateur d’opérette tente manifestement de paraître français en débitant, quasiment non stop, des « Voilà mesdemoiselles et messieurs » entrecoupés d’un surprenant « c’est très cochon ». Rire assuré. Le numéro suivant est, lui, accompli par une demoiselle accompagnée d’un poney. De la zoophilie soft (et suggérée) qui témoigne de la patte habituelle d’un Joe d’Amato que l’on sait grand ami des bêtes depuis EMANUELLE EN AMERIQUE et, plus tard, CALIGULA 2. Une autre vignette détaillera l’intromission, toujours suggérée, d’un serpent dans un vagin.

L’amateur aura également droit à une démonstration de saphisme sur un tapis rouge en forme de cœur puis à l’indispensable opération de changement de sexe, inévitable moment répulsif de tout « mondo » qui se respecte. Variante, ici, l’homme va « simplement » exiger d’un chirurgien nippon qu’un nouveau pénis, beaucoup plus gros, soit greffé à la place de son membre riquiqui. Bien sûr, Mattei détaille l’opération à grand renfort de plans chirurgicaux mais les effets spéciaux sont à ce point ridicule que le spectateur risque davantage la crise de rire que les hauts le cœur devant ce membre caoutchouteux. L’épisode suivant nous conduit en Afrique où une jeune fille est dépucelée par tous les membres de la tribu tandis que des cochons sauvages sont massacrés à coup de massue puis éventrés. Un cliché supplémentaire du « mondo », déjà vu dans de nombreux « chocumentaires » similaires.

Retour dans le monde merveilleux du cabaret théâtre pour la vignette suivante qui reconstitue le conte « Blanche Neige et les sept nains » en livrant une demoiselle nunuche aux mains d’une horde de personnes de petites tailles concupiscentes. Les nains ont d’ailleurs le beau rôle dans ce métrage et s’amusent à exhiber leurs attributs virils ou à remporter des concours du plus gros kiki. Rigolo. Nous assistons ensuite au tournage d’un porno avec quelques entrevues de participants, filmées en noir et blanc pour leur conférer un cachet vériste usurpé.

La distinction entre érotisme et pornographie sera, par la suite, brièvement évoquée, EMANUELLE AND THE EROTIC NIGHTS restant toujours « soft » pour sa part. La « comédie », de son côté, intervient lors du déshabillage de femmes bien en chair huée par un public masculin surexcité finalement calmé par l’arrivée d’une plus séduisante jouvencelle au corps sans défaut. Le reste du métrage se compose, en vrac, de séances photo érotiques sous l’œil vicelard d’Ajita Wilson, de danses lascives, de défilés dénudés, de strip-tease variés, de minables combats de catch dans du bain moussant, etc. Rien de folichon ni de franchement osé dans ces intermèdes qui semblent avoir comme unique fonction de permettre au film d’atteindre, péniblement, une durée réglementaire…heureusement réduite à 82 minutes.

Epoque « fièvre du samedi soir » oblige, Bruno Mattei s’autorise aussi un long numéro entre danse et copulation simulée dans un environnement pseudo-futuriste à paillettes sur une musique disco instrumentale particulièrement ringarde. Un grand moment !

Si de nombreux « mondo » essaient de donner le change via un commentaire pseudo scientifique sentencieux généralement déclamé avec emphase par une personnalité bien connue, ce EMANUELLE AND THE EROTIC NIGHTS refuse toute caution « intellectualisant » : les propos de Laura Gemser se révèlent purement illustratifs et d’une platitude désespérante. Toutefois, la caresse la poitrine d’une nymphette bien pourvue par la nature et déclare « les femmes sont délicates, il faut bien s’en occuper ». Décidément, l’art du dialogue s’est bien perdu…

Comma la majorité des documentaires « mondo » érotiques, EMANUELLE AND THE EROTIC NIGHTS peine à maintenir l’intérêt : les séquences se succèdent sans grande inspiration, l’aspect fabriqué des reportages s’avère patents et l’ennui pointe rapidement son nez en dépit du défilé continuel de beautés dans le plus simple appareil. Un second degré sans doute largement involontaire mais délectable et la présence de la magnifique Laura Gemser, superbement mise en valeur, rend toutefois l’entreprise distrayante pour les plus indulgents et les amateurs du cinéma délicieusement ringard et outrancier de Bruno Mattei.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2015