EMANULLE EN AMERIQUE
Titre: Emanuelle In America / Brutal Nights
Réalisateur: Joe d'Amato
Interprètes: Laura Gemser

 

Gabrielle Tinti
Roger Browne
Paola Senatore
Lorraine De Salle
 
 
Année: 1977
Genre: Erotique / Porno / Aventures / Horreur
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Emanuelle, belle reporter bisexuelle toujours à la recherche de scoops juteux parcourt le monde pour en révéler les travers et les aspects les moins reluisants. Mais cette demoiselle est également photographe pour un magazine sexy et, après une séance de photo "artistiques", elle est abordée par un puceau puritain bien décidé à supprimer cette vile corruptrice de l'humanité bien pensante en l'assassinant à coup de révolver. Mais Emanuelle a plus d'un tour dans son sac et une petite gâterie poussera l'assaillant à la fuite.

L'intrigue s'oriente ensuite dans une autre direction et un certain Joe aiguille la belle vers le harem du riche Eric Van Daren. Voici donc notre Emanuelle, une caméra miniature dissimulée dans un bijou pendentif, payant de sa personne et allant dans le lit des uns et des unes afin de ramener un beau reportage. Une conscience professionnelle qui se poursuit par une orgie lesbienne dans une piscine et l'observation des attentions manuelles offertes à un étalon (un vrai cheval, carrément!) par une captive du harem.

 

Invitée par un certain "Duc", Emanuelle se rend ensuite à Venise où une grande soirée se déroule, au cours de laquelle une jeune fille, couverte de crème fraîche, est offerte à l'assistance en guise de gâteau et de plat de résistance, le tout virant rapidement à la partouze.

L'étape suivante du voyage se déroule dans les Caraïbes…et c'est là que la jolie journaliste va découvrir non moins que le "scoop du siècle", à savoir l'existence de réseau de snuff movies…

Lorsque Joe d'Amato reprend la saga des Emanuelle (ou des Black Emmanuelle, c'est pareil) des mains de Bitto Albertini, il décide d'assaisonner les plats à sa sauce et, après son EMANUELLE IN BANGKOK, le brave Joe insuffle une bonne dose de déviance à ce qui, au départ, devait être une suite de décalque mondain des EMMANUELLE officiels avec Sylvia Kristel. Donc, dans ce métrage, nous avons droit à du softcore gentillet, chaleureux et guilleret durant la première heure.

Mais, ensuite, EMANUELLE EN AMERIQUE dévie vers des territoires encore inexplorés et tente la fusion avec le cinéma gore encore balbutiant au travers d'une poignée de séquences plutôt gratinées.

Bien sûr, les images vont vites et le film n'est pas de très bonne qualité - afin de lui conférer un aspect snuff réaliste - mais Gianetto De Rossi et Maurizio Trani, en charge des maquillages, se permettent quelques excès bien sanglants: viols sadique, mamelons tranchés, crochet métallique enfoncé entre les jambes d'une victime, fers chauffés au rouge appliqués sur la peau, huile bouillante versée dans la gorge, etc.

L'ensemble, dit on, inspira David Cronenberg pour VIDEODROME et, en dépit de leur brièveté, ces quelques passages gardent un certain impact.

 

A l'image de LA NUIT FANTASTIQUE DES MORTS VIVANTS, de EMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES ou d'une poignée d'autres titres de cette époque, EMANUELLE EN AMERIQUE hésite entre différents genres et passe de l'érotisme au porno via l'aventure, le "thriller" et l'horreur gore. Drôle de mélange, lequel est d'ailleurs présenté en gradation, la majorité des scènes cultes (les passages hard-core et les trois séquences "snuff") étant reléguée en fin de métrage même si la très célèbre scène de masturbation chevaline par une demoiselle dévêtue (et pas très rassurée) intervient plus avant.

Au niveau de la mise en scène, Joe d'Amato offre un travail techniquement efficace, en dépit de quelques erreurs de montage. Nous sommes à des années lumières de la médiocrité des pornos actuels et EMANUELLE EN AMERIQUE apparaît chatoyant: les images sont superbes (le passé de directeur photo du cinéaste est un plus!), la musique typiquement seventies et donc aussi kitsch que réjouissante et les filles sont d'une beauté naturelle très agréables. Evidemment, Laura Gemser est la plus jolie du lot et son physique eurasien illumine l'écran.

Quoiqu'il soit sans conteste un classique du cinéma d'exploitation, EMANUELLE EN AMERIQUE n'est pourtant pas totalement réussi, loin de là. Le softcore de la première partie, humoristique et plein de joie, voisine difficilement avec le hardcore besogneux de la seconde moitié et encore moins avec la violence brève mais brutale des passages "snuff" apparemment inspirés par SALO et les Nazi-exploitation alors en vogue.

Le résultat, forcément culte, n'en reste pas moins un peu ennuyeux mais EMANUELLE EN AMERIQUE se doit d'être vu au moins une fois par tout amateur de "sick cinema" qui se respecte et le résultat demeure plaisant pour les fans d'extrémisme cinématographique!

Fred Pizzoferrato - Juin 2007