EMBODIMENT OF EVIL
Titre: Encarnação do Demônio
Réalisateur: José Mojica Marins
Interprètes: José Mojica Marins

 

Jece Valadão
Adriano Stuart
Milhem Cortaz
Rui Resende
Rui Resende
 
Année: 2008
Genre: Horreur / Gore
Pays: Brésil
Editeur  
Critique:

José Mojica Marins est un véritable phénomène du cinéma d’exploitation, créateur et interprète de son alter-ego Coffin Joe / Zé du Cercueil à la fin des années 60. Depuis, José Mojicar Marins incarna une demi-douzaine de fois le personnage maléfique et libidineux sur les grands écrans. Une série télévisée à sa gloire, « Le monde étrange de Ze du Cercueil », fut même projetée au Brésil en 1968, avant qu’une anthologie à sketches du même titre ne sorte dans les salles obscures.

Début des années 80, Marins ne trouva plus le financement nécessaire à ses films fantastiques et il se tourna, comme beaucoup, vers le porno (n’hésitant pas d’ailleurs à briser quelques tabous comme la zoophilie) avant d’abandonner la réalisation en 1987. Aujourd’hui âgé de plus de 70 balais, Marins revient prendre possession de sa couronne de « Roi du malsain » au travers d’un « film somme » destiné à enterrer, au propre comme au figuré, le personnage de Ze du Cercueil.

EMBODIMENT OF EVIL apparaît donc comme une œuvre bizarrement bâtarde, destinée à contenter aussi bien les fans de longue date que les nouveaux convertis, lesquels – dans leur immense majorité – ne connaissent Marins que de réputation. Difficile, en apparence, de concilier ces deux publics bien différents mais EMBODIMENT OF EVIL y parvient toutefois avec un certain bonheur en usant d’une intrigue assez rudimentaire (peu cohérente dirons les mauvaises langues) proposant quelques flashbacks permettant de comprendre la nature du personnage.

Ze du Cercueil reste donc fidèle à l’imagerie crée et développée voici près d’un demi-siècle : un fossoyeur aux ongles démesurés vêtu d’une cape et d’un haut de forme, vivant selon son propre code moral et désireux de trouver la femme parfaite capable d’enfanter sa maléfique et géniale progéniture. Emprisonné voici trois décennies, Ze du Cercueil est aujourd’hui libéré et se relance aussitôt dans sa quête éternelle afin de s’assurer une descendance à la hauteur de ses attentes !

José Mojica Marins donne corps au personnage avec un mélange de détachement et d’énergie, alternant considérations philosophiques et tortures d’une manière très théâtrale non dénuée d’un certain panache. Bien sûr cette interprétation frise souvent la parodie et le comique involontaire mais verse plus certainement dans le grotesque, un grotesque dans le bon sens du terme, assumé comme tel et franchement réjouissant. Les monologues grandiloquents, les tentatives pseudo-poétiques ou les considérations voulues sérieuses sur le sens de la vie feront sans doute sourire le spectateur mais comment savoir si ce n’était pas la véritable intention de ce cabotin de Marins ?

Le niveau des autres interprètes, par contre, reste assez bas et même parfois franchement médiocre mais EMBODIMENT OF EVIL peut se permettre ce handicap tant il repose sur autre choses que des performances d’acteurs, un script cohérent ou une mise en scène travaillée. Non, la véritable épine dorsale du métrage réside dans sa volonté d’y aller franco au niveau du sexe et du sang et, de ce point de vue, le contrat est rempli sans tromperie sur la marchandise.

Entouré d’une équipe dévouée (et bien masochiste !), Marins donne libre cours à ses penchants pour la violence extrême qu’il ne peut imaginer dénués d’une forte connotation sexuelle. Introduction d’un rat vivant dans le vagin d’une victime, corps féminin couvert d’énormes tarentules, victime pendue par des crochets lui déchirant les chairs, jeune femme à poil enfermée dans une carcasse de porc d’où elle émerge finalement au milieu des tripes et du sang,…Marins ne recule devant rien, multiplie les séquences surréalistes et les passages choquant, dépeint des perversions sexuelles et frise le porno avant de se vautrer dans l’horreur graphique en alternant le glauque et le gore via quelques tortures gratinées.

Dans ses meilleurs moments, lorsque le cinéaste plonge dans une imagerie morbide et surréaliste, EMBODIMENT OF EVIL s’apparente à un trip délirant conviant les influences de Jodorowsky, de Clive Barker et de l’épouvante classique de l’âge d’or. Pas mal pour un petit budget aux apparences de série Z dans la lignée des torture-porn récents.

Le Pervers Pépère atteint donc son but, à savoir choquer ou même écoeurer la majorité des spectateurs, alors qu’une minorité trouvera finalement le métrage assez inoffensif et agréable, dans l’esprit des bandes dessinées pour adultes les plus sadiques ou du cinéma bis italien des années 70. Nudité, torture et philosophie de bazar se rejoignent donc pour un spectacle excessif plutôt distrayant appelé à devenir culte, pas vraiment réussi mais suffisamment étrange et différent pour mériter une vision.

Présenté au BIFFF - Festival International du Film Fantastique de Bruxelles - en avril 2009

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2009