EMILIE L'ENFANT DES TENEBRES
Titre: Il medaglione insanguinato
Réalisateur: Massimo Dallamano
Interprètes: Richard Johnson

 

Joanna Cassidy
Ida Galli (as Evelyne Stewart)
Nicoletta Elmi
Edmund Purdom
Riccardo Garrone
Dana Ghia
Année: 1975
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Réalisé dans la lignée de long-métrages traitant de la possession et, plus généralement, d’enfants maléfiques, EMILIE, L’ENFANT DES TENEBRES apporte, pourtant, une relative originalité au thème. Le cinéaste évite ainsi le piège de la copie servile et refuse, contrairement à la plupart de ses collègues italiens, de reprendre les recettes élaborées par L’EXORCISTE ou LA MALEDICTION. Toutefois, malgré ses bonnes intentions, le long-métrage, largement handicapé par un rythme assoupi, ne s’élève pas au niveau des réussites précitées et échoue à générer une authentique angoisse.

Dans la perspective de réaliser une émission télévisée consacrée aux peintures sataniques, le journaliste de la BBC Michael Williams se rend en Italie, à Spoleto, accompagné de sa fille Emilie. Pour son émission, Williams souhaite obtenir l’aide de la comtesse Capelli, laquelle possède une œuvre réputée maudite : un tableau décrivant le supplice d’une sorcière brulant sous le regard d’une gamine. Peu à peu, des événements étranges surviennent et Michael soupçonne Emilie d’être la réincarnation de la petite fille représentée sur la peinture, d’autant que toutes deux possèdent le même médaillon.

Par son climat teinté d’onirisme et de sexualité trouble, ponctué d’allusions incestueuses, EMILIE, L’ENFANT DES TENEBRES se démarque de la majorité des long-métrages centrés sur la possession démoniaque ou les enfants malfaisants. L’accent se place, ici, sur l’amour obsessionnel d’une fillette pour son père et évoque, à mots couverts, les fantasmes incestueux qui découlent de cette relation trouble. Cependant, cette interprétation freudienne bataille, durant 90 minutes, avec l’hypothèse surnaturelle d’une emprise maléfique exercée par-delà la tombe par une gamine autrefois brûlée pour sorcellerie. Au final, le film refuse d’ailleurs de trancher et laisse à chacun la liberté d’opter pour l’une ou l’autre de ces possibilités.

Les principales qualités d’EMILIE L’ENFANT DES TENEBRES résident, surtout, dans l’excellence de sa photographie, laquelle use avec bonheur de couleurs chatoyantes et teinte la plupart des plans d’une étrange aura, cotonneuse et éthérée. Le directeur de la photographie accomplit d’ailleurs un superbe travail et confère au film une connotation artistique et picturale parfaitement appropriée au sujet. Sans verser dans les clichés de cartes postales, le long-métrage révèle ainsi la majesté des paysages italiens et se nourrit de ses beautés artistiques et architecturales.

De manière talentueuse, le cinéaste détaille un univers riche mais menacé par la décrépitude et la ruine, ce qui s’inscrit EMILIE, L’ENFANT DES TENEBRES dans la tradition du gothique italien illustrée avec bonheur durant les années ‘60.

Le spécialiste Stelvio Cipriani compose, de son côté, une musique mélancolique, triste et envoutante, ponctuée de guitares électrique tout en donnant aux claviers la prépondérance. Cette belle réussite culmine avec le splendidement nostalgique « Emily’s Studio Theme » et rappelle certaines bandes originales similaires écrites par Morricone pour divers giallo de la même époque.

La direction de Massimo Dallamano, pour sa part, se révèle compétente et souvent inspirée en dépit d’un usage un peu trop voyant du zoom. Ayant seulement douze films à son actif, Dallamano, décédé dans un accident de voiture en 1976, demeure surtout renommé pour QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ?, un des meilleurs giallo des seventies, et pour le très efficace LA LAME INFERNALE, mélange de giallo et de polar d’action de haute volée.

Le réalisateur apporte son indéniable savoir-faire à EMILIE, L’ENFANT DES TENEBRES mais, malheureusement, n’évite pas l’ennui tant l’action parait léthargique. Plus proche du fantastique feutré que de l’épouvante explicite, le film tente de générer une véritable inquiétude mais, hélas, sans jamais y réussir complètement Dallamano, en effet, refuse de recourir aux effets chocs et prend son temps pour développer l’intrigue, au risque de décevoir lors de la résolution finale. Si l’option de la suggestion n’a, évidemment, rien de critiquable en soi, encore faut-il l’utiliser à bon escient et ne pas hésiter à y adjoindre, parfois, quelques frissons plus immédiats. Un principe oublié par ce film qui, durant une bonne partie de son temps de projection, ne propose rien de bien palpitant. Ainsi, pour suggérer la possession démoniaque d’une fillette, Dallamano la représente fumant une cigarette ou insultant sa nounou. Guère effrayant et bien loin de la soupe de pois de L’EXORCISTE ou des meurtres sanglants de LA MALEDICTION. Cette retenue, associée à un rythme volontairement lent, ne fonctionne guère et, peu à peu, l’intérêt du spectateur se dilue.

Autre élément habituel, pour ne pas dire nécessaire, du cinéma de genre italien, l’érotisme se révèle, ici, absent. Dallamano, probablement par crainte de se frotter à ce tabou, évacue dans le non-dit les implications incestueuses et œdipiennes du récit, ce qui accroit le manque de cohérence d’un scénario en roue libre.

Dans le rôle principal, EMILIE L’ENFANT DES TENEBRES donne la vedette au Britannique Richard Johnson, précédemment vu dans LA MAISON DU DIABLE ou PLUS FEROCES QUE LES MALES avant sa reconversion dans le bis horrifique italien (LE DEMON AUX TRIPES, LE CONTINENT DES HOMMES POISSONS, L’ENFER DES ZOMBIES,…).

A ses côtés, nous retrouvons Joanna Cassidy, une Américaine ayant surtout fréquenté les séries télévisées que l’on vit, également, dans BLADE RUNNER, QUI VEUT LA PEAU DE ROGER RABBIT ? ou encore le thriller politique UNDER FIRE. L’histoire d’amour entre ces deux protagonistes, tous deux trop effacés, apportent peu à l’intrigue, laquelle repose essentiellement sur le minois de la petite Emilie, incarnée par la très jeune Nicoletta Elmi. L’enfant star du cinéma d’horreur italien (BAIE SANGLANTE, LE ORME) s’en tire avec les honneurs et rend les scènes les plus délicates crédibles. Enfin, Evelyn Stewart et Edmund Purdom, deux habitués du cinéma populaire, complètent une distribution solide mais plus professionnelle que véritablement impliquée. A l’image du film dans son ensemble.

Partagé entre l’explication rationnelle, psychanalytique et empreinte de culpabilité, et la possibilité effective d’une possession authentique, EMILIE L’ENFANT DES TENEBRES laisse planer le doute jusqu’aux dernières secondes. Ce récit tragique ne peut, logiquement, que s’achever dans le sang et les larmes au cours d’un climax intéressant mais manquant un peu de nerf pour emporter l’adhésion.

En résumé, EMILIE L’ENFANT DES TENEBRES se démarque des imitations minables de L’EXORCISTE produites à la chaine durant les années ’70 sans être, toutefois, une grande réussite. Juste une petite production qui se suit sans déplaisir mais sans passion et qui aurait pu, pourtant, constituer une véritable réussite de l’épouvante à l’italienne.

 

Fred Pizzoferrato - Aout 2012