EMMANUELLE FOREVER (INCONFESSABLE ORGIES OF EMMANUELLE)
Titre: Las orgías inconfesables de Emmanuelle / Emmanuelle exposed
Réalisateur: Jesús Franco
Interprètes: Muriel Montossé

 

Antonio Mayans
Asunción Calero
Carmen Carrión
Antonio Rebollo
Flavia Hervás
Ángel Ordiales
Année: 1982
Genre: Erotique
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1982, EMMANUELLE FOREVER (alias « Las orgías inconfesables de Emmanuelle ») permet à Jésus Franco de prendre en marche le train de l’érotisme soft via une variation personnelle sur le célèbre EMMANUELLE. Si le résultat manque de passion et ne dépasse pas le niveau d’un (honnête) téléfilm érotique de seconde partie de soirée, ce EMMANUELLE FOREVER saura toutefois divertir les amateurs du cinéaste, lequel propose ici quelques scènes amusantes ou référentielles dans un ensemble sinon très classique mais pas déplaisant.

Emmanuelle rejoint son mari dans le sud de l’Espagne afin de remettre son couple sur de bons rails. Cependant, dès une première soirée arrosée, la belle participe à un show érotique sur la scène d’un bar et finit entre les cuisses d’une stripteaseuse dont elle goûte manifestement l’intimité avec un plaisir non dissimulé. Son mari, vexé, la quitte pour rejoindre sa maîtresse. Quelques temps plus tard, Emmanuelle tente de se faire pardonner ses écarts de conduite puis, sur une plage, rencontre deux voyous qui la violent. Désespérée du comportement de son époux, Emmanuelle se lance passionnément dans la luxure afin de l’oublier…

Comme souvent dans ce genre de produit d’exploitation, le prénom « Emmanuelle » est là uniquement pour appâter le client (une volonté des producteurs selon Franco qui ne souhaitait pas appeler ainsi son héroïne) même si ce personnage possède quelques indéniables similitudes avec la création littéraire d’Emmanuelle Arsan, en particulier dans sa manière très libérée d’envisager la sexualité. Les décors exotiques (les environs d’Almeria) ne peuvent, pour leur part, rivaliser avec la Thaïlande de la saga officielle mais apportent néanmoins le quota de dépaysement attendu.

Plus « honnête » que TENDRE ET PERVERSE EMMANUELLE (un sympathique « giallo de machination » également signé Franco qui surfait, par son titre mensonger, sur le succès du film de Just Jaeckins), FOREVER EMMANUELLE délivre une suite de situations sexy adroitement mises en scène dans les limites de ce style de produit. Bien sûr, le cinéaste se conforme aux attentes du genre « érotique » et égrène les lieux communs attendus comme le striptease, le (long) passage saphique, le viol, la partie carrée, etc. mais l’ensemble parvient à maintenir l’intérêt.

Mené à bon rythme (et, de la part de Franco, il s’agit d’une vraie surprise), le film suit son héroïne dans les paysages souvent superbes du sud de l’Espagne pour une série d’intermèdes coquins plaisants ponctués de commentaires humoristiques et satiriques bienvenus qui ridiculisent le machisme latin.

La première scène, située dans un musée de cire peuplé de personnages célèbres, reste toutefois la meilleure et la plus inventive: elle possède ce côté légèrement fantastique et onirique prisé par les fans du cinéaste et surprend dans un film sinon très sage et classique. Au niveau de l’érotisme pur, la longue séquence de séduction homosexuelle entre Emmanuelle et une stripteaseuse très entreprenante emporte cependant les suffrages et fonctionne de fort belle manière.

Dans le rôle-titre, nous retrouvons avec plaisir Vicky Adams, alias Muriel Montossé, starlette de l’érotisme européen des années ’70 et ’80 devenue, par la suite, célèbre pour sa participation récurrente à « La classe » de France3. Robert Foster, de son véritable nom Antonio Mayans, complice coutumier de Franco, complète la distribution aux côtés de sa fille Flavia Hervás et de Carmen Carrion.

FOREVER EMMANUELLE n’est surement pas un grand film mais demeure une petite production érotique sympathique dénuée de la plupart des « tics » habituels de Jess Franco. Bien filmé, joliment photographié, servi par une bande originale très correcte, le tout constitue une simple excuse à exposer des jolies filles occupées à se câliner langoureusement dans des paysages enchanteurs.

Franchement, il existe donc de bien pire manière d’occuper 83 minutes de son temps.

 

Fred Pizzoferrato - Février 2015